jeudi 22 septembre 2011

De Schubert à Boulez

Le programme de ce soir offre un voyage dans les époques aussi bien que dans les textures. La Cinquième Symphonie de Schubert, hommage au classicisme de Mozart, et Dérives 1 de Boulez adoptent volontairement un registre intimiste. Le piano s’intègrera ensuite au tissu orchestral dans deux œuvres qui redéfinissent la notion même du concerto : la Ballade de Fauré en privilégiant une forme libre, en apparence improvisée, et les Variations symphoniques de Franck en attribuant au piano un rôle de collaborateur. Le concert se terminera par l’éblouissante Symphonie en do de Bizet, œuvre de jeunesse (tout comme les pages de Schubert et de Fauré) remarquablement aboutie.

Franz Schubert
Né le 31 janvier 1797 à Vienne
Mort le 19 novembre 1828 à Vienne

Symphonie no 5, en si bémol majeur, D. 485

Écrite en un mois, à l’automne 1816, la Cinquième Symphonie de Schubert se rapproche de la musique de chambre par son orchestration (qui ne comporte pas de clarinettes, de trompettes ou de timbales) et ses dimensions. En si bémol majeur, tonalité qui inspire à plusieurs reprises le jeune Schubert à cette époque, la symphonie se veut un hommage à l’élégance mozartienne. (Certains musicologues avancent même l’hypothèse que Schubert aurait voulu offrir une réplique optimiste à la Quarantième Symphonie de Mozart, dans le ton de sa relative majeure.)

Cette symphonie est la seule de Schubert à ne pas comporter d’introduction lente, outre trois accords pianissimo aux vents et une phrase descendante staccato aux violons, qui sera développée dans la section centrale du premier mouvement, qui mise essentiellement sur des échanges entre les cordes et les vents.

Le deuxième mouvement, en 6/8 et en mi bémol comme dans la Quarantième de Mozart, évoque pour quelques commentateurs l’univers des Nozze de Figaro ou de La Flûte enchantée. Il reste néanmoins fort personnel, tant dans le traitement des bois que dans la démarche harmonique, comportant de nombreuses modulations.

Après un subtil menuet, qui comporte en son centre un délicieux ländler,  la symphonie se consume en un finale bondissant, remarquable tant au niveau de son choix de matériau que de son traitement orchestral.


Pierre Boulez
Né à Montbrison, France le 26 mars 1925
Habite actuellement à Paris

Dérive 1, pour six instruments

Pour Boulez, une œuvre n’est jamais achevée et ceci explique pourquoi il revient régulièrement à des pages antérieures afin d’en proposer un nouvel arrangement ou utilise les fragments non retenus comme germe d’une autre partition. Dans le cas de Dérive 1, pour flûte, clarinette, vibraphone, piano, violon et violoncelle, la matière première de la pièce a été puisée à même les esquisses de Repons. « Quand je compose, le processus joue un rôle important, explique-t-il en entrevue. Sur le coup, quand je contemple mon travail, j’ai des réactions plutôt spontanées. Après, je regarde ce que j’ai fait et me dis : “Mais avec ça, je pourrais en tirer beaucoup plus.” […] Lorsque j’ai de telles idées ou fais de telles déductions, je les note immédiatement, ou aussi vite que possible. […] Cela reste – d’où le nom Dérive, parce que le matériel reste là, inutilisé, et il est dérivé de choses que j’ai déjà écrites. »

L’œuvre est dédiée à Sir William Glock, professeur d’histoire et spécialiste de l’orgue à l’Université de Cambridge, critique musical et fondateur de l’académie estivale de Dartington. Créée par le London Sinfonietta le 8 juin 1984 sous la direction d’Oliver Knussen, Dérive 1 est basée sur une série de six accords permutés, formés à partir des six notes du cryptogramme du nom du dédicataire.


Gabriel Fauré
Né à Pamiers le 12 mai 1845
Mort à Paris le 4 novembre 1924  

Ballade, pour piano et orchestre, en fa dièse majeur, opus 19

Fruit, comme l’a présenté le compositeur avec une certaine modestie de « procédés nouveaux quoique anciens », la Ballade de Fauré préfigure par sa structure convergente (dans laquelle le mouvement central développe le matériel exposé dans les mouvements extrêmes) et son côté en apparence improvisé, les avancées musicales qui seront réalisées au 20e siècle. 

