dimanche 30 mai 2010

Fantasy; a Night at the Opera

Pahud avait séduit par la luminosité de ses interprétations des sonates de Bach, convaincu par ses lectures de concertos de Dalbavie et Pintscher; cette fois, il déjoue l’auditeur avec un programme tout en légèreté, constitué de pages virtuoses inspirées des grands airs de La Traviata, Rigoletto ou Carmen. « Une flûte à l’opéra – devisant avec l’orchestre telle une prima donna sur scène », explique Pahud lui-même dans les notes accompagnant le disque. Un interprète moyen aurait transformé une telle proposition en une mixture sirupeuse, parfaitement imbuvable. C’est compter sans l’intelligence et la finesse de Pahud qui dessine, respire, danse avec chaque ligne musicale.  Porté par l’accompagnement à la fois limpide et texturé du Philharmonique de Rotterdam sous la direction alerte de Yannick Nézet-Séguin – qui a  convaincu le musicien de la pertinence de cette collaboration –, le flûtiste démontre une fois de plus que, selon lui, la virtuosité ne peut jamais être perçue de façon totalement gratuite. Saluons ici la délicatement ouvragée relecture de Guy Braunstein (premier violon solo du Philharmonique de Berlin) de l’aria de Lensky d’Eugène Onéguine, transmise avec une retenue des plus touchantes, le subtil duo tiré d’Orphée et Eurydice de Gluck (en compagnie de Juliette Hurel, première flûte du Philharmonique de Rotterdam) et l’éblouissante Fantaisie brillante sur Carmen de François Borne, orchestrée par Raymond Meylan.

La Scena Musicale, juin 2010

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