mercredi 16 mars 2011

Capriccios & marimba

Mobile et flexible, comme son nom le suggère, la forme instrumentale du capriccio a  évolué au fil des siècles. Évoquant la légèreté et la fantaisie, de caractère improvisé, le capriccio a d’abord privilégié une écriture contrapuntique, proche parente de la canzona, qui jouera son rôle dans l’éclosion de la fugue comme genre à part entière. Le terme adoptera par la suite un sens plus large et désignera une pièce virtuose et rapide, écrite pour instrument seul (mentionnons ici les remarquables 24 Caprices de Paganini) ou une œuvre concertante (par exemple, l’Introduction et rondo capriccioso de Saint-Saëns, entendue aujourd’hui dans un arrangement  pour marimba). Il peut aussi devenir page symphonique, ce qui permettra notamment aux compositeurs de détourner un certain nationalisme, comme on peut l’entendre dans le Capriccio italien de Tchaïkovski, le Caprice bohémien de Rachmaninov ou le Capriccio espagnol de Rimski-Korsakov.

Composé en 1880 lors d’un séjour à Rome pendant la période du carnaval, créé la même année sous la direction de Nicolas Rubinstein, le Capriccio italien de Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) se voulait, de l’aveu de l’auteur, le pendant italien des fantaisies espagnoles de Glinka (dont sa Nuit d’été à Madrid). Dans une lettre à sa mécène Nadeja von Meck, il précise : « Ce sera une œuvre pleine d’effet grâce aux thèmes ravissants que j’ai pu rassembler, certains étant pris dans des recueils, d’autres entendus dans la rue. » La sonnerie de trompette d’abord entendue reprend celle d’une caserne de cuirassiers, avant qu’une sicilienne ne s’ébauche, bientôt suivie de chansons de rue, airs qui se fonderont dans une fiévreuse tarentelle, recréant, comme le soulignait un compte rendu rédigé suite à la création, « l’éclat et la pulsation d’une vie intense, créant un fond de couleurs chaudes sur lequel viennent scintiller les dolce canzone italiennes ».

Écrite par Saint-Saëns (1835-1921) en 1863 pour le violoniste virtuose Pablo de Sarasate (qui lui inspira également son Premier Concerto pour violon) et évoquant le folklore ibérique, l’Introduction et rondo capriccioso demeure l’une des œuvres les plus populaires du compositeur.  Alors que l’introduction se rapproche d’une sérénade mélancolique, le soliste trouvant soutien dans les cordes pincées de l’orchestre, le rondo se révèle envoutant et syncopé.

Inspiré de thèmes gitans, le Caprice bohémien témoigne des premiers essais orchestraux de Sergueï Rachmaninov (1873-1943). Après quelques mesures dans lesquelles brillent les percussions, le poème symphonique bascule vers une section dramatique, dans laquelle de larges accords sont confiés aux bois et cuivres graves. Après un court interlude aux bois aigus, le compositeur propose un motif éclatant, sur lequel s’érigera en partie le reste de la pièce.

Composé en 1887, le Capriccio espagnol de Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) avait été d’abord conçu comme une fantaisie pour violon et orchestre. Richement orchestrée et truffée d’effets spéciaux, l’œuvre en cinq parties comprend deux énoncés de l’Alborada (première et troisième segments), une série de variations, une scène et danse gitane s’ouvrant sur cinq cadences, pour cors et trompettes, puis violon soliste, flûte, clarinette et harpe, accompagnées de diverses percussions, ainsi qu’un énergique Fandango asturiano, se terminant par une citation du thème de l’Alborada. Rimski-Korsakov salue lui-même dans son autobiographie « le changement de timbres et l'heureux choix de conceptions mélodiques et de modèles figuratifs » de chacune des sections.

Un mélange du balafon africain et d’instruments précolombiens, le marimba est répandu dans toute l’Amérique latine et a été adopté par les compositeurs au 20e siècle, dont Darius Milhaud, Olivier Messiaen, Pierre Boulez, Steve Reich et John Williams, qui lui ont consacré œuvres solistes, pages orchestrales ou musique de chambre. Si la position des notes et la forme du clavier rappellent celles du piano, les lames (en bois de padouk, de palissandre ou constituées de matériaux synthétiques) se révèlent de plus en plus étroites au fil des cinq octaves du registre, du grave vers l’aigu.

Ayant étudié avec Alain Gagnon, José Evangelista, François Morel et John Hawkins, Denis Dion (né le 2 septembre 1957 à Québec) a complété une maîtrise en composition à l’Université Laval en 1983 et un doctorat à la University of Southern California (Los Angeles) en 1987. Salué tant au Canada et à l’étranger, il a reçu nombre de distinctions, dont le prix sir Ernest MacMillan de la CAPAC à trois reprises, le premier prix de composition du Southwestern Youth Music Festival de Los Angeles pour sa pièce Alinéa en 1983 et le Prix Opus de compositeur de l’année 2003-2004 et de la création de l’année pour De mains osées toiles. Il se décrit lui-même comme « un passionné de musique et de sons » et l’informatique appliquée à la musique lui permet de continuer à développer son langage bien particulier. Anne-Julie Caron assure ce matin la création d'Itinéraire du compositeur, œuvre pour marimba solo, percussion, piano et cordes.



Programme OSM 30 mars 2011

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