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mardi 28 mai 2013

Bal littéraire : s’éclater entre ciel et terre



La proposition sur papier semblait des plus attirantes : cinq auteurs (trois français, deux québécois), dix chansons, une pièce à laquelle tous auraient travaillé, présentée un soir seulement sous cette forme, une première québécoise, d’après une idée originale de la Coopérative d’écriture, un lieu d’exploration protéiforme. « Nous deviendrions un moi pluriel, ennemi d’un monde unidimensionnel ; un moi-mouvement, ennemi d’un monde sage comme une image ; un moi complexe, ennemi d’un monde plus simple qu’il n’y paraît », peut-on lire en en-tête de manifeste.  Tout un contrat! En moins de 48 heures, Marion Aubert, Simon Boulerice, Évelyne de la Chenelière, Rémi de Vos et Pauline Sales ont relevé le défi et concocté une fable dans laquelle ils ont« mêlé leurs langues », qui s’articulait autour de 10 tubes que le public devrait impérativement danser. 
Quelle meilleure façon d’ériger un pont entre le vieux et le nouveau continents qu’en campant l’action dans un 767 volant de Montréal à Paris? On y retrouverait Simon, un commandant au regard si acéré que, déjà enfant, il pouvait trouver Charlie en deux secondes top chrono, peu importe le livre, qui voue un amour entier à sa fille – prénommée Charlie, bien sûr – qui se prépare à passer une audition pour Mlle Julie de Strindberg, permettant d’entrée de jeu la mise en abyme du geste théâtral. Il y aurait aussi Jean Ouellet – à ne pas prononcer Ouellette, ciel non! –, un agent de bord qui prend des cours pour devenir acteur de cinéma, qui multiplie les œillades suggestives et les conquêtes foireuses. Il fréquenterait Christine, mère monoparentale un peu dépassée par les événements il faut l’admettre et qui, à un moment, devrait composer avec ses voix intérieures lui assenant quelques vérités. Il ne faudrait pas oublier Julie, 23 ans, héritière d’un géant de l’alimentation sous vide, blogueuse émérite qui ne sait que parler d’elle, qui voyage en première classe – champagne! – avec sa tortue Auguste (qui connaîtra une fin de vie un peu cruelle dans la 9e scène).
Les cinq auteurs ont réussi à établir une galerie de personnages décapants, souvent délirants, toujours attachants, la chanson (les derniers mots de chaque scène) se laissant deviner parfois avec grande aisance (Ma p’tite Julie des Colocs ou 1990 de Jean Leloup), parfois passablement moins (Las Vegas la ville aux mille réverbères, façon de positionner le tube d’Ariane Moffat?). Peu importe! Personne n’était là pour bouder son plaisir et le plancher de danse se remplissait à chaque fois d’un seul coup, tous étant trop heureux de se trémousser, mais impatients de découvrir le « chapitre » suivant de l’histoire. Une formule à reprendre assurément lors d’une prochaine édition du Festival auquel nous souhaitons longue vie!

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Moi et l’autre : la somme de ses parts



