En s’illustrant aussi bien dans le domaine symphonique que dans celui de la musique de chambre, de l’opéra, des pages chorales et de la musique de film, Ralph Vaughan Williams occupe une place unique au panthéon de la musique britannique. Si sa découverte du répertoire traditionnel britannique a joué un rôle essentiel dans l’essor de son œuvre, il possède une personnalité forte, un style facilement identifiable, tout comme avant lui Beethoven, maître du développement mélodique, de la maîtrise rythmique et de la transmission du propos. Le programme d’aujourd’hui propose donc de redécouvrir les géants sous un angle autre, la juxtaposition des deux univers s’enrichissant mutuellement.
Ralph Vaughan Williams
Né le 12 octobre 1872 à Down Ampney
Mort le 26 août 1958 à Londres
The Wasps (Les Guêpes), ouverture
Même si son English Hymnal, regroupant des compositions personnelles et un grand nombre d’arrangements de chansons traditionnelles anglaises lui a déjà valu la reconnaissance en 1906, Vaughan Williams peine à compléter sa Première Symphonie et décide au tournant de l’année 1908 de se perfectionner en technique orchestrale auprès de Maurice Ravel, souhaitant« acquérir un peu de brio français » . Il précise dans son autobiographie : « J’ai beaucoup appris de lui. Par exemple, que l’usage du lourd contrepoint teuton n’était pas une nécessité. “Complexe mais pas compliqué”, voilà sa devise. Il m’a montré comment orchestrer par touches de couleur plutôt qu’en lignes. » Le compositeur français considère quant à lui Vaughan Williams comme « le seul de mes élèves qui n’écrit pas de ma musique. » Il écrira d’ailleurs à celui qui deviendrait un ami : « En tout cas, je n'ai pas besoin de vous dire que je ferai mon possible pour que soit jouée l'œuvre d'un élève dont j'ai sujet de me targuer. »
En 1909, Vaughan Williams reçoit une commande pour la composition d’une musique de scène pour une production de l’Université Cambridge de Les Guêpes, satire caustique d’Aristophane au sujet du système judiciaire athénien. De l’œuvre complète, le compositeur extrait une suite en cinq mouvements, qui comprend notamment cette ouverture, devenue une page de concert indépendante. Si, outre le bourdonnement entendu au début, la pièce n’a que peu à voir avec les guêpes ou la Grèce antique, le premier thème se voulant assurément « Olde Englishe », elle déborde d’une énergie contagieuse.
A London Symphony
Vaughan Williams n’est certes pas le premier compositeur à s’être laissé inspirer par l’effervescence de la ville. Haydn avait déjà rendu un hommage fervent à Londres dans la dernière de ses symphonies, y intégrant la chanson d’un colporteur. Mendelssohn tisserait lui aussi des mélodies connues de ses contemporains dans ses symphonies « écossaise » et « Italienne », alors que Berlioz reprendrait un chant des Abruzzes dans Harold en Italie. Pourtant, si Vaughan Williams a intégré à A London Symphony – titre que le compositeur aurait souhaité voir devenir Symphony by a Londoner – le chant d’un vendeur de lavande dans le deuxième mouvement et Big Ben aux segments externes, le compositeur ne considérait pas sa deuxième symphonie comme programmatique. « Si les auditeurs reconnaissent des suggestions tels que le carillon de Westminster ou l’appel de la lavande, je leur demande de considérer celles-ci comme accidentelles, non essentielles à la musique. »
La symphonie a été écrite en 1912 et 1913, puis révisée à de nombreuses reprises par le compositeur. Elle est dédiée à George Butterworth, compositeur et ami, qui mourrait en 1916, tué par un tueur embusqué. Vaughan Williams explique : « Un jour, nous discutions quand il m’a dit de sa façon bourrue et abrupte : “Tu sais, tu devrais écrire une symphonie.” Je lui ai répondu… que je n’avais jamais écrit une symphonie et n’avais aucune intention de le faire… J’imagine que les paroles de Butterworth m’ont piqué et j’ai alors sorti quelques esquisses que j’avais réalisées pour… un poème symphonique sur Londres et ai alors décidé de le mettre en forme symphonique… À partir de cet instant, l’idée d’une symphonie a contrôlé mon esprit. J’ai montré des esquisses à George, au fur et à mesure qu’elles étaient complétées et c’est à ce moment que j’ai réalisé qu’il possédait, qualité qu’il partageait avec très peu de compositeurs, un merveilleux sens critique par rapport au travail des autres et une compréhension de leurs idées et motifs. »
La symphonie a été écrite en 1912 et 1913, puis révisée à de nombreuses reprises. Elle s’amorce en douceur, dépeignant une Londres nocturne, au demi-sommeil ponctué par Big Ben, représenté par la harpe. L’Allegro risoluto qui suit, débordant de vigueur, fait la part belle aux bois et aux cuivres. Après un interlude pour sextuor de cordes et harpe, le mouvement se conclut fortissimo.
Vaughan Williams considérait que le Lento devait évoquer « Bloomsbury Square par un après-midi de novembre », le cor anglais, la flûte, la trompette et l’alto y jouant tour à tour un rôle essentiel.
Le nocturne qui suit dépeint quant à lui « les berges de Westminster le soir, alors que vous êtes entourés des différentes sonorités du Strand, avec ses grands hôtels d’un côté et le New Cut de l’autre, avec ses rues bondées et ses lampes évasées ».
Le finale s’ouvre par un thème de marche solennel, auquel se greffe une section allegro plus légère, appassionato. La marche revient, balayée par le thème du premier mouvement, avant que Big Ben ne résonne de nouveau, s’effaçant pour laisser place à un épilogue tranquille. « Les lumières s’éteignent l’une après l’autre. L’Angleterre et le Royaume, la Grande-Bretagne et l’Empire, les vieilles fiertés et les vieux attachements, glissent, derrière, disparaissent de l’horizon, passent – passent. Le fleuve passe – Londres passe, l’Angleterre passe… »
Ludwig van Beethoven
Né le 16 décembre 1770 à Bonn
Mort le 26 mars 1827 à Vienne
Concerto pour piano no 1, en do majeur, opus 15
Si le concerto reste tributaire des styles de Mozart et Haydn, il contient déjà le germe de ce qui allait caractériser symphonies et concertos du maître de Bonn : un travail thématique soutenu, basé sur une cellule mélodique restreinte, des liens subtils entre les divers mouvements, des changements harmoniques serrés, ainsi qu’une maîtrise des contrastes.
Le premier mouvement, une marche vigoureuse, reprend le schéma de la forme sonate, mais Beethoven intègre une deuxième exposition orchestrale, une cadence et une coda, le thème principal se voyant répéter plusieurs fois, équilibrant plusieurs thèmes subordonnés.
Le deuxième mouvement (en la bémol majeur, tonalité éloignée de do majeur) se veut une sorte de lied qui met délicatement en lumière le piano, notamment au niveau des ornementations et des transitions, l’orchestre appuyant le propos et le relançant avec une tendresse non dépourvue d’intimité.
Dans le finale, trois thèmes typés (le deuxième serait selon certains la parodie d’une vieille chanson d’étudiants) s’entrelacent dans un rondo enlevé de forme ABACABA, le piano se réservant l’énoncé du thème principal, qui sera ensuite repris par l’orchestre.
Programme OSM 30 novembre et 1er décembre
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