mardi 10 janvier 2012

Le Québec et la France: paysages réunis

« Ma mère m’a transmis deux langages : la langue française et la musique.  » (Fernand Ouellette)

« L’écrivain devant la musique est devant un langage qui lui échappe et […] qui n’a rien à voir avec celui qu’il utilise. […] Nous qui ne sommes pas musiciens, nous en percevons de loin les contours. Nous pouvons y aborder, mais ce sera pour nous promener sur le rivage, éternels touristes en marge de la jungle. »  (Jean-Éthier Blais)

Régis Campo
Né en 1968 à Marseille

« Portrait » et « Seul et seule », pour baryton, célesta et quatuor à cordes, extrait du cycle Les Chants amoureux (création et commande OSM)

Disciple d’Edison Denisov et Henri Dutilleux, Régis Campo a déjà composé une centaine d’œuvres (musique de concert, opéra, trames sonores), créées dans une  trentaine de pays, saluées à plusieurs reprises. Il a notamment reçu le prix Gaudeamus  pour Commedia en 1996,  a été récompensé au concours Dutilleux la même année pour son quintette de cuivres Exsulatate jubilate, et on lui a attribué les prix Hervé Dugardin de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (organisme qui lui accordera en 2005 le Prix des jeunes compositeurs) et Pierre Cardin de l’Académie des Beaux-arts en 1999.

 Kent Nagano entretient des liens rapprochés avec le compositeur et a dirigé la création de Lumen en septembre 2001 avec le Berkeley Symphony Orchestra et de la Première Symphonie, créée en avril 2003 par les mêmes interprètes. Le 20 février 2008, l’Orchestre symphonique de Montréal  présentait quant à lui la première de son orchestration de Sports et divertissements d’Erik Satie.

Les deux pièces entendues aujourd’hui en première mondiale s’inscrivent dans le cycle Les chants amoureux, pour baryton et orchestre, qui sera complété notamment par des mises en musique de pages de Claude Vivier et Pierre Ronsard. « Portrait », d’abord porté par un ostinato qui dessine un accord de mi majeur, s’attarde à un texte d’Hector de Saint-Denys Garneau (dont on célèbre en 2012 le centenaire de naissance). « Seul et seule » reprend quant à lui un court poème de Gaston Miron (1928-1996), figure emblématique qui croyait que « le poème est transcendance ». Jacques Brault lui rendait hommage en 1966 en ces termes : « Qui parmi nous ne connaît pas Gaston Miron? Cet homme répandu comme une légende, animateur et agitateur de première force, dont le visage se confond presque avec le visage de notre société... »

Clermont Pépin
Né à Saint-Georges de Beauce le 15 mai 1926
Mort à Montréal le 2 septembre 2006

Suite : Trio no 1

« Le vaisseau d'or » (d’après le poème d’Emile Nelligan)
« Spleen » (d’après le poème de Paul Verlaine)
 « Ronde villageoise de l'Oiseau-phénix »

La  vie de Clermont Pépin relève parfois du conte de fées. Il n’a que 12 ans quand Wilfrid Pelletier le présente comme compositeur et chef d’orchestre à une Matinée jeunesse, avant de proposer son orchestration d’un menuet du garçon. L’année suivante, au Palais Montcalm, Robert Talbot dirige la création de sa symphonie. Il travaillera  ensuite à Montréal avec Claude Champagne, puis avec Philadelphie avec Rosario Scalero et au Conservatoire royal de musique de Toronto avec Arnold Walter. Lauréat du Prix d’Europe en 1949, il s’installe à Paris de 1949 à 1955 et y étudie la composition avec Arthur Honegger et André Jolivet, en plus de suivre les cours d'analyse d'Olivier Messiaen. De retour à Montréal, il devient professeur de composition au Conservatoire de musique de Montréal (de 1955 à 1964), avant d’accéder à la direction de l’établissement  (de 1967 à 1973).

Commande des Jeunesses musicales du Canada, Suite : Trio no 1 a été écrit en 1958. Le premier mouvement prolonge l’esprit du  mythique Vaisseau d’or de Nelligan, le deuxième du Spleen de Verlaine, alors que le dernier se veut une relecture de l’introduction de son ballet L’Oiseau phénix, d’après une légende canadienne recueillie par Marius Barbeau.

Gabriel Fauré

Né à Pamiers le 12 mai 1845
Mort à Paris le 4 novembre 1924

Quatuor no 1 pour piano et cordes en do mineur, opus 15

Allegro molto moderato
Scherzo (allegro vivo)
Adagio
Allegro molto


En France, au 19e siècle, il reste difficile pour un compositeur de connaître le succès en produisant des œuvres instrumentales, le public parisien vouant un amour inconditionnel à l’opéra, particulièrement italien. La mise sur pied, en 1871, de la Société nationale de musique allait enfin changer la donne et c’est dans le cadre de cette série de concerts, le 14 février 1880, que le Quatuor no 1 pour piano et cordes sera créé, le compositeur tenant la partie de piano.

Étalée de 1876 à 1879 (le finale devait cependant être entièrement réécrit à la suite de la première), la composition du quatuor s’était révélée difficile, le compositeur ayant rompu ses fiançailles avec Marianne Viardot, fille de la célèbre cantatrice, en octobre 1877. S’il demeure parfois dangereux d’établir des liens trop rapprochés entre biographie et création, l’auditeur pourra néanmoins  percevoir cette œuvre au romantisme enflammé et son douloureusement sublime Adagio, comme un prolongement musical des déchirements ayant accompagné sa naissance.


Musique de chambre avec les musiciens de l'OSM, 24 janvier 2012

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