« Je est un autre », croyait Rimbaud. Talia Hallmona, qui signe ici en collaboration avec Pascal Brullemans un premier texte porteur, détourne le constat pour nous proposer une plongée en apnée dans les eaux parfois troubles de l’identité. Comment peut-on quitter un pays, ses odeurs, superposer une autre langue à celle entendue depuis notre naissance, et réussir à se définir dans un autre, à des milliers de kilomètres de là, au climat improbable? « Ici, la terre est gelée : impossible d’y prendre racine. »
La petite Talia, douze ans, quitte avec ses parents et sa sœur l’Égypte pour s’installer à Laval. Catapultée dans son nouvel environnement, elle apprend doucement le français, tout en essuyant les quolibets des autres élèves de sa classe qui se moquent de son prénom, de ses origines, ne disposant pas des outils nécessaires pour accueillir la différence. Un jour, tout change, alors que Talia rencontre Julie Sirois (personnage interprété par Marie-Ève Trudel), la « parfaite » Québécoise, au nom passe-partout, à la peau pâle, qui aime Metallica, lui prodigue quelques conseils assez désopilants pour séduire les garçons d’ici, avec qui elle pourra discuter de tout. En allant vers l’autre, cette amie qui se révèlera imaginaire, Talia pourra se redéfinir, s’accepter comme Égyptienne, Grecque, Italienne et Québécoise, s’émanciper à travers le théâtre, les liens, les choix de vie. Julie Sirois aurait pu – aurait dû – mourir, un soir d’adolescence, d’un accident mortel. Incapable de se défaire entièrement de son alter ego, Talia lui propose plutôt de « changer de texte », de devenir elle, ce qui permet un dialogue entre voix extérieure et intérieure, créatrice et créature, dans quelques segments particulièrement savoureux, comme ce retour sur ses relations amoureuses tumultueuses (seulement avec des « Quebs »), cette audition pour un rôle dans une production d’Incendies de Wadji Mouawad, ces apparents décrochages (« T’as encore changé de réplique! ») et un épique combat de boxe, où elle cloue enfin Julie au plancher. Talia pourra ensuite retrouver l’Égypte en elle, alors que clameurs et violence s’élèvent de la place Tahrir. Elle finira par comprendre qu’il demeure futile de se définir par la conjonction de coordination ou quand le et inclusif se révèle tellement plus porteur. Le tout se termine par un touchant hommage à sa mère (qui montera sur scène, visiblement émue) et un discours livré aux invités du mariage de sa sœur, Talia et Julie se partageant, chacune dans « sa » langue, un poème de Gaston Miron.
Tous ou presque dans la salle semblaient connaître la comédienne devenue auteure. Les rires explosaient en cascades, les larmes s’essuyaient avec discrétion. Les autres regrettaient sans doute un peu de ne pas l’avoir comme amie. Quand les gens se sont sagement mis en ligne pour remplir leur assiette de spécialités méditerranéennes succulentes, concoctées par la famille, certains échangeaient des souvenirs, d’autres saluaient  son courage de s’être révélée aussi entièrement. Il faudra voir comment une proposition scénique cohérente offrira au texte une portée universelle – mais n’est-ce pas d’abord notre unicité qui nous inscrit dans un tout? Il pourrait bien devenir un pendant féminin, volontiers plus exubérant, au très beau spectacle Un de Mani Soleymanlou. On le souhaite. 

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Le dénominateur commun : s’émerveiller d’être



Qui sommes-nous? D’où venons-nous? Où allons-nous? Trois questions ouvertes, qui n’admettent pas de réponses toutes faites. Trois auteurs, François Archambault, Emmanuelle Jimenez et Isabelle Leblanc, qui ne tentent pas d’y répondre, mais s’en inspirent pour appréhender le si troublant concept d’humanité. Ils ne travailleront néanmoins pas sans filet, puisque Geoffrey Gaquère, l’initiateur de cette soirée, a permis aux dramaturges de rencontrer quatre spécialistes qui ont offert des visions parfois contradictoires, parfois complémentaires : un physicien (Jean-François Arguin), un généticien (François-Joseph Lapointe), une théologienne (Solange Lefebvre) et un psychologue (Nicolas Lévesque). Troublés par leurs découvertes, ils ont écrit : des notes sur les informations reçues, des réflexions, des poèmes, des personnages. Gaquère a ensuite ramassé les copies, tenté d’en extraire une structure dramatique cohérente, qui permettrait au spectateur d’apprendre, certes, mais aussi de céder à la puissance des mots, des images, des destins. Quatre acteurs (Marie-Hélène Thibault, Murielle Dutil, Maxim Gaudette et Julien Poulin) pour représenter le chiffre magique, s’il en est un : celui du nombre de lettres définissant l’ADN, des saisons, des points cardinaux, des éléments…

Le premier segment se veut plus technique (« le généticien nous a appris », « le psychologue nous a dit ») et on craint un instant de se trouver plongé dans une émission de vulgarisation scientifique. Alors qu’on se sent pris d’un vertige (comment ne pas l’être quand notre présence sur terre relève d’un calcul de probabilités infinitésimales?), le tout bascule. Plus rien d’aride alors que des personnages prennent vie devant nous. « Quand tu regardes quelque chose, tu le modifies. » Le regard du spectateur n’attend-il pas justement d’influer sur la perception que nous aurons d’un objet théâtral?

