vendredi 8 octobre 2010

Marc Boucher: un Pelléas plus incarné

Timbre moelleux, présence scénique renversante, registre en apparence sans limites, musicalité exceptionnelle et diction parfaite : autant d’atouts pour Marc Boucher qui, depuis une quinzaine d’années, mène une carrière florissante. Avec son complice le pianiste Olivier Godin, il revalorise notamment les subtilités de la mélodie française, genre trop souvent négligé. Après avoir consacré un album aux mélodies inspirées des Fleurs du mal de Baudelaire, ils viennent de compléter une intégrale Duparc, qui sera suivie d’un disque Chausson.

Fin mozartien, Marc Boucher peut se couler avec autant de facilité dans la peau de Cithéron au Mégaron d’Athènes que  dans celui d’Escamillo à Dublin. L’imaginaire de plusieurs amateurs d’art lyrique reste toutefois marqué par sa vision de Pelléas à l’Opéra de Montréal en 2001. En décembre, il endossera de nouveau le rôle, à Saint-Pétersbourg, dans une version concert placée sous la direction d’Alexandre Dmitriev. Le baryton sera l’invité de la Philharmonie, plus vieille société européenne du genre, hôte notamment de Tchaïkovski, Berlioz, Wagner et Mahler. Celui qui se réchauffe tous les jours avec les pages de Debussy conçoit l’écriture de ce dernier comme un gage de santé vocale : « On ne peut pas trafiquer le personnage en lui donnant une charge superflue. »

Un rôle évolue forcément au fil des ans et cette fois, le chanteur souhaite transmettre un Pelléas plus masculin, plus incarné au plan charnel. « Si, la première fois que j’ai chanté le rôle, je croyais qu’il était un personnage amoureux  balloté par les éléments du destin, je n’en suis plus si certain aujourd’hui. J’opterai pour une vision plus claire de son désir amoureux, qui transmet mieux le trouble envers cet objet fuyant. » La soprano Karen Vourch’ deviendra Mélisande et François LeRoux, l’un des plus grands Pelléas du 20e siècle, Golaud. « Ce sera très spécial de partager la scène avec quelqu’un qui maîtrise le rôle depuis plusieurs années », explique le baryton québécois. Ici, impossible de se reposer sur une mise en scène ou une scénographie, la musique devra primer.  « Il faut pouvoir se concentrer sur ce qu’on peut transmettre par la voix, porter une attention particulière au travail vocal et rendre le plus fidèlement les indications de la partition. » Défi qui n’attend qu’à être relevé.


pour le magazine Infopéra

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