Qu'obtient-on en mélangeant astucieusement des madrigaux du XVIe siècle, des airs folkloriques, des morceaux de bravoure, des classiques symphoniques adaptés et des chansons des Beatles ? Une étrange mixture, proprement indigeste, penserez-vous. Ajoutez une généreuse dose de maîtrise vocale et une pincée d'humour britannique, vous obtiendrez pourtant Cantabile, un quatuor vocal qui renouvelle le genre, rend hommage à la multiplicité des répertoires et confirme les époustouflantes capacités de la voix humaine.
Ouverture Il Barbiere di Siviglia
Les membres de Cantabile donnent le ton dès leur entrée en scène. Une annonce nous indique que, malheureusement,
les joyeux drilles ne pourront présenter leur spectacle, victimes d'un mal étrange (mais surtout imaginaire). La voix propose donc, en remplacement, les musiciens de l'Orchestre symphonique de Londres. Les sourcils se froncent, le public s'interroge, mais les habitués ricanent déjà en douce. Quelques secondes plus tard, le contre-ténor Richard Bryan, les ténors Robin Green et Mark Fleming et le baryton Michael Steffan, sanglés dans leur tuxedo, prennent place sur leur chaise de musicien d'orchestre. Après une séance d'accordage virtuelle, le feu d'artifice commence. Les quatre voix démontrent immédiatement leur virtuosité, se transforment, se fondent, adoptent les intonations typiques des différents instruments de l'orchestre, tics en prime. Le premier violon, certain de son indiscutable beauté, et le corniste qui, bien sûr, « gâchera » son solo en ayant l'air de s'excuser, ne sont que deux exemples de cet humour irrévérencieux mais délicieux qui sert de trame de fond au spectacle. Les rires fusent, les exclamations jaillissent, l'onde de charme agit.
L'histoire de la musique occidentale
À ses débuts officieux en 1977, Cantabile (qui s'appelait alors les C.U.B.S., pour Cambridge University Barbershop Singers) était formé de quatre universitaires qui chantaient exclusivement a cappella. « Nous étions bien sûr tous des enfants prodiges à ce moment-là ! » échappe spontanément, en riant, Richard Bryan, le contre-ténor du groupe, histoire de donner le ton à l'entretien. L'ensemble, un « barbershop quartet » typique, devait faire une apparition dans Charlotte's Hotel, une comédie musicale coécrite par Robert Bryan (devenu depuis Richard Bryan, un Robert Bryan faisant déjà partie de l'union des artistes locale). C'est pourtant avec la comédie musicale Blondel de Tim Rice que le groupe obtient son premier succès. En 1982, renommé Cantabile, terme qui recoupe à la fois le caractère distinctif, « chantant », du groupe tout en faisant un clin d'oeil à leur alma mater (Cantab étant l'abréviation que les diplômés de Cambridge placent après les initiales B.A. ou M.A.), le quatuor plonge. Il se consacre depuis à la poursuite du rêve, en apparence un peu fou, de combiner musique classique, classiques du jazz, musique populaire, chorégraphies et humour. « L'idée que des gens pourraient nous offrir de l'argent pour quelque chose que nous adorions faire de toute façon nous semblait étrange. Nous étions convaincus qu'ultérieurement nous nous trouverions un vrai emploi ! » Richard Bryan sourit, fait une pause. « Cela va arriver un jour ! », affirme-t-il, quasi pince-sans-rire. Vingt et un ans plus tard, Cantabile en est à sa vingtième incarnation (deux des membres du quatuor originel, Michael Steffan et Richard Bryan, font toujours partie du groupe).