« Pour vivre, il faut être visible. » Murielle Dutil (dont la présence sur les planches s’est malheureusement faite rare dans les dernières années) devient cette vieille dame un peu lunée qui se promène dans la rue en jaquette et casquette des Expos en se présentant comme Mireille Mathieu et démystifie pour nous la folie humaine. Elle incarne aussi Rita Houle, cette exploratrice dans la soixantaine qui, face à sa mère qui se meurt dans un CHSLD, prendra une décision définitive. Julien Poulin se transforme en séducteur impénitent qui tente de blâmer ses gênes (ce n’est pas sa faute s’ils cherchent à se reproduire!) pour justifier ses incartades à répétition. On ne pourra plus jamais voyager en métro sans penser à Karine (Marie-Hélène Thibault) qui regarde les hommes dans son wagon et s’interroge à savoir avec lequel elle s’accouplerait pour assurer la survie de l’espèce en cas de catastrophe nucléaire. On se rappellera aussi ce dialogue entre deux mécaniciens (Poulin et Gaudette) qui s’interrogent sur l’origine non pas de la vie, mais de l’automobile, ou cette conversation entre frère et sœur  (Gaudette et Thibault) qui se demandent quel cadeau apporter à leur sœur qui se meurt à l’hôpital : des vêtements, le livre du dalaï-lama, des chocolats? 

Cet assemblage de textes pourrait-il devenir autre, une fois mis en scène? Difficile à dire. Peu importe au fond. On sort des Écuries avec bien peu de réponses, mais l’esprit étrangement ouvert. « J’aurais pu être toi. » Et s’il ne s’agissait que de se tourner vers l’autre, comme le suggère la thématique de cette 12e édition du Festival du Jamais lu?

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26 lettres : l’abécédaire des mots en perte de sens : puissant!



