Le 21 septembre 1963, lorsque l’Orchestre symphonique de Montréal a inauguré la Grande Salle (qui prendrait le nom de Wilfrid-Pelletier en 1966), le Tout-Montréal s’y était pressé, conscient de prendre part à un événement historique. Ce soir-là, trois compositeurs se partageaient l’affiche (Jean Papineau-Couture, Mahler et Ravel), transmis par deux chefs (Zubin Mehta et Wilfrid Pelletier) et un orchestre uni par une même volonté d’aller de l’avant.
Une fébrilité semblable habitera sans aucun doute l’OSM et son directeur musical Kent Nagano quelques minutes avant de donner un ultime concert dans ce lieu témoin de tant d’instants ancrés dans les mémoires : premières d’œuvres, collaborations opératiques, programmes thématiques audacieux. « Le public et les mélomanes ont vécu dans cet endroit d'inoubliables événements musicaux, par la présence d'artistes et de musiciens de grande renommée », soulignait d’ailleurs maestro Nagano lors du dévoilement de la présente saison.
Impossible de quitter un lieu qui aura vu l’orchestre se développer avec faste sans souhaiter ponctuer ce moment-clé d’une page du répertoire qui lierait passé et avenir, tradition et un certain avant-gardisme. Après avoir présenté des versions concert de Tristan und Isolde et Tannhäuser, l’OSM plongera donc l’auditeur au cœur même de la mythologie nordique, avec Das Rheingold (L’Or du Rhin) de Wagner, prologue de sa célèbre Tétralogie, œuvre lyrique au grand pouvoir évocateur, qui contient déjà les germes des trois autres opéras à venir.
« La musique commence là où s’arrête le pouvoir des mots », croyait fermement Wagner. Les 29 et 31 mai prochains, une effervescence palpable, teintée d’une certaine nostalgie, sera certainement au rendez-vous. On ne quitte jamais un lieu qui nous a donné les ailes nécessaires afin de rayonner sur les scènes du monde entier sans un dernier regard vers l’arrière.
Magazine Place des Arts, juin-août 2011
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