Les premières images très font douter un instant de la pertinence de nouvelles copies, même amoureusement restaurées, de ces films. Dès l'arrivée de Glenn Gould au studio, sa vieille chaise défoncée sous le bras, le ton bascule pourtant. Quelques notes de la Partita en mi mineur et le spectateur est immédiatement envoûté. Près de 30 ans plus tard, l'interprétation n'a rien perdu de sa clarté, de sa pertinence et de sa très grande musicalité. Dans « La retraite », sorte de docu-drame soigneusement orchestré par Monsaingeon et Gould lui-même, les deux échangent sur les différents courants musicaux, sur Bach, Schoenberg ou Gibbons et sur les possibilités immenses du piano. La transcription par Gould du prélude de Die Meistersinger est particulièrement éloquente, voix chantée (et non grognée !) en prime. « L'alchimiste », le deuxième film de la série, reste le plus actuel et le plus fascinant. Gould nous y fait vivre la magie des séances d'enregistrement et Monsaingeon s'immisce dans les dessous de la production : prises répétées, mixages omniprésents, interrogations multiples. Les yeux bleus du pianiste y transpercent l'écran quand il explique toutes les subtilités du travail de studio et qu'il énonce avec évidence que « la seule excuse pour réaliser un nouvel enregistrement est de faire quelque chose de différent ». En bonus, on découvre des images filmées au ralenti par Michel Hirvy dans les années 1950, qui décortique les aspects de la technique du tout jeune pianiste d'alors.
La Scena Musicale, vol. 9 no 1
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