mercredi 22 avril 2009

La voix de son maître

Chaque humain possède un instrument de musique unique qu'il transporte partout avec lui : sa voix. Outil de communication, de travail, de vocation, de plaisir, la voix nous révèle. Elle dévoile notre richesse, tout en déclinant notre identité et notre spécificité. Le chant, de son côté, nous rassemble tous.

Il existe des voix naturelles (les organes étant idéalement positionnés) et des voix travaillées, éduquées en fonction de leurs caractéristiques imparfaites mais étonnamment perfectibles (de la même façon qu’un pianiste maîtrise progressivement son instrument). Pour s'épanouir, la voix chantée doit être soumise à une éducation stricte dont les buts varient. On peut travailler sa pureté, sa justesse, sa virtuosité et sa puissance ou exploiter la diversité de ses registres (comme dans le jodel, aussi appelé tyrolienne).

Par la magie de son type de voix, sa couleur, son timbre, des aigus agiles ou des graves somptueux, le chanteur peut dialoguer avec un ou plusieurs instruments, séduire le public et le projeter dans une autre dimension.

Comment le son est-il produit?

Parlée ou chantée, les sons émis par la voix sont produits par le larynx et la cavité pharyngo-buccale. La voix humaine est constituée par un courant d'air, issu des poumons, transformée en bouffées successives par la vibration de petits bourrelets musculaires horizontaux, les cordes vocales. Délimitant une ouverture appelée la glotte, les cordes vocales ne vibrent pourtant pas comme des anches de hautbois ou de clarinette. Lorsque les fibres musculaires se contractent, la glotte s'entrouvre. Le nerf moteur du larynx transmet aux cordes vocales un certain nombre de salves d'influx par seconde (dépendant de la note produite). La vibration des cordes vocales est donc commandée exclusivement par des influx moteurs issus du cerveau. Chaque chanteur possède une étendue vocale qui lui est propre, strictement imposée par l'excitabilité de son nerf récurrent.

Le chant et son évolution au fil des siècles

C'est la voix parlée qui, par l'amplification de son accentuation naturelle, a donné naissance au chant. Chez les aborigènes, le chant diffère ainsi très peu de la parole. Le rôle de la voix a d'abord découlé des diverses fonctions que lui assignait le culte. Elle pouvait aussi bien être facteur de paix (plain-chant du Moyen-Âge) ou d'excitation (danses de transe) que d'incantation.
Les premiers chanteurs dont on a retenu les noms ont été les troubadours et les trouvères qui ont proliféré en Europe du XIIe au XIVe siècle et qui étaient à la fois poètes, compositeurs et interprètes. Les troubadours s’exprimaient en langue d’oc (dialecte roman du Midi de la France) tandis que les trouvères le faisaient en langue d’oïl (dialecte parlé au Nord de la Loire). Ils chantaient aussi bien des chansons satiriques et politiques que des chansons d’amour.
Au milieu du XVIe siècle, les voix solistes sont progressivement mises de l’avant, notamment celles des femmes. On assiste à la naissance de l’opéra et à l’âge d’or des castrats (hommes qui chantaient avec une voix de femme), véritables « stars » de l’époque. Les chanteurs ajoutent aux mélodies de nombreuses ornementations et notes de passage qui en étoffent la trame, technique qui se transmettra également à la musique instrumentale. Dans la Cantate BWV 32, « Liebster Jesu, Mein Verlangen » de Bach, cette volonté d’orner la mélodie est particulièrement évidente, tant à la voix qu’au hautbois.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les chanteurs d'opéra deviennent les vedettes de la scène. Cette popularité se poursuit au XIXe siècle et jusqu’au tournant du XXe siècle. Le public préfère les chanteurs au registre brillant, particulièrement dans les aigus, mais capables de démontrer un volume sonore imposant (un atout pour pouvoir remplir les nouvelles salles plus grandes et se faire entendre au-dessus de l'orchestre). Giacomo Puccini l’a compris et dans Madame Butterfly, l’héroïne tombe passionnément amoureuse de Pinkerton, un Américain de passage, au point de sacrifier les conventions sociales et de renier sa famille. Les airs les plus célèbres de l’opéra sont Un bel dì, vedremo (Butterfly) au deuxième acte, Che tua madre dovrà (Butterfly), au deuxième acte et Viene la sera (duo Butterfly et Pinkerton) au premier acte. On peut aussi écouter comment Hector Berlioz traite la voix dans un registre un peu plus intime dans son cycle Les Nuits d’été.

Un instrument toujours actuel

Après avoir associé la voix au chant sacré, à l'opéra, à la mélodie et au lied (qui transmettent tous deux un texte souvent poétique), les compositeurs choisissent parfois au XXe siècle d'utiliser celle-ci comme simple instrument. Elle peut ainsi être parlée ou chantée, en passant par les formules intermédiaires du parlé rythmique, du Sprechgesang (un mode d'expression vocal très stylisé qui se situe à mi-chemin entre le parlé et le chanté), du récitatif (manière de chanter qui se rapproche de la déclamation parlée), du chant à bouche fermée (particulièrement dans les chœurs, comme celui du premier acte, fin de la première scène de Madama Butterfly, l’un des plus célèbres), du cri ou du rire.

Au cours des dernières décennies, plusieurs chanteurs canadiens ont fait leurs marques sur la scène internationale. On peut notamment écouter la contralto Maureen Forrester dans le troublant Adieu Robert Schumann de R. Murray Schafer, œuvre qu’elle a créée avec l’Orchestre du CNA ainsi que la soprano Measha Brueggergosman et le ténor Richard Margison dans divers extraits pour soprano et ténor.

Premier en ligne d'une série de documents pédagogiques qui se retrouveront sur le site de l'Orchestre du Centre national des arts d'Ottawa en juin et qui visent à mettre en relief le catalogue audio de l'orchestre.

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