Au fil des ans, Robyn
Orlin a souvent traité des aberrations de la vie en Afrique du Sud (née à
Johannesburg, elle vit à Berlin depuis 10 ans), de l’axe Nord-Sud, des
injustices sociales. Si son œuvre s’inscrit essentiellement dans une volonté de
dénonciation, Beauty remained for just a
moment then returned gently to her starting position se veut une création
plus ludique, qui fait voler en éclats le quatrième mur en misant sur la
participation du public, qui accompagne les interprètes dans leur improbable quête
de beauté. Multidisciplinaire, le spectacle se veut mariage (de cœur plutôt que
de raison) entre théâtre, performance, musique et danse. Julia Burnham se
relève particulièrement charismatique en maîtresse de cérémonie et les danseurs
de Moving into Dance Mophatong débordent d’une énergie contagieuse, sur scène
aussi bien que dans les allées, alors qu’ils interpellent les spectateurs.
Chercher la beauté, mais
autrement : mission condamnée à l’échec? Non pas quand Robyn Orlin s’en
mêle. Les bouteilles d’eau offertes à l’entrée (non liées aux problèmes d’eau
potable rencontrés par la ville) ont ainsi servi d’instruments de musique, le
public étant invité à produire trois séries distinctes de son (du gargarisme au
« ha » béat), avant de transformer les bouteilles en projectiles qui
viendraient joncher le plancher de la scène.
Le spectacle a proposé
ensuite une série de tableaux, dans lesquels le soleil africain joue un rôle de
soutien essentiel, tantôt parlés, tantôt chantés, tantôt dansés. Intégrant des
notions de danse urbaine à certaines figures plus traditionnelles, le langage
chorégraphique séduit immédiatement et l’on souhaiterait s’y perdre plus
profondément, sans constamment devoir se plier à une digression. Mais cela nous
aurait empêché de rire aux éclats quand l’un des interprètes appelle Dieu sur
Skype pour disserter sur la beauté ou Burnham, dépouillée de son tutu par un
autre danseur, décide de s’en concevoir un nouveau, en empruntant de gré ou de
force des t-shirts d’hommes assis dans la salle (qui ont pu se rhabiller une
fois le numéro terminé).
Le tout se veut
excentrique – comme ces magnifiques vêtements de Marianne Fassler, créés à
partir de matières recyclées –, bon enfant, protéiforme, déstabilisant,
imparfait comme la vie. Et si la beauté au fond était au cœur de nous, qu’elle
ne pouvait être apprivoisée que de façon fragmentaire?
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