Les hasards de la vie ont fait que tu n’as pu me rejoindre aux Écuries hier soir pour l’ouverture du 12e Festival du jamais lu. Arrivée en avance, même si, une fois encore, j’ai pris la mauvaise sortie et me suis baladée dans le quartier, j’ai été immédiatement conquise par l’atmosphère qui régnait. Des sourires qui fusent, des auteurs qui discutent avec d’autres, des passionnés qui attendent l’entrée en salle en lisant une pièce de théâtre au soleil, d’autres qui piétinent devant le comptoir de la billetterie dans l’espoir de se voir attribuer un billet. J’avais oublié combien on se sent bien aux Écuries, combien on aurait envie de jouer au babyfoot, même si le jeu nous indiffère entièrement, mais surtout de se laisser avaler par un des fauteuils et lire une pièce que l’on aurait piochée dans la petite mais dense librairie, d’un seul souffle, en sirotant un verre.
Vers 20 h 25, presque une demi-heure après l’heure prévue donc, certains ont commencé à applaudir dans la salle, de façon plus ludique qu’agressive. Quelques instants plus tard, les deux codirecteurs artistiques, Marcelle Dubois et Geoffrey Gaquère, sont montés sur scène, nous livrer un mot de bienvenue tout sauf engoncé, dans lequel se sont juxtaposés le rire franc et les interrogations identitaires. Stéphane Crête, soutenu par Sarah Berthiaume, a ensuite livré son texte conçu à partir de la centaine de mots achetés lors de la campagne de microdons : une page surréaliste, pourtant d’une grande cohérence. Un prélude inspirant à ce qui suivrait… J’allais oublier de te dire : la salle était si bondée que certains avaient envahi les marches, notamment Geoffrey Gaquère, que j’ai pris plaisir à entendre rire ou s’exclamer, à moins d’un mètre de moi, tout au long de la soirée. Tu penses qu’il s’est demandé ce que je griffonnais dans mon programme?
Tu le sais, Olivier Choinière avait confié à chaque auteur un mot en perte de sens, qui pouvait être réhabilité, mis à mort ou redéfini, dans une lettre, adressée à une personnalité, réelle ou fictive. (Chapeau à Annick Lefebvre, qui avait hérité de « Q pour pays », qui a destiné la sienne à des personnages de théâtre, peut-être mieux à même de réveiller le peuple.) De « artiste » (que Choinière s’était réservé, et qu’il n’épelait pas artiiiiiste, Dieu soit loué) à « zen » (un désopilant numéro de Fabien Cloutier), nous sommes passés par toute la gamme des émotions. Les lettres ont été parfois vindicatives (Michel Marc Bouchard pour « humain » et Philippe Ducros pour « démocratie », deux textes qui faisaient froid dans le dos), parfois décalées (« naturel » que Fanny Britt souhaitait remplacer par « Dove » et « fun », qui prenait une tout autre dimension, une fois manipulé par Catherine Léger), nostalgiques (« moderne » de David Paquet ou « information » de Marie-Hélène Larose-Truchon, une lettre à Bernard Derome qui, sous ses apparences d’hommage, ne manquait pas de grinçant). Larry Tremblay (« éducation », une lettre à Malala, cette étudiante pakistanaise attaquée par les talibans parce qu’elle milite pour l’éducation des filles) et Carole Fréchette (« révolution », une missive à ses petits-enfants pas encore nés) nous ont rappelé qu’ils étaient des grands, Christian Lapointe (« Liberté ») qu’il n’a aucune intention de se taire, Julie Vincent (« sacré ») que certains mots ont perdu leur sens premier. François Archambault (« Utopie ») a souligné que la bonté existe, Camille Roy (lauréate l’année dernière du Prix de l’Égrégore) dit autrement que la jeunesse ne se compte pas en nombre d’années, Sarah Berthiaume nous a proposé une solution simple pour se sortir de la crise. Anne-Marie Olivier a révisé notre définition du « terroriste » (lettre à un abonné qui se transforme un véritable brulot). Dans le registre opposé, Dany Boudreault a rendu un vibrant hommage à sa professeure de français du secondaire avec « poésie ». Elle pleurera sans aucun doute en recevant ce billet doux.
Vingt-six lettres, vingt-six univers, vingt-six paroles distinctes, qui nous permettent de croire que, porté par de telles voix, le théâtre québécois ne s’enlisera pas de sitôt. Tiens, je serais tentée d’utiliser une autre expression devenue galvaudée pour te résumer la soirée : « Tu as raté quelque chose. » Tu l’as trop souvent entendue sans doute. Mais cette fois, c’est à prendre… au pied de la lettre!
Au plaisir de te croiser au cours de la prochaine semaine au Festival.

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L’écorce de nos silences : tambour battant



