Considéré comme l’un des plus éblouissants interprètes du 20e siècle, « monarque incontesté de la flûte » (Dallas Star-Telegram), première flûte du Philharmonique de Berlin de 1969 à 1975 sous Herbert von Karajan, chambriste salué, Sir James Galway demeure une véritable légende. « L’homme à la flûte d’or » retrouve l’OSM dans le Premier Concerto pour flûte de Mozart (dont l’enregistrement lui a valu le Grand Prix du disque) et le Concerto pour deux flûtes de Cimarosa, interprété avec sa femme Lady Jeanne, deux œuvres portées par la même verve opératique que l’ouverture d’Anacréon de Cherubini. En complément de programme, l’Orchestre interprète les célèbres Danses slaves de Dvořák, œuvre de jeunesse qui devait propulse le compositeur au firmament.
Luigi Cherubini
Né le 14 septembre 1760 à Florence
Mort le 15 mars 1842 à Paris
Anacréon, ouverture
Beethoven lui vouait un respect entier, de même que Berlioz et Weber. Cherubini savait unir en un même souffle virtuosité polyphonique baroque, forme classique impeccable et un sens du drame particulièrement efficace digne des plus grands Romantiques, que ce soit dans ses opéras – dont Médée, synthèse brillante entre opéra-comique et tragédie lyrique, qui devait lui valoir fortune et gloire en 1797 – ou dans sa musique sacrée.
Devenu impopulaire au tournant du 19e siècle parce que Napoléon Bonaparte jugeait sa musique « trop bruyante », Cherubini peine à retrouver l’inspiration et se tourne plutôt vers la promotion de concerts et l’édition. Malgré ce passage à vide, le compositeur travaille néanmoins en 1801 et en 1802 à un opéra en deux actes, Anacréon, ou l’Amour fugitif. Huée et ridiculisée, l’œuvre quitte l’affiche après seulement sept représentations. Un critique de l’époque soutient même que Cherubini y a représenté « un vieux débauché déguisé en héros d’opéra ». Débordante du génie mélodique, brillamment orchestrée, l’ouverture trouvera pourtant grâce aux yeux du public et sera rapidement considérée chef-d’œuvre à part entière.
Domenico Cimarosa
Né le 17 décembre 1749 à Aversa
Mort le 11 janvier 1801 àVenise
Concerto pour deux flûtes, en sol majeur
Prolifique compositeur de plus de 60 opéras, invité des cours de Saint-Pétersbourg, Vienne et Naples, Cimarosa possède un don évident pour le style comique. Écrit alors qu’il se trouvait au sommet de sa popularité – son opéra Il matrimonio segreto avait été donné 57 fois à Naples la même année –, son Concerto pour deux flûtes rappelle l’esprit et l’humour de l’opera buffa, tout en restant tributaire des essais symphoniques de Mozart et Haydn.
Le premier mouvement propose une succession de thèmes, aux caractères bien définis, qui permettent aux deux flûtes de briller, tant dans la virtuosité la plus pure que dans un lyrisme plus affirmé. Après s’être fondues dans l’orchestre, elles reviennent au premier plan du largo, élégante aria à trois temps. Une demi-cadence propulse l’œuvre vers le finale, un rondo dansant dans lequel les deux solistes voltigent en doubles croches.
Wolfgang Amadeus Mozart
Né à Salzbourg le 27 janvier 1756
Mort à Vienne le 5 décembre 1791
Concerto pour flûte no 1, en sol majeur, K. 313
Dans une lettre datée du 10 décembre 1777, Mozart raconte à son père un souper avec Johann Baptist Wendling, première flûte du célèbre orchestre de Mannheim : « Notre ami indien (un Hollandais, indépendant de fortune, amateur des arts, grand ami et admirateur) est certainement un homme bon. Il vous donnera 20 florins si vous lui écrivez trois petits concertos faciles et une paire de quatuors pour flûte. »
Mozart accepte la commande, même si le matériel doit être levé d’ici au départ de De Jean, à la mi-février. Consumé d’amour pour Aloysia Weber, soprano pour laquelle il rêve d’écrire des opéras – et dont il finira par marier la jeune sœur quelques années plus tard –, il se révèle incapable de livrer à temps le tout et remet donc trois quatuors et deux concertos, qui lui valent moins que la moitié de la somme promise. Il tente de se justifier à son père le 14 février 1778 : « Il n’est pas surprenant que je n’aie pas eu le temps de finir, puisque je n’ai pas un seul moment de paix ici… De plus, vous savez combien je perds mes moyens quand je suis obligé d’écrire pour un instrument que je ne peux supporter. »
Difficile pourtant de souscrire à cette affirmation, Mozart ayant conçu une page magnifique pour la flûte ici, qui refuse toute facilité. D’entrée de jeu, le soliste doit démontrer virtuosité et souffle. L’Adagio central, particulièrement touchant, confirme les dons du compositeur pour le lyrisme le plus parfait, à la fois tendre et mélancolique. Variations bondissantes mène le rondo final vers une conclusion inspirée.
Antonín Dvořák
Né le 8 septembre 1841 à Nelahozeves (Bohème)
Mort le 1er mai 1904 à Prague
Danses slaves, opus 46
« Si vous les jouez, vous éprouverez un grand plaisir; en tant qu’éditeur, vous aurez une grande joie en publiant ces choses très fines. Dvořák écrit tout : opéras, symphonies, quatuors, pièces pour piano. C’est, sans aucun doute, un homme de grand talent. Et pauvre! Je vous prie de penser à tout cela. » Grâce à la recommandation de Brahms, la carrière de Dvořák est lancée. Pressé par l’éditeur Simrock, qui souhaite publier une œuvre qui lui attirerait la même clientèle enthousiaste que celle ayant découvert les Danses hongroises de Brahms, Dvořák livre bientôt une première série de Danses slaves, composées pour piano à quatre mains.
Cette œuvre témoigne admirablement de la maîtrise de Dvořák à unir deux pôles musicaux en apparence opposés : le sens populaire de la danse bien rythmée, colorée et d’une certaine façon naïve, et la science musicale acquise qui lui permet de recréer en musique émotions, sentiments et souvenirs. Les danses populaires, même si elles démontrent une préoccupation constante pour la musique populaire tchèque et plus généralement slave, deviennent ainsi plus stylisées et Dvořák ne résiste pas longtemps avant d’en orchestrer quelques-unes. Avant même d’avoir terminé la série complète pour piano à quatre mains, il avait orchestré trois de ces danses (nos 1, 6 et 3) qui furent présentées au public le 16 mai 1878 dans un concert organisé par l’Association des journalistes tchèques au Théâtre de la Ville-Neuve à Prague. L’œuvre remportera beaucoup de succès, notamment à l’étranger.
Programme OSM des 22 et 23 novembre
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