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samedi 29 novembre 2008

Glenn Gould. The Alchemist (L'alchimiste) Quatre émissions produites par Bruno Monsaingeon en 1974 pour la série « Les chemins de la musique ».

Les premières images très font douter un instant de la pertinence de nouvelles copies, même amoureusement restaurées, de ces films. Dès l'arrivée de Glenn Gould au studio, sa vieille chaise défoncée sous le bras, le ton bascule pourtant. Quelques notes de la Partita en mi mineur et le spectateur est immédiatement envoûté. Près de 30 ans plus tard, l'interprétation n'a rien perdu de sa clarté, de sa pertinence et de sa très grande musicalité. Dans « La retraite », sorte de docu-drame soigneusement orchestré par Monsaingeon et Gould lui-même, les deux échangent sur les différents courants musicaux, sur Bach, Schoenberg ou Gibbons et sur les possibilités immenses du piano. La transcription par Gould du prélude de Die Meistersinger est particulièrement éloquente, voix chantée (et non grognée !) en prime. « L'alchimiste », le deuxième film de la série, reste le plus actuel et le plus fascinant. Gould nous y fait vivre la magie des séances d'enregistrement et Monsaingeon s'immisce dans les dessous de la production : prises répétées, mixages omniprésents, interrogations multiples. Les yeux bleus du pianiste y transpercent l'écran quand il explique toutes les subtilités du travail de studio et qu'il énonce avec évidence que « la seule excuse pour réaliser un nouvel enregistrement est de faire quelque chose de différent ». En bonus, on découvre des images filmées au ralenti par Michel Hirvy dans les années 1950, qui décortique les aspects de la technique du tout jeune pianiste d'alors.

La Scena Musicale, vol. 9 no 1

samedi 27 septembre 2008

Olivier Messiaen, La liturgie de cristal.


Un film d’Olivier Mille. Juxtapositions, 107 minutes plus bonus.

Musicien de la couleur, rythmicien maîtrisant les moindres inflexions d’une pulsation, ornithologue fasciné par ses « petits serviteurs de l’immortelle joie », pédagogue captivant qui a inspiré toute une génération de compositeurs, Olivier Messiaen reste l’une figures musicales les plus importantes du XXe siècle. Ce film d’Olivier Mille, produit en 2002 pour Arté, trace un portrait en trois segments de Messiaen. Dans « Les oiseaux et la nature », on voit Messiaen à l’œuvre alors qu’il retranscrit des chants d’oiseaux mais aussi qu’il explique, fort éloquemment, comment il les « adapte » pour être perçus par l’oreille humaine. Dans « Les couleurs, les rythmes et l’enseignement », on se glisse dans sa classe de composition, fasciné à la fois par les propos particulièrement articulés (on aura rarement perçu Debussy avec autant de justesse) et la profonde connivence qui transparaît entre maître et élèves. Le dernier segment, « La foi, la religion » nous permet de mieux apprécier l’œuvre pour orgue, mais aussi son immense opéra Saint François d’Assise (qui sera présenté par l’OSM en décembre), somme d’une vie de travail, de dévotion. Des images magnifiques prises au mont Messiaen en Utah se mêlent à des documents d’archives, assurant une narration si non linéaire fort cohérente, soutenue par de nombreux extraits musicaux des plus pertinents. (On aurait toutefois souhaité que l’identification des pièces et des interprètes paraisse ailleurs qu’en générique de fin.) Les bonus DVD comprennent des entrevues avec des compositeurs (dont Pierre Boulez, Gilbert Amy et George Benjamin) et des musiciens qui permettent de mieux saisir l’impact de Messiaen. À noter que le film sera proposé à l’Auditorium Maxwell-Cummings du MBAM le 30 novembre (entrée libre). La Scena Musicale, octobre 2008