vendredi 22 janvier 2010

Un pianiste de son temps

Né en Corée du Sud mais ayant grandi à Montréal, Wonny Song a rapidement convaincu public et jurys de ses dons exceptionnels. Ambassadeur musical canadien à 14 ans lors de l’Expo universelle en Corée, médaille d’or au World Piano Competition à Cincinnati en 1994, premier prix au Concours OSM l’année suivante, prix Étoile Galaxie en 2002, Prix d’Europe en 2003, premier prix 2005 des Young Concert Artists International Auditions, il fait dès octobre 2005 ses débuts au prestigieux Carnegie Hall de New York. La même année, il retrouve le sol natal pour inaugurer la toute nouvelle salle de concert Chungmu de Séoul. Tout récemment, il a offert deux récitals à la Maison de Radio France à Paris, participé à une tournée de cinq concerts en Corée du Sud en plus de sillonner les États-Unis. « Jouer dans le sud des États-Unis est une expérience très chaleureuse, explique-t-il. Très souvent, le public ne connaît pas le répertoire et je deviens alors l’ambassadeur de la musique classique. » Dans les prochaines semaines, il jouera au Japon le Deuxième Concerto de Rachmaninov lors d’une tournée avec l’Orchestre symphonique national de Lettonie, mais ou pourra aussi l’entendre au Québec. « Je ressens toujours une émotion particulière quand je sais que je joue dans ma ville. Cela ajoute un défi supplémentaire, comme si vous aviez besoin de leur affirmer que vous avez réussi. »

Le pianiste souhaite inscrire ses interprétations dans la durée et ne néglige donc pas l’enregistrement discographique. Son prochain projet se veut une intégrale des sonates de Mozart, un compositeur avec lequel il admet ressentir de nombreuses affinités. « En tant que musicien, j’ai connu moi aussi déceptions et succès; cela influence mon jeu et me permet de mieux saisir le compositeur. Je pense que Mozart me met en valeur, mais je voulais me laisser le temps de vraiment absorber ses moindres subtilités. J’ai travaillé les sonates avec Anton Kuerti, Marc Durand, et elles me replongent d’une certaine façon dans mon passé. En même temps, je souhaitais me dépouiller de toute trace transmise par mes professeurs, me sentir complètement indépendant. En tant qu’artiste, si vous sentez que vous n’êtes qu’une copie de votre lignée, cela ne peut pas fonctionner. Je voue un immense respect à mes professeurs, mais je leur suis reconnaissant de m’avoir laissé être ce que je suis. Quand j’interprète une œuvre, je me pose toujours la question suivante : “Est-ce bien moi ?” C’est essentiel de rester fidèle à soi-même. »
Quand on le presse d’avancer une sonate qu’il affectionne particulièrement, il hésite une seconde et propose les K. 311 et K. 279, dépouillées de toute esbroufe. « Ces sonates en disent beaucoup plus qu’elles ne le laissent paraître. L’exubérance de Mozart signifie quelque chose d’entièrement différent. Une teinte de mélancolie reste toujours présente dans ses pages. »

Il est également très impliqué dans la gestion de l’École de musique et beaux-arts Lambda, idée originale d’Angela Chang qui, dès le début de l’aventure, il y a à peine un an et demi, lui a proposé de devenir artiste en résidence. À une époque où surspécialisation s’oppose à mondialisation, l’École Lambda préconise une approche renouvelée de l’enseignement, pluridisciplinaire, à travers la musique, la danse, le théâtre, la photographie ou les arts visuels. Les jeunes musiciens sont ainsi invités à essayer d’autres formes artistiques, à s’y immerger, les unes complétant les autres. « Nous avons besoin de revivifier l’intérêt des jeunes dans la musique et dans les arts », soutient Wonny Song.

Les lieux se veulent inspirants et offrent studios modernes, salle de concert de 120 places avec deux pianos, un local d’harmonie et un appartement pouvant accueillir des artistes de passage. Totalement séduit par cette expérience à nulle autre pareille, il n’a pas hésité à devenir codirecteur de l’institution. Il reste en contact constant avec Angela Chang et le quotidien de l’école, par Skype ou par téléphone, et y fait un saut dès que son horaire le permet. « J’essaie d’être présent le plus possible. Il est important que les élèves puissent côtoyer les professeurs de l’école, que notre quotidien les stimule. Quand je travaille dans la salle de concert par exemple, je n’hésite pas à laisser entrer les élèves, à discuter avec eux. Ce contact avec la nouvelle génération de musiciens m’inspire, notamment quand je dois expliquer certains aspects de mon jeu que je tenais pour acquis. »

La Scena Musicale, février 2010 (encadré à l'article principal)

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