
David Fray n’est certes pas inconnu du public montréalais. Les amateurs de piano qui ont suivi l’édition 2004 du Concours Musical International de Montréal se souviennent encore de la remarquable maîtrise du pianiste français dans
Le 22 octobre, Fray retrouvera avec plaisir le public montréalais dans le cadre d’un événement-bénéfice pour
Si le programme de son concert semble à première vue disparate, il n’en est rien, puisqu’il se veut centré sur la tonalité de si mineur et les nombreux jeux de couleurs qui y sont liés. Il s’ouvre ainsi avec le Prélude et fugue en si mineur du premier volume du Clavier bien tempéré de Bach. « Ce Bach se veut un peu l’œuvre germinale qui donne son sens au programme », précise-t-il. Il y appose ensuite le rarement interprété Adagio en si mineur de Mozart, que Fray situe dans le prolongement de Bach – l’écriture à quatre voix pouvant à la fois être associée au quatuor à cordes et à celles de la fugue du Cantor –, mais qui annonce aussi Schubert, par le côté dramatique qui s’en dégage. Les Impromptus opus 90 de ce dernier se glissent alors spontanément dans le parcours et permettent une transition aisée vers Der Doppelgänger de Schubert/Liszt et l’architecturale Sonate. En proposant un programme ainsi architecturé, il souhaite « aiguiller le public, mais pas de façon autoritaire. Il doit pouvoir tirer ses propres conclusions. Je lui fournis les pistes, le terreau. Il est important de débanaliser les œuvres en leur offrant un environnement différent, un nouvel éclairage et de penser le public capable d’apprécier autre chose. »
Le nom du pianiste circule beaucoup depuis quelques années et plusieurs voient en lui un représentant important de la nouvelle école française de piano. « Je me méfie des épithètes et il est important de ne jamais tomber dans la facilité, garder la même exigence, s’insurge le pianiste. J’aimerais m’inscrire dans une certaine tradition d’interprètes que j’ai toujours admirés, tels Willehm Kempf, Edwin Fischer, Artur Schnabel. » Il dit préférer se concentrer sur les projets à venir plutôt qu’ébaucher des rêves improbables. Dans les prochains mois seront lancés un nouvel enregistrement qui mettra en lumière quatre concertos de Bach ainsi qu’un film de Bruno Monsaingeon, tourné en périphérie de ce projet. Fray participera aussi à la tournée au Japon de Cecilia Bartoli, enregistrera un récital Schubert et jouera Mozart à Salzbourg. Pourtant, il affirme : « Rien n’a changé. Je suis un musicien, je travaille. Le plus important n’est pas tant la reconnaissance que de se savoir compris, entendu. »
La Scena Musicale, octobre 2008
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