16- MARIANNE FISET CHANTE SCHUMANN
& PUCCINI
Au cours de sa carrière, Schumann
signera 248 lieder sur des textes de poètes de son temps (dont 130, incluant
ceux entendus ici, pendant la seule année 1840). Il empruntera à l’auteur
franco-allemand Chamisso les huit pages sur lesquelles s’appuie L’Amour et la vie d’une femme, l’un de
ces cycles les plus célèbres, composé deux mois avant son mariage avec Clara. Il
transcende l’apparente banalité des vers pour en extraire une œuvre riche, saisissante
projection du destin de sa future épouse, de la naissance d’un amour pour un
homme plus âgé (Schumann était de neuf ans son aînée) à la fidélité à l’être
aimé après sa mort (Clara lui survivra 40 ans). Le compositeur joue sur
l’alternance des contrastes, la diversité des traitements, en un tout d’une
admirable cohésion, le long postlude du piano rappelant le thème du premier
lied et refermant le livre de ce destin unique.
En un arc parallèle, Marianne Fiset
propose également une série de mélodies de Puccini écrites entre 1888 et 1913,
d’E l'uccellino, tendre berceuse dédiée au fils d’un ami proche à Morire?, réflexion sur la mort, reprise
avec un nouveau texte dans La Rondine.
17-
SERHIY SALOV : LE PIANO RUSSE
Composées à cinq ans d’intervalle
(1869 et 1874), les œuvres présentées ce soir comptent parmi les plus
exigeantes du répertoire pianistique et l’aune à laquelle se sont longtemps
mesurés les plus grands.
La conquête des territoires du
Caucase, situés entre les mers noire et caspienne, a inspiré à de nombreuses
reprises les compositeurs russes, dont Balakirev. Il raconte dans une lettre à
Édouard Reiss : « La beauté majestueuse de la nature luxuriante et celle
de ses habitants qui s’harmonise avec elle : tout cela a fait vive
impression sur moi. » Fantaisie à large échelle, Islamey incorpore trois thèmes,
enveloppés d’harmonies d’une richesse inouïe, développés de façon pyrotechnique.
L’une des créations les plus originales
jamais conçues pour le piano, complétée en trois semaines par un Moussorgski porté
par le succès de Boris Godounov, les Tableaux d’une
Exposition évoque dessins, esquisses et maquettes de l’architecte Victor
Hartmann. Le compositeur écrit à Vladimir Stasov, dédicataire de l'œuvre : «
Hartmann bouillonne comme bouillonnait Boris;
les sons et les idées sont suspendus dans l'air, j'en absorbe jusqu'à m'en
gaver, et j'ai à peine le temps de les coucher sur papier. » Les 10 tableaux sont
liés par le fil conducteur de la « Promenade », autoportrait du compositeur-visiteur.
18- KENT NAGANO DIRIGE RAVEL
& BEETHOVEN
Les deux œuvres au programme jettent des
regards vers l’arrière. Ravel rend hommage aux clavecinistes du XVIIIe
siècle et à ses amis disparus, alors que Beethoven contemple une dernière fois
les univers des maîtres Haydn et Mozart, grâce à ce « témoin de la juste reconnaissance du jeune
compositeur envers les acquis et traditions initiés dans les belles années du siècle
qui s’éteignait alors ».
comme l’explique Richard Freed. Écrit lorsqu’il avait 21 ans et qu’il avait
quitté Bonn pour Vienne poury étudier la composition, le Deuxième Concerto pour piano est vraisemblablement la première de
ses œuvres orchestrales données au concert.
Dès 1914, Ravel avait été hanté par ce projet de Tombeau de Couperin, créé dans sa
version pour piano solo par Marguerite Long en 1919. « L’hommage s’adresse
moins à Couperin lui-même qu’à la musique française du XVIIIe »,
expliquera-t-il dans Esquisse
autobiographique. Il faut ici entendre le titre de tombeau non pas dans un
sens funèbre (même si chacun des mouvements est dédié à un ami tombé au combat),
mais plutôt mallarméen d’une « composition poétique ou musicale en l’honneur de
quelqu’un ». La version pour orchestre reprend quatre des six danses de celle
pour piano.
19- MARC-ANDRÉ HAMELIN JOUE LISZT
Ample, libre, orchestrale, l'unique Sonate de Liszt reste un monument pianistique. Composée entre 1852 et 1853, elle s'articule, selon la forme cyclique, en un seul grand mouvement. Cette apparente absence de cadre lui permet de traiter, tantôt de façon antagoniste, tantôt complémentaire, les deux idées maîtresses. On reconnaîtra la première, volontaire, à ses doubles octaves. La seconde, rire d’un terrifiant Méphisto, surgira sans transition. Après de nombreuses relectures du matériel, Liszt précipitera la pièce vers une conclusion en apparence échevelée. L'œuvre s'achève comme elle s'est amorcée, par une sombre gamme descendante. Un si grave termine l’épopée; ultime coup de timbale, rappel de la fragilité de la vie.
Après l’avoir entendue, Wagner devait écrire en 1855 : « Ta Sonate est belle au-delà de toute expression, grande, gracieuse, profonde, noble, sublime comme tu l’es. Elle m’a touché au plus profond de moi-même et d’un seul coup, toute la misère de Londres est oubliée. »
Après l’avoir entendue, Wagner devait écrire en 1855 : « Ta Sonate est belle au-delà de toute expression, grande, gracieuse, profonde, noble, sublime comme tu l’es. Elle m’a touché au plus profond de moi-même et d’un seul coup, toute la misère de Londres est oubliée. »
Sans doute inspiré par l’amplitude de la partition, la densité des registres et la multiplicité des couleurs à traduire au piano, Liszt avait proposé sa relecture de la Grande Fantaisie et fugue en sol mineur de Bach. Nous l’entendrons en prélude de la Sonate dans la version du compositeur hongrois Tivadar Szántó.
20- LE TRIPLE CONCERTO DE BEETHOVEN
Du latin concertare, qu’on peut traduire non pas seulement par « lutter » ou « rivaliser », mais aussi par « se concerter » ou « converser », le terme concerto a été apposé au fil des ans à plusieurs genres. Au fil des ans, un seul soliste en émergera, le plus souvent violoniste ou pianiste, soutenu par la masse sonore de l’orchestre.
Beethoven décidera avec son Triple
Concerto, composé entre 1803 et 1804 (contemporain donc de la Symphonie «
héroïque »), de concilier deux genres en apparence opposés : le trio avec
piano et le concerto. Peut-être souhaitait-il également rappeler l’essence même
du concerto grosso baroque, dans
lequel l’orchestre dialoguait avec plusieurs instrumentistes. On pourrait alors
qualifier l’hybride de « symphonie concertante », les trois solistes se
partageant à tour de rôle le matériel thématique, tant mélodique que
rythmique. Le violoncelle tiendra le premier rôle dans le mouvement lent
(violon et piano lui serviront de faire-valoir) et introduira sans interruption
le finale, un brillant rondo sur un rythme de polonaise.
En ouverture de programme, la célèbre
ouverture de Guillaume Tell transmet les rumeurs de
la forêt, les murmures du lac, des bruits de tempête, mais surtout une
magistrale cavalcade, reprise depuis dans nombre de films.
Virée classique 11 août 2012