mercredi 10 juin 2009

Pax (Petits Chanteurs du Mont-Royal)


« Chorus est consensio cantantium », écrivait saint Augustin dans son Psaume 149 au IVe siècle, locution latine qu’on pourrait traduire par « Le chœur est un ensemble de personnes chantant ensemble » mais aussi « Le chœur est un accord de chanteurs ». Il va plus loin : « Si nous chantons en chœur, nous chantons pour le cœur. » Selon les sources, le mot chœur serait dérivé du latin corona (couronne, position des choristes quand ils chantent) ou concordia (sans union, comment psalmodier ensemble?) ou encore du grec χάρά, joie ou allégresse. Une chose reste assurée : le chœur désarme les âmes et les unit en un geste d’une portée universelle. Après tout, « ceux qui s’assemblent pour chanter mettent en commun ce qu’ils ont de meilleur », soutenait l’essayiste Pierre Lasserre.

Le chant choral s’est vraisemblablement organisé de manière spontanée dès la nuit des temps et peut être considéré comme l’une des premières institutions sociales. Déjà, 3000 ans avant notre ère, la musique chorale jouait un rôle important dans les cérémonies religieuses et, chez les Perses, les enfants apprenaient par le chant les exploits des dieux et des hommes illustres. Saint Paul exhortait les fidèles à laisser leurs cœurs s’épancher vers Dieu par des psaumes, des hymnes et ces cantiques et les jeunes voix se sont très tôt greffées à ces démonstrations de foi, comme en témoignent des écrits datant du milieu du VIe siècle. Charlemagne insistera d’ailleurs en 789 sur la nécessité d’enseigner « les notes, le chant, le calcul et la grammaire ».

On entendra ici cinq pièces du XVIe siècle, dont Sicut cervus de Palestrina, chant qui tresse une série de lignes mélodiques en des arabesques délicates et l’intemporel Salve regina de Roland de Lassus.

À l’époque baroque, nul peut-être mieux que le compositeur vénitien Antonio Lotti, organiste et chantre à la basilique Saint-Marc, n’a su maîtriser l’art de traiter les voix de façon aussi naturelle.

Le XIXe siècle reste marquant pour la musique chorale, qui prend progressivement une place de plus en plus importante. Il n’est donc pas surprenant que des compositeurs comme César Franck (et son célèbre Panis angelicus), Camille Saint-Saëns, Johannes Brahms ou Guiseppe Verdi aient consacré certaines de leurs pages les plus inspirées aux chœurs.

Considéré comme l'un des principaux artisans du renouveau de la musique anglaise au XXe siècle, notamment chorale, Ralph Vaughan Williams se révèle un compositeur extrêmement prolifique, qui traduit avec maestria les atmosphères pastorales ou contemplatives. Particulièrement critique par rapport à ses compositions, Maurice Duruflé n’a laissé à l’opposé qu’une trentaine d’œuvres, dont son remarquable Requiem et ces Quatre motets, basés sur des motifs de chant grégorien, qu’il transforme en y juxtaposant des harmonies modales complexes.

Saint Basile parlait du pouvoir du chant « à unir les peuples dans la symphonie d'un seul chœur ». Le geste n’a rien perdu de sa pertinence aujourd’hui, comme en témoignent ce cantique du père Joseph Gélineau ou l’Ave Maria de Javier Busto. Demain comme hier, les grands compositeurs continueront de dédier aux chœurs des œuvres tour à tour intimes, majestueuses, bouleversantes, mais surtout profondément humaines.

Notes pour la pochette du prochain CD des Petits Chanteurs du Mont-Royal,
Pax, à paraître à l'automne.

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