samedi 3 mars 2012

Ravel, Prokofiev et Stravinski: les oeuvres

Dès ses premières œuvres, Ravel avait admis sa fascination pour l’Orient. En 1898 déjà, il signe Shéhérazade: ouverture de féerie qui, espère-t-il alors, servira de prélude à un opéra oriental, « assez fortement dominé, par l’influence de la musique russe » explique-t-il à son professeur Gabriel Fauré. La première, le 27 mai 1899, sous la direction du compositeur, ne fera certes pas l’unanimité, entre les sifflets et les bravos. « Je me suis affronté tout seul à toute la salle, criant bravo, bravo, et applaudissant à tout rompre », écrit le lendemain le pianiste Ricardo Viñes. Elle ne sera plus jouée du vivant de Ravel et publiée uniquement en 1975.

Ravel s’y révèle déjà un coloriste doué, traitant avec un raffinement confondant les sonorités éclatantes des cuivres et des bois, notamment dans le chant du hautbois solo, entendu au début de la pièce. Il précise dans sa note de programme :

« Construite d'après le plan classique de l'ouverture, cette pièce est précédée d'une introduction, dans laquelle le thème de Schéhérazade, proposé par un hautbois, est repris par les cors et les trompettes. Vient ensuite l'ouverture proprement dite, ainsi composée:
1re partie : Motif initial en si mineur; développements. Thème épisodique (trompettes bouchées amenant le 2e motif (en fa dièse majeur), inspiré d'une mélodie persane. Conclusion de la 1re partie.
2e partie : développement des quatre thèmes. Pédale basée sur le motif initial élargi.
3e partie : Retour du 1er et du 2e motif entendus simultanément. Retour de l'introduction servant de coda. »
 Dans l’histoire de la musique, l’année 1913 s’est révélée fertile en scandales. En septembre, quelques mois après la première houleuse du Sacre du printemps de Stravinski, Sergueï Prokofiev (1891-1953) essuie lui aussi les foudres de la critique pour son Deuxième Concerto pour piano. Peu lui importe, il jette déjà les bases de ce qui deviendra le deuxième mouvement de son Troisième Concerto. Il n’y reviendra pourtant qu’en 1921, alors qu’il passe l’été en Bretagne. Le compositeur assurera lui-même la partie soliste lors de la création avec le Chicago Symphony Orchestra, le 16 décembre de la même année, mais ce sera l’interprétation dirigée par Serge Koussevitzky à Paris qui permettra à l’œuvre d’entrer dans le panthéon des chefs-d’œuvre du 20e siècle.

Le concerto s’amorce par l’énoncé d’une mélodie de style populaire russe à la clarinette, reprise aux flûtes et aux violons. Les cordes bondissent ensuite en doubles croches staccato, dans un geste bientôt balayé par l’entrée fracassante du pianiste, traits rapides alternant avec accords couvrant les registres extrêmes du clavier. Le mouvement central propose un thème léger, énigmatique, suivi de cinq variations. La première est traitée avec un flair digne de Gershwin, la deuxième fait la part belle aux octaves brisées, la troisième aux accents à contretemps, la quatrième aux chromatismes et la dernière se conclut par une chute d’arpèges. Le finale, dialogue tantôt sarcastique, tantôt tendre, entre soliste et orchestre, sans aucun doute le plus virtuose des trois mouvements, finira par tout balayer sur son passage.

L’Oiseau de feu marque un tournant dans l’histoire des Ballets russes. Plutôt que d’adapter la chorégraphie à une musique existante, Diaghilev somme Igor Stravinski (1882-1971), alors jeune compositeur, d’écrire une œuvre originale : « Étonnez-moi! » Mû par le défi, Stravinski se lance avec fièvre dans le projet. Il explique dans Chroniques de ma vie : « Tout cela me tentait énormément, me poussait à sortir du cercle étroit dans lequel je me trouvais confiné et à saisir avec empressement l’occasion qui s’offrait de m’associer à ce groupe d’artistes avancés et actifs dont Diaghilev était l’âme et par lequel je me sentais attiré depuis longtemps. » Le 25 juin 1910, première triomphale : la carrière de Stravinski est lancée.

Ce dernier se révèle particulièrement habile dans le traitement musical de cette histoire inspirée de vieux contes russes. Les protagonistes humains (Ivan et les princesses) se voient offrir des mélodies empruntées au répertoire populaire tandis que les personnages fantastiques (l’Oiseau de feu, Kostcheï) sont enveloppés d’harmonies chromatiques et d’une instrumentation riche. Tous sont associés à une symbolique sonore : Kostcheï aux timbres graves, les treize princesses à des cercles de motifs, l’Oiseau de feu à des jeux de trémolos, des harpes et des bois clairs et Ivan au cor.


Orchestre Symphonique Royal (Rabat, Maroc)

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