« All you need is love… »: quatre mots si simples en apparence, signés John Lennon, mais que nombre de compositeurs auraient pu faire leurs aux fils des ans. Si le chanter semble facile, l’amour n’est pourtant jamais unidimensionnel : qu’il ravage, qu’il transfigure, qu’il brûle, qu’il soutienne, qu’il soit charnel, qu’il devienne universel et mène à la paix, il demeure multiple, inspirant, geste essentiel à poser, aujourd’hui comme hier. « You may say I’m a dreamer, but I’m not the only one. I hope someday you’ll join us, and the world will be as one. »
Richard Wagner
Né à Leipzig, le 22 mai 1813
Mort à Venise le 13 février 1883
Tannhäuser, musique du Venusberg
Créé à Dresde en 1845, Tannhäuser reprend l’histoire d’un chevalier du XIIIe siècle, pétri de dualités, tiraillé entre le bien et le mal, spiritualité chrétienne et sensualité païenne, amour sacré et profane. Après avoir évoqué les grands thèmes de l’opéra dans son ouverture, Wagner nous plonge d’un seul coup dans le Venusberg, paradis de l’hédonisme total, sur lequel règne Vénus, la déesse de l’amour. Par le truchement des violons, Tannhäuser annonce à Vénus, son amoureuse depuis plus d’un an, qu’il souhaite récupérer sa liberté. Quand elle refuse, la texture musicale devient diaphane, dangereusement séductrice, la clarinette solo adoptant la voix de la déesse.
Cette page inégalée de pure sensualité a été composé en 1861 pour une production de l’opéra à Paris et greffé par après à l’ouverture originale. Wagner y fait surgir bacchantes, naïades, nymphes, sirènes, faunes et cupidons, avant de nous mener vers un sommet d’une rare efficacité, immense vague d’émotion. Un sentiment d’épuisement et de satiété s’installe alors doucement, avant que le songe ne s’effiloche.
Jules Massenet
Né à Montaud, le 12 mai 1842
Mort à Paris le 13 août 1912
« Méditation », extraite de Thaïs
L’opéra Thaïs, sur un livret de Louis Gallet d’après le roman d’Anatole France, a été composé pour la soprano américaine Sibyl Sanderson, muse de Massenet. Dans l’Alexandrie du IVe siècle, on y rencontre le moine cénobite Athanaël qui cherche à convertir au christianisme la courtisane Thaïs, vouée au service de Vénus. Cette dernière hésite puis, après la célèbre « méditation religieuse » du deuxième acte, confiée au violon solo, accepte d’attendre la mort dans un couvent. Athanaël découvrira trop tard que son intérêt pour Thaïs n’est pas dénué de désir charnel. Alors que la belle pousse son dernier soupir, transfigurée par le pouvoir de la rédemption, le moine renonce à sa foi.
Entre volupté et religiosité – comme peut être lue la trame narrative de Tannhäuser –, Massenet joue ici tour à tour la carte de la tendresse presque désincarnée et du désir, en une page qui laisse en son sillage un parfum impérissable.
John Lennon
Né à Liverpool le 9 octobre 1940
Mort à New York le 8 décembre 1980
Trente ans après son assassinat, John Lennon possède toujours cette aura unique. Auteur ou coauteur (avec Paul McCartney) d’une pléthore de succès des Beatles, artiste solo formant l’un des couples les plus médiatisés au monde avec Yoko Ono, activiste pacifiste, Lennon demeure une personnalité complexe, fourmillante, qui continue d’inspirer biographes, romanciers et admirateurs.
Peintre, auteur, acteur, réalisateur de courts-métrages expérimentaux, caustique, parfois décalé, immense visionnaire, Lennon touche à tout, avec l’insolence des autodidactes. Peu importe ce qui l’allumera, l’auteur-compositeur-interprète en lui finira toujours par reprendre le dessus : « Comment pouvez-vous surpasser Shakespeare ou Beethoven ou tant d’autres? Je me suis posé la question et, dans le secret de mon cœur, je voulais écrire quelque chose qui pourrait prendre la suite », a-t-il expliqué en entrevue. Il n’hésite pas à juxtaposer au fil des albums univers de Lewis Carroll, recherches pointues de Karlheinz Stockhausen, harmonies limpides de John Dowland et grooves à la Roy Orbison. « Écrire des chansons me pousse à extraire de moi le démon. C’est comme d’être possédé. » Qu’il chante les feux de l’amour, questionne les institutions, loue la tendresse du quotidien, John Lennon ne perd jamais son rôle de vue : « Mon rôle dans la société, comme celui de tout artiste ou poète, est d’essayer d’exprimer ce que nous ressentons tous, pas de dire aux gens quoi ressentir, non pas comme un prédicateur, un dirigeant, mais le reflet de nous tous. »
Concert-bénéfice de l'OSM, février 2011
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