Tchaïkovsky (and Other Russians)
Même si le noyau de leur répertoire reste le même dans tous les pays qu'ils fréquentent, les oeuvres ne sont jamais abordées avec légèreté. « Parfois, nous retravaillons une oeuvre que nous connaissons très bien, simplement parce que de nouveaux aspects de celle-ci ont été décelés, en concert ou en répétition », explique Robin Green, ténor, dernier membre à joindre le groupe. Ces répétitions, qui durent généralement toute la journée, se déroulent dans une atmosphère détendue et amicale. On n'a aucune difficulté à imaginer les fous rires qui ponctuent assurément de tels instants. « C'est comme un second mariage, avance Richard Bryan. Il y a un immense bonheur à faire de la musique avec des gens à l'esprit ouvert. » Le même son de cloche retentit du côté de Robin Green : « J'aime beaucoup l'intimité des quatre voix en interaction. Vocalement, nous sommes tous égaux. À certains moments, une voix doit être entendue tandis qu'à d'autres, elle doit se faire plus discrète. J'ai passé plusieurs années à chanter de l'opéra avant de me joindre au groupe et je pense que plusieurs chanteurs d'opéra auraient avantage à chanter un peu plus en retrait ! » affirme Robin Green sans ambages, commentaire salué par un retentissant éclat de rire de ses comparses. C'est aussi en groupe, « en gang », « entre potes », que le rodage des gags et des chorégraphies est abordé. Leur version du cancan d'Orphée aux enfers, dont les mots ont été adaptés pour permettre l'énumération des stations de métro londoniennes, devient ainsi un moment fort du spectacle et confirme la pertinence d'unir chant, humour et mouvement.
Perpetuum Mobile
La tournée qui s'est amorcée à la fin de janvier se poursuivra jusqu'à la mi-avril et couvrira plus d'une vingtaine de villes du Québec et du Nouveau-Brunswick. Elle permettra à un public « de 6 à 600 ans » de découvrir pour la première fois l'humour atypique de Cantabile. « Le mélange de musique et de comédie surprend la première fois, mais toutes les salles du monde réagissent de la même façon », assure Robin Green. Les Comedian Harmonists, un groupe de cabaret allemand extrêmement populaire dans les années 1930 représentent l'idéal du quatuor britannique. « Ils étaient essentiellement un groupe classique, explique Michael Steffan, mais ont non seulement attaqué les genres musicaux, ils les ont conquis en les faisant leur, un exploit que nous admirons considérablement. »
Cantabile a chanté en privé pour Karajan, a participé au concert du Jubilé de la reine Élisabeth, s'est éclaté devant 40 000 personnes aux Proms de Londres, a partagé la scène avec Placido Domingo et collectionne les apparitions médiatiques en Europe, mais se fait une joie de découvrir un coin du monde qui leur a échappé jusqu'à présent. « Le frisson (thrill) est là, où que nous allions, soutient le ténor Mark Fleming, même dans les endroits les plus reculés. » Michael Steffan renchérit : « Aller au Canada, c'est presque comme nous offrir de dessiner sur une toile vierge. C'est très excitant d'être des pionniers. »
« Les applaudissements restent thérapeutiques, rien de tel pour remonter le moral », laisse tomber Mark Fleming. « Le concert dont je me souviendrai le plus longtemps pourrait bien être le prochain, poursuit Michael Steffan. C'est peut-être pour cela que nous continuons... ». Si la réponse du public montréalais, qui a eu la chance de les entendre en primeur en novembre 2002, est un baromètre fiable, on pourra bientôt parler d'un nouveau raz-de-marée britannique. En choeur avec les membres du quatuor, vous pourrez alors chanter Il est bel et bon...