Dans une volonté de rapprochement, la compagnie Ondinnok entame avec le Printemps autochtone d’art un dialogue. Une exposition, la présentation de trois courtes pièces d’auteurs autochtones émergents, une lecture publique, la projection de Mesnak, une conférence performative, un atelier de jeu ainsi qu’un cabaret musical et poétique permettent d’apprivoiser les Premières Nations à travers ses images, ses légendes, ses paroles. Elles n’auront peut-être jamais été autant dans les médias qu’au cours de la dernière année, avec le mouvement Idle no more, la reconnaissance par la Cour suprême du Canada des Métis en tant que Premier Peuple et la récente Commission de vérité et réconciliation. Pourtant, connaît-on réellement les vecteurs créateurs qui les motivent?
À la suite d’un concours lancé en mai 2012 par Ondinnok, trois auteurs ont été retenus pour profiter de l’accompagnement d’un dramaturge. Marie-Christine Lê-Huu a travaillé avec Jacinthe Connolly (agente d’interventions sociales, dont c’est le premier texte dramatique), Stéphane Crête avec Dave Jenniss (qui signe ici un deuxième opus) et Suzanne Lebeau avec Véronique Hébert (premier texte pour la scène professionnelle). Une scénographie polyvalente et inspirée de Julie Christina Picher, des éclairages soignés de Thomas Godefroid, une mise en scène bien dosée de Clément Cazelais et le contrepoint musical de Catherine Dacjzman faisant la part belle aux percussions traditionnelles permettent aux trois pièces de s’articuler comme des segments cohérents d’un tout. « Sans le tambour qui bat, les mots n’existent pas », fera d’ailleurs dire à son personnage principal Dave Jenniss.
Dans Les Bougalous, Jacinthe Connolly opte pour une approche sociale du théâtre. L’auteure, qui soutient actuellement les survivants des pensionnats indiens (une page très sombre de notre histoire), mais a précédemment travaillé en centre jeunesse, en maison d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale et en pénitencier à sécurité maximale en a beaucoup vu – trop sans doute. Dans sa pièce, elle voit peut-être un peu grand. Elle aborde aussi bien l’alcoolisme, « maladie des émotions », que la consommation, la vente de drogues (le chef de police fermant les yeux sur les activités illicites de sa nouvelle flamme), les abus du système et une perte réelle d’identité. Désemparé, intoxiqué, terrifié, le jeune Jordan ne peut comprendre ce que les Bougalous lui disent, car ils parlent dans la langue des ancêtres. Il a besoin qu’un sage qui traduise leurs propos, partage sa descente aux enfers (« ma dernière brosse a duré un mois »), puisque sa mère, qui tente pourtant s’extraire des ornières habituelles, ne sait comment le rejoindre. Certains flottements ont parfois rendu le jeu imprécis, mais la pièce offrait un prologue idéal pour pénétrer de plain-pied dans les univers plus oniriques adoptés ensuite.
« Ma peau est blanche, mais mon cœur est rouge. »  Suite au décès de son père et sans doute aussi troublé qu’ébloui par sa récente paternité, Dave Jenniss a choisi d’explorer dans Le tambour du temps la question de l’identité à travers un texte autobiographique puissant, abouti, qu’il défend lui-même magistralement.  En regagnant le campement familial après quelques années, il se surprend à vouloir retrouver ses racines. « Raconte-moi d’où je viens », plaide-t-il en invoquant les esprits de son père et de son grand-père, l’ours et le loup. Deux comédiens dont le visage est dissimulé par une tête d’animal accompagnent alors sa quête à l’arrière-scène ou hors champ, leurs voix amplifiées soulignant le côté surréel de cette rencontre. D’abord effrayé, le métisse finira par accepter d’entendre, dans un demi-rêve, leurs explications, tout en réalisant qu’il devra lui-même tracer la route qu’il privilégiera. « Son passé ne pouvait pas être mon avenir », avancera-t-il en parlant de son père.
Métusse de Véronique Hébert va encore plus loin dans l’exploration d’un univers de légende, alors que la jeune protagoniste (très convaincante Cassandre Émanuel) vient de perdre sa grand-mère (Natasha Kanapé Fontaine, dont le timbre hypnotique rejoint le spectateur de troublante façon) et souhaite lui rendre un ultime hommage en l’enterrant dans le territoire. Un trio farfelu, composé du chef de police, d’un prêtre au costume tout droit sorti du 18e siècle et d’un autochtone arborant une caricature de coiffe traditionnelle, tentera de l’empêcher de procéder, invoquant les règlements, le bon sens et le respect de la religion. « C’est pas catholique, tout ça! » Le détournement des objets religieux (le prêtre utilisant une pelle d’enfant comme goupillon et un seau de plastique sur lequel une croix est grossièrement dessinée comme réceptacle de l’« eau bénite »), proche de la commedia dell’arte, s’avère assez savoureux. L’orpheline rencontrera la déesse de la terre qui lui offrira la clé pour vaincre « la grande tour » et autres esprits maléfiques. « Pour accomplir ton destin, tu devras maîtriser les mots. »
On sort de la Maison Frontenac, encore porté par les rythmes des tambours, avec l’impression d’avoir pris part à une véritable rencontre. 

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