jeudi 22 décembre 2011

Silence, on joue!

La musique parlant avant tout à l’inconscient, les meilleures trames sonores ajoutent une profondeur à l’image sans l’écraser. Pourtant, certaines pages musicales marquent l’imaginaire, continuent de l’envahir des années durant, bien après que les souvenirs précis du film se soient effilochés. Comme le disait le cinéaste Robert Bresson, « la musique évoque toujours des images, les images n’évoquent jamais de la musique ». Plus que tous les autres arts, la musique plonge l’auditeur dans un imaginaire que même la magie du cinéma ne pourra jamais égaler.


NINO ROTA (1911-1979)
1. A Time for Us    
tiré du film  Roméo et Juliette      
Réalisé par Franco Zefirelli
Arr. Marc Ouellette

Le nom de Nino Rota restera toujours lié à celui de Federico Fellini, réalisateur avec lequel il devait travailler à de multiples reprises, mais le compositeur a également créé opéras, ballets et de nombreuses pages orchestrales. Il signe avec A Time for Us, valse suspendue aux accents d’autrefois,  tirée de la trame sonore de Romeo & Juliet, l’une de ses mélodies les plus envoûtantes.

JOHN WILLIAMS (1932 – )
2. The Chairman's Waltz  
tiré du film Mémoires d’une geisha 
Réalisé par  (2005)
Arr. Marc Ouellette

8. Suite Far and Away  
tirée du film Horizons lointains         
Réalisé par Ron Howard (1992)
Arr. Antoine Bareil

Véritable légende vivante de la musique de film américaine, John Williams compte à son actif 5 Oscars pour pas moins de 45 nominations, ce qui en fait (avec le compositeur Alfred Newman) l’artiste le plus nommé après Walt Disney. Il a également reçu de 17 Grammys, 4 Golden Globes, un prix honorifique du Kennedy Center et il a été intronisé au Hollywood Bowl Hall of Fame en 2000.

Même si on lui doit nombre de partitions explosives, « The Chairman’s Waltz », tirée de Memoirs of a Geisha, joue la carte de la retenue et de la tendresse, offrant au violon solo une toile magnifique sur laquelle greffer ses arabesques. La suite tirée de Far and Away propose quant à elle un florilège d’airs irlandais traditionnels, auxquels s’intègrent de façon parfaitement organique des motifs complémentaires.

JOHN BARRY (1932-2011)
3. Two Socks – The Wolf Theme & The John Dunbar Theme
tiré du film Dances with Wolves                
Réalisé par Kevin Costner (1990)
Adapt. Antoine Bareil

Adaptation du livre éponyme de Michael Blake, Dances with Wolves devait marquer l’imaginaire d’une génération de cinéastes et s’est vu intégré au fonds de préservation de l’United States National Film Registry de la Library of Congress, pour « son importance culturelle, historique et esthétique ». La trame sonore de John Barry, qui devait lui valoir un Oscar en 1991, y joue certes un rôle essentiel.

ENNIO MORRICONE (1928 – )
4. Thème d’amour  / Love Theme   
tiré du film Cinéma Paradiso
Réalisé par Giuseppe Tornatore (1989)
Orch. Marc Ouellette

9. Thème principal
tiré du film Outrages
Réalisé par Brian De Palma (1989)
Arr. Gilles Ouellet

Quelques notes à peine de Cinema Paradiso d’Ennio Morricone et les émotions surgissent, puissantes et intactes. La musique devient protagoniste du film et en fait ressortir la dimension profondément humaine. Par ailleurs, le thème de Casualties of War, un film de guerre de 1989 signé Brian de Palma, possède un remarquable souffle dramatique, qui fait vibrer la corde sensible de l’auditeur et se veut un mémorial  aux innocents tués lors de la guerre du Vietnam.

HOWARD SHORE (1946 – )
5. Concerning Hobbits  2:45   
tiré du film Le Seigneur des anneaux: La Communauté de l’anneau 
Réalisé par Peter Jackson (2001)
Arr. Antoine Bareil

Le compositeur canadien Howard Shore, qui a déjà collaboré à plus de 80 films, écrira 12 heures de musique pour la trilogie du Seigneur des Anneaux, ce qui lui permettra de décrocher trois Oscars, deux Golden Globes et quatre Grammys. Shore a superposé aux images de Peter Jackson des sonorités d’inspiration modale, qui plongent en quelques secondes l’auditeur dans un univers féerique.

JAMES HORNER/WILL JENNINGS (1953 – )
6. My Heart Will Go On 
tiré du film Titanic 
Réalisé par  James Cameron (1997)
Orch. Claude Lemay

Peu de chansons auront causé un impact aussi grand que My Heart Will Go On, telle qu’interprétée par Céline Dion dans Titanic. Cette collaboration  de James Horner et Will Jennings, lauréate de l’Oscar de la meilleure chanson originale et de 4 récompenses aux Grammys en 1999 dont chanson de l’année, devait se vendre à plus de 31 millions d’exemplaires et se  retrouver ensuite sur plus de 108 millions de copies d’albums.

