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lundi 7 mai 2012

Nidisouka Rawa (Souvenez-vous d’eux)


Seize élèves du Collège Sainte-Anne de Lachine, trois accompagnateurs, une expérience d’initiation à la coopération internationale au Sénégal, grâce à l’organisme Mer et Monde. Et si, au final, ceux qui avaient été transformés par l’expérience n’étaient pas tant les populations hôtes que ceux qui souhaitaient changer le monde? Avec une remarquable efficacité, non dénuée d’une certaine poésie par moments, Nidisouka Rawa (Souvenez-vous d’eux) nous permet de vivre cette aventure unique de l’intérieur.

D’entrée de jeu, la jeune réalisatrice  Mélanie O’Bomsawin prend le parti de suggérer plutôt que de démontrer. Quelques mesures d’une musique qui déborde de chaleureuse vitalité, l’éclat du regard de ceux qui se préparent à l’expédition; le spectateur a envie de suivre ce périple, d’en devenir témoin agissant. Pourquoi s’engage-t-on de la sorte? Pour laisser son confort derrière et découvrir des endroits reculés, en apprendre sur soi-même, perdre ses repères, accepter le déséquilibre.

Quand les jeunes descendent du véhicule, on lit le sourire perplexe, la volonté de s’ouvrir à l’autre autant que les questionnements que ce voyage suscite. Les familles d’accueil les intègrent à leur quotidien et on ne peut qu’être ému d’entendre des jeunes filles qui avancent en toute spontanéité : « ma maman », « ma famille » ou « je couche dans ce lit avec ma sœur ». On voit tout le monde à l’œuvre, nettoyer le terrain entourant une garderie, ériger un mur protecteur, peinturer l’édifice. Les gestes sont posés, un à la fois, sans chercher à tout prix l’optimisation. « Ici, on vit et profite de l’instant présent », résume un jeune homme. Que dire de cette adolescente, d’abord désemparée au milieu de sa famille qui ne comprend pas le français, avant qu’elle accepte que la barrière de la langue peut se contourner, que l’important au fond est de passer du temps ensemble, à écouter, à deviner, à apprendre le respect des autres. Comment oublier l’illumination dans le regard de cette autre, parée d’un vêtement traditionnel qui, au sortir de la messe, évoque le sentiment d’unité, d’appartenance ressenti : « On n’était plus des individus, mais nous appartenions au groupe. »

Le montage de Mélanie O’Bomsawin ne multiplie pas les images léchées –  au contraire, comme en témoignent certains segments filmés à l’intérieur, dans le noir, caméra au poing –, mais  démontre un côté instinctif, presque organique. Il privilégie une peinture d’atmosphère, par petites touches. Quand les jeunes quittent Pandiénou, aucun pathos dans le traitement. Pourtant, on ressent la tristesse accumulée d’un seul coup, sans aucun trait grossier de surligneur. On sort du visionnement encore habité par ces rencontres, avec l’autre, avec soi. Suspendre le temps et poser un geste. En toute simplicité.


ebulletin Collège Sainte-Anne