Le compositeur réalisera deux versions de sa Ballade. La première, pour piano seul, a été complétée en 1879, l’année du premier voyage wagnérien à Munich. Fauré confie d’ailleurs au pianiste Alfred Cortot que l’œuvre se veut une « impression de nature analogue à celle qui dictait à Richard Wagner son évocation musicale des “Murmures de la forêt”. » La seconde, pour piano et orchestre, sera réalisée deux ans plus tard. Si la parenté des pages demeure évidente (on note très peu de différences fondamentales entre les deux), elles ne transmettent pas le propos de la même manière. Alors que la version pour piano joue la carte de l’envergure, de la virtuosité et de la passion à peine retenue, le concerto mise sur l’élégance et la pureté du geste.

La première section, qui serait celle que Proust décrit dans Un amour de Swann quand le protagoniste principal se remémore sa première audition de la sonate de Vinteuil, dessine sans empressement un premier thème souple et gracieux, soutenu par des accords. Le deuxième motif,  gamme descendante un peu alambiquée, est énoncé après un point d’orgue. Les deux idées sont ensuite développées par Fauré, avant qu’une transition n’en appelle un troisième, qui introduit l’allegro central de la pièce, motif qui sera repris dans l’allegro moderato final. Swann résume l’essence de l’œuvre en ces termes : « Il s'en représentait l'étendue, les groupements symétriques, la graphie, la valeur expressive; il avait devant lui cette chose qui n'est plus de la musique pure, qui est du dessin, de l'architecture, de la pensée, et qui permet de se rappeler la musique. »

César Franck
Né à Liège le 10 décembre 1822
Mort à Paris le 8 novembre 1890

Variations symphoniques, M. 46

Écrites en 1885,  les Variations symphoniques se veulent « une petite chose pour piano et orchestre » visant à remercier Louis Diémer pour son interprétation saluée des Djinns, l’un des rares succès critiques en carrière de Franck. En optant pour le titre « variations symphoniques » et non pas « concertantes », Franck démontre sa volonté de se rapprocher du poème symphonique et d’éviter les poncifs associés au genre du concerto. En effet, à part trois brefs passages solistes de 17 mesures, le piano agit à titre de collaborateur à l’architecture, à la couleur et à la rythmique.

Ainsi, au thème fortement rythmé, impératif, de l’orchestre des premières mesures, le piano opposera une douceur mêlée de tristesse, scellant les liens entre ces deux motifs qui serviront de points d’ancrage à toute l’œuvre malgré leur apparent antagonisme. La présentation définitive du premier thème, énoncé par le piano comme un choral, sera suivie par cinq grandes variations. La première privilégiera un dialogue fragmenté et la deuxième fera la part belle aux altos et aux violoncelles sur contrepoint pianistique. Le soliste proposera cette fois une version chargée de chromatismes, ponctuée par des accords discrets. Le thème entendu au début à l’orchestre se transforme après en fanfare rythmée. Les violoncelles reprennent ensuite le segment lyrique, bercés par les arpèges brisés du piano, avant que ce dernier ne soit balayé par l’enthousiasme de l’allegro non troppo final.

Georges Bizet
Né à Paris le 25 octobre 1838
Mort à Bougival le 3 juin 1875

Symphonie en do majeur

Même si la Symphonie en do majeur est maintenant régulièrement donnée par les orchestres, Bizet la considérait comme un exercice d’école ne méritant pas de figurer à son catalogue. En effet, la symphonie ne sera jouée  pour la première fois qu’en 1935, deux ans après que le compositeur Reynaldo Hahn remette une série de documents au Conservatoire de Paris comprenant le manuscrit de l’œuvre. Fortement influencée par les deux symphonies de Gounod, professeur de Bizet au Conservatoire, l’œuvre témoigne néanmoins d’une remarquable originalité pour un jeune homme de 17 ans, tout comme l’avait été moins de 20 ans auparavant l’ouverture du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn.

Le premier mouvement propose un premier thème rapide, très accentué et un second, en valeurs longues, plus chantant. L’Adagio s’amorce par une introduction accompagnée par un motif dérivé du premier thème du mouvement initial qui se fond dans une cantilène orientale au hautbois, tributaire du bel canto. Le premier thème du scherzo, proche de la gigue écossaise, devient contresujet du deuxième, confié aux cordes, avant de réapparaître soutenu par un drone rustique. Le finale nous laisse à bout de souffle, renversés par la virtuosité des cordes et la palette orchestrale de Bizet.

Programme OSM des 26, 27 et 30 octobre




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