GABRIEL YARED (1949 – )   
7. Convento Di Sant’Anna 
tiré du film The English Patient
Réalisé par  Anthony Minghella (1996)
Adapt. Antoine Bareil

Dans The English Patient, lauréat de neuf Oscars, dont celui de la meilleure musique, Gabriel Yared a su admirablement intégrer le piano, qui joue un rôle de catalyseur dans le film (alors que le personnage incarné par Juliette Binoche interprète l’aria des Variations Goldberg de Bach) à toute la trame sonore. La page entendue ici demeure l’une des plus sublimes du répertoire.

ALBERTO IGLESIAS (1955 – )
10. Soy Marco  
tiré du film Parle avec elle (Hable con Ella)
Réalisé par Pedro Almodóvar (2002)
Trans. Antoine Bareil

Alberto Iglesias a collaboré avec Pedro Almodóvar à plusieurs reprises depuis une quinzaine d’années. Dans Hable con Ella, qui lui a valu un prix Goya et un prix de la critique cinématographique espagnole, on retrouve l’essence de son style, caractérisé par une écriture proche de celle de la musique de chambre, dans laquelle dominent les cordes. L’extrait choisi ici est un solo de violon accompagné par des cordes, ce qui permet de développer une intimité presque immédiate avec l’auditeur.

CARLOS GARDEL (1890 – 1935) - GERARDO MATOS RODRIGUEZ (1897 – 1948)
11. Por Una Cabeza  - La Cumparsita    
Por Una Cabeza tiré du film Parfum de femme 
Réalisé par  Martin Brest (1992)
incluant La Cumparsita tiré du film Some Like it Hot
Réalisé par Billy Wilder (1959)   
Arr. Antoine Bareil

C’est dans les années 1920 que Carlos Gardel, le « roi » du tango, popularise la forme chantée du genre. La haute société parisienne se l’approprie bientôt, ce qui contribue à propager sa popularité partout dans le monde. On lui doit notamment le célébrissime Por Una Cabeza, réutilisé lors de la scène probablement la plus mémorable du film Scent of a Woman. La Cumparsita, qu’on entend dans Some Like it Hot, considéré la comédie américaine la plus réussie de tous les temps, a été écrit par Gerardo Matos Rodriguez en 1916. Chanson à la pulsation contagieuse, elle a été sacrée hymne populaire et culturel de l’Uruguay en 1998.

JOE HISAISHI (1950 – )
12. Hana-Bi 
tiré du film Hana-Bi (Feu d’artifice)
Réalisé par  Takeshi Kitano (1997)

Le compositeur japonais Joe Hisaishi est devenu au fil des ans une figure incontournable du monde musical japonais. Dès 1984, il collabore avec Hayao Miyazaki et on lui doit notamment les trames sonores de Laputa, le château dans le ciel, Mon voisin Totoro et Princesse Mononoké. Il entretient également une relation privilégiée avec le réalisateur Takeshi Kitano et son travail pour le film Hana-Bi lui a valu le prix de la meilleure musique aux Prix de l’Académie japonaise de cinéma en 1999.

ERICH WOLFGANG KORNGOLD (1897 – 1957)   
13. Marian and Robin
tiré du film The Adventures of Robin Hood   
Réalisé par Michael Curtiz & William Keighley (1938)
Arr. Gilles Ouellet

Considéré par John Williams et Jerry Goldsmith comme véritable maître à penser, Erich Wolfgang Korngold est débarqué à Hollywood au milieu des années 1930, suite aux sollicitations répétées de Leo Forbstein, responsable du département musique de la Warner. Il hésite à accepter mais, alors que l’Autriche tombe aux mains de l’Allemagne nazie, la famille du compositeur vient le rejoindre et il se met alors à la trame sonore de The Adventures of Robin Hood, l’une de ses pages les plus célèbres, qui lui vaudra un Oscar. Il dira ensuite: « J’ai eu la vie sauve grâce à Robin des bois. »


HAROLD ARLEN (1905 – 1986)
14. Over the Rainbow 
tiré du film The Wizard of Oz   
Réalisé par / Directed by Victor Fleming (1939)
Arr. Gilles Ouellet

Over the Rainbow d’Harold Arlen, entendue pour la première fois dans The Wizard of Oz,  devait devenir la chanson-signature de Judy Garland et se retrouver au premier rang du classement de l’American Film Institute des 100 meilleures chansons du cinéma. Tout comme White Christmas d’Irving Berlin, la chanson devait inspirer les troupes américaines exilées en Europe, qui l’adoptèrent comme hymne à la liberté.

CHARLIE CHAPLIN (1889 – 1977)
15. Smile 3:35
tiré du film Modern Times
Réalisé par Charlie Chaplin (1936)
Adapt. Clauss Ogermann

La tendrement douloureuse Smile,  est entendue à la toute fin de Modern Times, dernier film muet de l’acteur-réalisateur également violoniste et compositeur, Charlie Chaplin. En une sorte de lettre d’adieu au personnage de Charlot,  elle aurait été composée par Charlie Chaplin lui-même et orchestrée par David Raksin, bien que d’autres la revendiquent. Reprise par de nombreux artistes, de Nat King Cole à Michael Jackson, elle a traversé époques et modes sans prendre une ride.



Album Angèle Dubeau & La Pietà, sortie début 2012, étiquette Analekta

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