La Scena Musicale, février 2003
Thomas Stearns Eliot, comme Yo-Yo Ma peut-être, était pétri de contradictions. Originaire de St. Louis, Eliot s'était établi en Angleterre et avait adopté la nationalité britannique. Né de parents chinois à Paris le 7 octobre 1955, Yo-Yo Ma a immigré très tôt aux États-Unis, passant la majorité de sa jeunesse à New York. Il habite maintenant près de Boston, avec sa femme et ses deux enfants, quand il ne sillonne pas les corridors aériens de la planète. Même si Eliot avait toujours désiré devenir poète, il a étudié la philosophie à Harvard, la prestigieuse université qui a également compté Yo-Yo Ma parmi ses étudiants. Celui-ci y a poursuivi des études en arts et lettres (liberal arts) et obtenu son diplôme en 1976 – et un doctorat honorifique en musique en 1991. Un des intellectuels les plus respectés de son temps, Eliot dévorait sans vergogne des romans policiers et rédigeait dans ses temps libres des vers légers inspirés par ses chats. Yo-Yo Ma n'a jamais hésité à naviguer dans les eaux troubles de la multiplicité des genres, en enregistrant aussi bien les Suites pour violoncelle seul de Bach, devenues légendaires, que du tango argentin, de la musique folklorique de l'Ouest américain ou des trames sonores. Il se laisse maintenant séduire par les rythmes brésiliens, révélés par un percussionniste du Silk Road Ensemble, un ensemble pourtant voué à l'interprétation des musiques que l'on pouvait retrouver le long de ce corridor d'échanges marchands et culturels.
Plusieurs des œuvres retenues seront présentées lors du périple du Silk Road Ensemble, mais pas avant que Yo-Yo Ma ait rencontré les érudits qui ont mis en lumière les particularités, forcément multiples, des musiques et instruments des divers pays. « Il n'y a pas d'expert en tout. Vous devez élargir votre base de connaissances pour pouvoir prendre une décision un tant soit peu raisonnable », justifie-t-il. Cet apprentissage se construit grâce aux spécialistes universitaires, tels le musicologue Theodore Levin, directeur de projet, mais également auprès des musiciens qui constituent l'ensemble. « Nous avons des musiciens exceptionnellement doués, des experts dans leur domaine, mais qui sont également très ouverts et prêts à apprendre des autres », mentionne Ma. Des liens se tissent forcément au fil des répétitions, des concerts, des moments passés dans les autobus ou les avions. « C'est un groupe serré. Nous avons développé une façon de travailler et de penser qui semble bonne pour tout le monde, poursuit-il. Nous évoluons constamment. À force de mieux nous connaître, d'accorder une confiance accrue à l'autre, de mieux comprendre nos différentes traditions, inévitablement, les liens et la musique qui en résulte deviennent de plus en plus riches. Ces rapprochements nous propulsent vers de nouveaux sommets et augmentent nos connaissances. »
En vérité, j'ai goûté à toute la musique de Brahms, pas seulement à ce concerto. J'ai essayé plusieurs de ses séries de variations, joué ses plus grandes sonates pour piano et sa musique de chambre : les sonates pour violoncelle ou violon, le quintette avec piano. Avant de m'attaquer à ce concerto, j'ai certainement fait mes devoirs, des recherches approfondies, et j'ai interprété plusieurs fois toutes ses autres formes de musique. Cela me convainc que j'ai gagné le droit de jouer l'un ou l'autre de ses concertos, que j'aime tous les deux.
Le concours de l'OSM, qui en est à sa 63e édition, reste le projet le plus accaparant mais probablement le plus gratifiant du comité des bénévoles de l'OSM. Lancé par madame Antonia David (femme du sénateur Athanase David) et par le maestro Wilfrid Pelletier, dans la même foulée que les matinées symphoniques, ce concours s'adresse, au gré des rotations, à toutes les disciplines de l'orchestre (piano y compris). Il est devenu un jalon essentiel dans le parcours de tout jeune musicien canadien sérieux. Marianne Perron, coordonnatrice des programmes éducatifs, explique : « Le concours a été mis sur pied pour confronter les jeunes à une certaine réalité. Il permet également au jury de découvrir les nouveaux talents canadiens, mais aussi aux jeunes musiciens de se faire connaître. » Elle mentionne le cas de Jacynthe Riverin, lauréate du premier prix de l'édition 2000, qui avait été invitée, à la suite de sa prestation en finale et à la recommandation du chef Yoav Talmi, membre du jury cette année-là, à se produire avec l'Orchestre symphonique de Québec, une porte qui s'est ouverte sur plusieurs autres expériences enrichissantes. « Cela m'a permis de confirmer que j'étais vraiment faite pour cette carrière », affirme la jeune pianiste.
