Tristan Malavoy-Racine se
définirait sans doute comme un homme-orchestre. Chroniqueur littéraire et
rédacteur en chef de Voir, auteur (on
lui doit trois recueils de poésie), parolier, musicien, cet infatigable
globe-trotter a eu envie cette fois de privilégier un voyage intérieur, à
travers les mots des autres, en devenant directeur chez XYZ d’une toute
nouvelle collection consacrée aux découvertes littéraires, lancée
officiellement en septembre prochain.
Musique et littérature s’inscrivaient
au cœur même de la carte blanche que lui avait confiée le Festival
international de littérature en 2007. Celle-ci avait alors juxtaposé huit
univers, notamment ceux de Yann Perreau, Stéphanie Lapointe, Mara Tremblay et
de la poète Renée Gagnon, Prix Émile-Nelligan 2006. Quai no 5, titre
du spectacle, devient celui de la collection et prolongera d’une certaine façon
cette volonté de rendre floues les frontières entre les genres, tout en
privilégiant des voix fortes, uniques, qui refusent de se fondre dans la masse.
« Quai no 5 évoque bien sûr l’idée du voyage, explique Tristan Malavoy
en entrevue, aussi bien les départs que les retours. » Le nom se veut
également un clin d’œil au cinquième art, celui de la littérature et de la
poésie. « C’est un cadeau inouï que l’on m’a fait. Je souhaitais disposer
de plus de temps pour des projets personnels, mais voulais aussi tâter de
l’édition. On m’offre un terrain de jeu fabuleux, une belle liberté. »
Quai no 5 s’érigera un
titre à la fois, à raison de quatre ou cinq publications par année. Son
directeur se fait une joie de pouvoir côtoyer au quotidien les jeunes auteurs
d’ici : « Ce que j’aime le plus, c’est fréquenter une nouvelle voix. »
Déjà, des manuscrits s’accumulent sur son bureau et il espère susciter d’autres
marques d’intérêt, une fois que la collection aura pris son envol. « Cela
relève de l’acte de foi d’envoyer un manuscrit! » Malavoy souhaite mettre
au monde des livres, mais aussi des auteurs, en misant sur les médias
alternatifs, les réseaux sociaux et en établissant des liens rapprochés avec
les libraires. « Il faut faire vivre livres et auteurs sur le long terme »,
souligne-t-il. Souvent invité à animer des causeries, il considère ces
dernières des cadres propices à une rencontre réelle avec l’auteur : « Peu
importe combien de personnes y assistent, elles en conserveront assurément un
souvenir marquant. »
Après avoir articulé une pensée
critique et révisé un nombre incalculable de textes lors de ses années passées
au Voir, Tristan Malavoy peut cerner
les caractéristiques des auteurs avec lesquels il aura envie de travailler. « J’aime
une langue musicale, qui évite les détours inutiles, affirme-t-il. Depuis
quelques années, nous sommes malheureusement souvent dans des registres
fonctionnels et nous nous privons de tonalités qui dérangent. Je souhaite
encourager les écritures trempées. La littérature demeure une célébration de la
différence; c’est une erreur de chercher à l’aseptiser. Nous avons besoin
d’être ensorcelés. » Il se fait une joie de retravailler en profondeur avec les
auteurs : « Très souvent, la solution, l’auteur la porte en lui. Il
suffit de l’aider à la percevoir » Il ne croit pas au mythe du primoromancier
refusant systématiquement les modifications. Il suffit souvent d’un court temps
d’arrêt pour permettre au texte de se développer autrement : « Quand
on pointe une faiblesse, l’auteur vient bien sûr la corriger. Les mots restent
une matière malléable. »
La collection disposera d’une
relative indépendance par rapport aux autres sous la bannière XYZ, s’en
dissociant même au niveau graphique. Les couvertures seront signées David
Drummond, dont le travail a notamment été salué par l’American Institute of
Graphics Arts et l’American Association of University Presses Cover and Jackets
Competition. Le logo, dévoilé lors du Salon du livre de Québec, permettra déjà
d’établir une signature, qui se prête à de multiples lectures, convoquant aussi
bien l’ancien que le nouveau, le Paris des années folles que le Québec
aujourd’hui. Quai no 5 souhaite également faire découvrir certaines
personnalités œuvrant dans des domaines artistiques connexes autrement. « Je
veux que soient convoquées d’autres formes d’art, par exemple, faire une large
place à la musique et aux arts visuels. Cette tangente se dégagera dans les
prochaines années. » Une belle invitation au voyage…
