Dès réception de sa commande des Variations sur un thème rococo en 1877, le
violoncelliste allemand Wilhelm Fitzenhagen, collègue de Tchaïkovski au
Conservatoire de Moscou, se met à jouer l’œuvre en tournée, la travestissant
même. Véritable défi pour l’interprète, qui doit passer du lyrisme ardent à la
virtuosité pure en une fraction de seconde ou presque, cette œuvre concertante s’articule
autour d’un thème à l’élégance mozartienne, suivi de sept variations
enchaînées, élaborées dans des styles différents, habilement amenés par les
transitions du compositeur.
En dépit de son titre, la Petite Symphonie de Gounod est de fait un
nonette pour instruments à vent. Dédiée à la Société de musique de chambre pour instruments à vent, fondée par
Paul Taffanel quelques années auparavant, cette page enjouée et gracieuse se
veut à des lieues des tourments évoquées dans le célèbre Faust. Même si l’œuvre a été complétée en 1885 alors que le
compositeur approchait de la septantaine et qu’elle se plie au schéma d’une
symphonie classique, l’auditeur ressentira plutôt une impression de jeunesse
éclatée et de charme à la française, non dépourvu d’un certain modernisme,
Gounod ayant certainement écouté les essais de certains de ses jeunes
contemporains.
Écrite en 1886, la Sonate
pour piano et violon de Franck (présentée ici dans sa transcription pour
violoncelle) a été offerte en cadeau de mariage au violoniste Eugène Ysaÿe. Le pianiste Alfred Cortot
raconte : « J’ai su par Ysaÿe lui-même, avec quelle hâte fiévreuse,
avec quel enthousiasme émerveillé avait été déchiffré le manuscrit dont l’encre
était encore toute fraîche… »
Le premier mouvement, une douce
rêverie, exige poésie et mystère. Le piano ouvre la danse dans l’allegro qui suit, tumultueux et
profondément rhapsodique. Le mouvement lent, presque improvisé, empreint d’une
beauté douloureuse, fil fragile tendu entre rêve et réalité, peut être lu comme
le dialogue entre deux êtres qui se sont promis l’un à l’autre. Le mouvement
final exulte la confiance en la vie, à travers un énoncé du motif initial
lumineux, mais teinté d’une ferveur contenue.
Dans
l’Alexandrie du IVe siècle, le moine Athanaël cherche à convertir la
courtisane Thaïs. Cette dernière hésite puis, après la célèbre « méditation
religieuse » du deuxième acte, confiée au violon solo, accepte d’attendre la
mort dans un couvent. Massenet joue ici tour à tour la carte de la tendresse presque
désincarnée et du désir, en une page qui laisse en son sillage un parfum
impérissable.
13- KENT NAGANO & L'HISTOIRE DU SOLDAT DE STRAVINSKI
Écrit en 1932 également pour petite formation (huit instrumentistes et un baryton solo), Le Bal masqué s’inspire des images surréalistes du Laboratoire central de Max Jacob. Les quatre mélodies sont adroitement enveloppées de passages instrumentaux, tantôt mouvements autonomes (l’« Interlude » et la « Bagatelle »), tantôt préfaces. Le compositeur opte pour un traitement éclectique, presque désinvolte, de timbres et des textures, complément idéal à la satire acerbe des textes.
Créée en 1918, pour trois acteurs et sept musiciens, L’Histoire du soldat de Stravinski reprend les grandes lignes du Faust de Goethe, dans lequel cette fois le soldat vend son âme au diable en échange d’un livre qui contient la réponse à toutes les questions posées. En confiant certains motifs précis aux instruments, Stravinski permet de mieux cerner les deux héros de l’histoire, le violon représentant l’âme du soldat, la clarinette le diable. Les deux s’affronteront tout au long de l’œuvre, jusqu’à la toute fin, alors que la percussion restera seule, indifférente, condamnant l’âme du soldat à une errance éternelle. Cette page de théâtre musical comprend six scènes, entrecoupées de deux intermèdes et précédées d’une introduction en forme de marche.
14- ANDREW WAN JOUE VIVALDI
C’est en 1725 que Vivaldi fait
paraître Les Quatre Saisons, incontestablement son œuvre la plus
populaire. En maître du violon, il sait trouver d’instinct les traits qui
tombent le mieux sous les doigts, les registres les plus sonores, une technique
d’archet brillante, incisive et variée. «
L’Automne » suggère l’atmosphère joyeuse des fêtes entourant la moisson et la
saison de la chasse, les chants et les danses se dissipant dans les douces
vapeurs du vin. « L’Hiver » rappelle plutôt les claquements de dents, le
piétinement des pieds chaussés de bottes, le réconfort d’un feu de foyer et une
violente tempête de neige. Un tendre zéphyr fait un bref retour, bientôt balayé
par les vents d’hivers, plus rudes et féroces que jamais.
En juillet 1782, l’opéra L’Enlèvement au sérail de Mozart connaît un succès vertigineux.
Surchargé de contrats, le compositeur accepte néanmoins de composer une symphonie
pour souligner l’anoblissement du bourgmestre de Salzbourg, Siegmund Haffner,
complétée de nuit en une semaine. « Le premier Allegro doit être joué avec beaucoup de feu, le dernier aussi vite
que possible », explique Mozart à son père. Avec ses changements brusques de
nuances, ses silences saisissants et ses modulations, l’œuvre ne cesse de nous
surprendre.
Ysaÿe affirmait qu’un maître du violon « devait être un
violoniste, un penseur, un poète, un humain, il doit avoir connu l’espoir,
l’amour, la passion et le désespoir, ressenti toute la gamme des émotions afin
de les exprimer dans son jeu ».Ce
programme le démontre, à travers quatre œuvres maîtresses du répertoire, à la
personnalité distincte, les deux premières datant de la fin du 18e
siècle, les deux autres écrites à une année d’intervalle (1923 et 1924).
Complétée alors que Mozart se languit de son amoureuse et
tente de s’affranchir de son employeur, la Sonate K. 304 demeure un concentré
de mélancolie. Dans sa Romance, Beethoven opte quant à lui pour une mélodie
richement ornée, qui se déploie
au-dessus d’un accompagnement se fondant dans l’ombre du soliste.
Devenue pierre angulaire du répertoire pour violon seul, la
Sonate no 3 d’Ysaÿe, surnommée « Ballade » en référence à celles de
Chopin, se veut un hommage au style libre et ample de son dédicataire Georges
Enesco. Quand il entend la violoniste Jelly d’Arány jouer de la musique
tzigane, Ravel est renversé. Peu après naissait Tzigane, pastiche brillant qui adopte la forme des csárdás (lent puis rapide), la première section
étant confiée au violon seul.
Virée classique 11 août 2012
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