Chaque époque a, de fait, connu ses « révolutionnaires ». Qu’on pense à Beethoven qui introduit la notion de l’expérience de concert pour tous et refuse que la musique soit un objet de consommation pour la noblesse blasée, à Liszt et Paganini qui changeront irrémédiablement le récital tel qu’on le connaissait jusqu’alors, transformant le tout en spectacle à large déploiement ou à Wagner qui repousse les limites de l’opéra en construisant de toutes pièces un lieu idéal dédié à ses productions.
Une prise de conscience semble par contre toucher tous les domaines artistiques au XXe siècle. Si, au tournant du siècle, les centres névralgiques de la création musicale restent Paris et Vienne, les deux villes perdent progressivement leur emprise et cet éclatement favorise plutôt une ouverture accrue face aux réalisations artistiques des diverses écoles nationales.
Debussy, chef de file de ce qu’on a appelé, par analogie avec la peinture, l’impressionnisme musical, est ainsi influencé par ce qu’il voit et entend à l’Exposition universelle de 1889. Pour la première fois, il découvre des sonorités exotiques (gamelan balinais, musique orientale, jazz), sans aucun lien avec l’héritage européen, qu'il intégrera ensuite dans ses œuvres. L’impressionnisme s'essouffle toutefois rapidement, dépassé par un renouvellement de la forme et du langage qui mènera éventuellement à la dissolution de la tonalité. Le Sacre du printempsPierrot Lunaire d’Arnold Schoenberg, atonal et parlé-chanté, stopperont de façon irréversible le courant romantique du XIXe siècle. de Stravinski, qui mêle polytonalité et rythmes irréguliers et
Au lendemain de la Première guerre mondiale, l’expressionnisme et l’art abstrait (qui fait son apparition en Allemagne) pavent la voie à une première génération de musiciens contemporains. Schoenberg, Stravinski et Bartók explorent de nouvelles façons de traiter le matériau musical, par exemple à travers le dodécaphonisme (musique atonale utilisant les 12 degrés chromatiques et qui abolit toute hiérarchie entre les sons). Une deuxième génération se manifeste après la Seconde guerre mondiale. S’y retrouvent aussi bien des héritiers de Schönberg (Alban Berg, Anton Webern), adeptes de la musique sérielle (réaction massive au nazisme qui jugeait nombre de musiques « décadentes ») que des créateurs de formes nouvelles (Pierre Boulez, Iannis Xenakis, Luigi Nono, György Ligeti, Olivier Messiaen) et les débuts de la musique électro-acoustique (courant musical reposant sur l'utilisation de moyens électroacoustiques pour la conception, la production, la diffusion, la conservation et la perception des œuvres).
À ces compositeurs s’ajoutent ceux que l'on pourrait appeler les « provocateurs », qui rejettent les formes figées et préconisent la notion de forme ouverte. Ils sont majoritairement américains, Aaron Copland, John Cage ou Alan Hovhaness. Tous ces compositeurs vont créer une dynamique culturelle un peu anarchique, qui aboutit à un quasi éclatement de la musique.
On notera à partir des années 1980 un retour au naturel et à l’expression de la mélodie. Certains musiciens d’aujourd’hui n’hésitent pas à revendiquer un certain retour à la tradition et promeuvent même une musique relativement tonale, notamment John Corigliano, qui signait il y a quelques années la trame sonore du Violon rouge et au Québec, Denis Gougeon.
Dans cent ans, combien de compositeurs du XXe siècle auront alors leur page dans les encyclopédies musicales? Le temps fera son tri.
Quelques mouvements artistiques du XXe siècle
Symbolisme : Terme pour définir les tendances artistiques idéalistes, dans la seconde moitié du XIXe siècle, qui laissent une large place au symbole et à l'imaginaire et s'opposent au naturalisme et au positivisme scientifique. En musique, on peut notamment y associer Claude Debussy et Alexandre Scriabine.
Cubisme : Courant artistique (actif surtout entre 1910 et 1930) caractérisé par l'abandon de l'imitation réaliste au profit d'une multiplication des angles de vision et d'une décomposition des motifs en éléments géométriques simples, de manière à donner une représentation plus complète.
Les Demoiselles d'Avignon, le tableau qui matérialise le Cubisme est produit par Picasso en 1906. Le tableau, qui paraît être inspiré par Les Grandes Baigneuses de Cézanne, transforme les objets concrets, des femmes, en formes géométriques essentiellement abstraites. Le matériel de base se transforme en source d'inspiration.
En musique, on peut notamment y associer Igor Stravinski.
Expressionnisme : mouvement rejetant l'objectivité et l'optimisme scientiste, caractérisé par l'expression de l'angoisse existentielle et de la violence cachée de la société bourgeoise au moyen d'oppositions brutales de couleurs et de formes simplifiées. L’expressionnisme s’est manifesté à la fin du XIXe siècle et jusque vers 1925, en réaction à l'impressionnisme.
Le chef d’œuvre d’Edvard Munch, Le Cri, représente parfaitement le mouvement en exprimant la solitude de l'homme dans la nature.
En musique, on peut notamment y associer Richard Strauss.
Art abstrait : les formes de l'Art abstrait (né entre 1910 et 1920) ne représentent jamais les choses existantes telles qu'elles sont dans la réalité.
Le peintre russe Wassily Kandinsky ainsi que le Néerlandais Piet Mondrian en sont les pionniers.
Kandinsky avait d’ailleurs écrit au compositeur Schoenberg :
Vous avez réalisé dans vos œuvres ce dont j’avais, dans une forme à vrai dire imprécise, un si grand désir en musique. Le destin spécifique, le cheminement autonome, la vie propre enfin des voix individuelles dans vos compositions sont justement ce que moi aussi je recherche sous une forme picturale. […]
Je crois justement qu’on ne peut trouver notre harmonie d’aujourd’hui par des voies « géométriques », mais au contraire, par l’antigéométrique, l’antilogique le plus absolu. Et cette voie est celle des « dissonances dans l’art » – en peinture comme en musique. Et la dissonance picturale et musicale « d’aujourd’hui » n’est rien d’autre que la consonance de « demain ».
Minimalisme : technique qui consiste à passer d'un sujet complexe, avec de nombreux détails, à une oeuvre simplifiée, aux formes géométriques strictes. Apparu aux États-unis vers 1965, le minimalisme rejette à la fois le lyrisme de l'expressionnisme abstrait et la figuration du pop art. En musique, on peut notamment y associer Philip Glass et Steve Reich.
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