Pierre Mercure
Né à Montréal le 21 février 1927
Décédé accidentellement près d'Avallon, France, le 29 janvier 1966
Lignes et points
Composition : 1963-64
Création : 1965 par l’Orchestre symphonique de Montréal sous la direction de Zubin Mehta
Bassoniste à l’OSM de 1947 à 1952, orchestrateur remarquable, toujours à l’affut de nouvelles sonorités, Pierre Mercure visait un idéal : l’intégration des différentes formes de création, dans une volonté consciente de fusionner théâtre, musique, danse, peinture et sculpture. Dans un documentaire radiophonique consacré au compositeur inclus dans l’Anthologie de la musique canadienne, Serge Garant en parle en ces termes : « D’une brillante intelligence, audacieux jusqu’à la témérité, d’une grande sensibilité que des dehors parfois bourrus déguisaient mal, créateur profondément engagé dans toute forme d’art pourvu qu’elle soit actuelle, tel était Pierre Mercure. On pouvait ne pas l’aimer, il était parfois difficile d’accès et soupçonneux comme beaucoup qui vivent trop intensément l’aventure de la création. […] Mercure était un pionnier, il aimait se battre avec les difficultés et les vaincre comme le lutteur qu’il était. […] Mercure était un homme d’ici et ce qu’il cherchait intensément, c’était un art d’ici, de l’Amérique. »
En septembre 1963, comme suite à une commande du Comité des jeunes de l’Orchestre symphonique de Montréal, Mercure se met à la composition de Lignes et points, une série de huit variations sur un même thème, dont l’esthétique se rapproche de Psaume pour abri et Tétrachromie, une synthèse entre musiques électronique et traditionnelle. « Lignes et points, écrit le compositeur, recherche une nouvelle forme de fusion de ces deux matériaux sonores. Mais cette fois-ci, il n’y a pas de sons électroniques proprement dits. Il s’agit plutôt d’obtenir d’instruments réguliers d’un orchestre symphonique une coloration de timbres et d’attaques, rappelant ceux dont l’univers du music for tape nous a rendus familiers. De plus, la facture de l’œuvre met à contribution beaucoup de procédés employés dans les studios de musique électronique. » Chacune des variations porte en sous-titre sa relation avec une notion graphique ou géométrique. « Par contre, les contenus thématique, harmonique et rythmique de l’œuvre visent à la plus grande homogénéité possible et découlent entièrement des paramètres numériques du thème initial de 24 sons. Chaque variation a une direction (par exemple marche avant ou marche arrière) et tous les paramètres sonores contribuent à cette direction à l’exception de la 8e variation qui est rectiligne. »
Sergueï Rachmaninov
Né à Oneg, près de Novgorod le 1er avril 1873
Mort à Beverly Hills le 28 mars 1943
Rhapsodie sur un thème de Paganini, opus 43
Composition : 1934
Création : par le compositeur le 7 novembre 1934 à Baltimore, sous la direction de Leopold Stokowski
Convaincu de la nécessité de demeurer le serviteur d’une architecture supérieure, Rachmaninov tentera toute sa vie d’atteindre économie de moyens et simplicité d’expression. Il expliquait à la poétesse Mariette Shaginyan que chaque pièce devait être façonnée autour de son point culminant : « Toute la masse sonore doit être mesurée, la profondeur et la puissance de chaque son doivent être rendues avec un degré suprême de pureté et de progression et ce sommet s’accomplit dans un geste du plus haut naturel apparent, même si, en fait, son accomplissement est le plus grand art. »
Même si elle porte le titre de Rhapsodie, cette dernière œuvre concertante du compositeur est, tout comme Lignes et points de Mercure, construite sur le principe du thème et variations. Inspiré par le Caprice pour violon seul no 24 de Niccolò Paganini, Rachmaninov conçoit une série de 24 variations d’un seul tenant, pouvant néanmoins être subdivisées en trois sections, rappelant les mouvements traditionnels d’un concerto : de la 1re à la 10e, de la 11e à la 18e (la plus connue, dans laquelle Rachmaninov inverse le thème en un sommet de lyrisme), et de la 19e à la 24e pour le finale. Détail inusité ici : une variation précède l’exposition du motif principal. « Le trait frappant de cette composition est qu’elle montre, chez Rachmaninov, un style nouveau, explique Victor Séroff dans une biographie consacrée au compositeur. On n'y trouve pas de ces thèmes chantants spécifiquement russes. D'un exposé laconique, elle ressemble, avec son usage modéré de la pédale et la couleur sèche, martelée, de ses brefs épisodes, à une composition contemporaine. »
Sergueï Prokofiev
Né le 27 avril 1891 à Sontsovka (Ukraine)
Mort le 5 mars 1953 à Nikolina Gora (près de Moscou)
Cendrillon, suite no 1, opus 107
Composition : entre 1941 et 1944 pour le ballet, 1946 pour la série de trois suites
Création : 21 novembre 1945 au Théâtre Bolchoï pour le ballet
Fort du succès remporté par Roméo et Juliette, Prokofiev se consacre ensuite à un ballet inspiré du conte de Perrault, à la demande du Théâtre Mariinsky. Prokofiev confie l’avoir conçu selon la forme classique, avec variations, adagios, pas de deux et numéros d’ensemble. «Je ne voulais pas que le public reste indifférent aux joies et tristesses de cette humble rêveuse Cendrillon, du prince ardent, du père timide, de la cruelle belle-mère et des sœurs coquettes. Je vois Cendrillon non seulement comme un personnage de conte de fées, mais également comme une personne en chair et en os qui ressent et vit parmi nous. [….] Ce que j'ai voulu exprimer avant tout par la musique de Cendrillon est l'amour poétique de Cendrillon et du Prince, la naissance et l'éclosion de cet amour, les obstacles dressés sur son chemin et, finalement, l'accomplissement d'un rêve. »
Cette page parmi les plus occidentales de Prokofiev – et ce, même si le compositeur souhaitait présenter « un conte de fées typiquement russe » – est dédiée à Tchaïkovski. Comme il l’a fait avec Roméo et Juliette, Prokofiev a tiré de Cendrillon trois suites symphoniques qui se veulent plus qu’un simple assemblage, plusieurs sections ayant été largement révisées et réorchestrées.
Programme OSM 23 et 24 février 2011