jeudi 12 juillet 2012

Édito Recrue juillet 2012

Peut-on, en tant que lecteur, s’attacher à un personnage en apparence antipathique? Peut-on accepter alors de le suivre dans les méandres de sa psyché, se complaire dans une certaine noirceur sans avoir l’impression de s’y dissoudre? En opposition avec la douceur et la nonchalance généralement associées au mois de juillet, nous avons choisi de plonger pour vous dans des zones troubles, grises, presque noires. Sacha, le narrateur de Charlotte before Christ d’Alexandre Soublière, notre Recrue ce mois-ci, élevé dans un milieu aisé, revenu de tout, consommateur de substances illicites, de pornographie, se demande qu’à être apprivoisé, à travers une série d’instantanés qui laissent parfois le lecteur perplexe, mais le plus souvent témoin consentant. « On apprécie généralement l’écriture crue, violente, métissée, qui donne du rythme au roman. Certains s’y reconnaîtront peut-être, mais il y a un pas avant de tenir des propos sociologisants, desquels se distancie de toute façon Alexandre Soublière », relève Caroline Paquette.

De façon parallèle, le héros – l’antihéros plutôt – de Tous les corps naissent étrangers, titre lu par deux collaborateurs, semble posséder tous les atouts pour devenir celui qu’on aime détester. « Hugo Léger nous offre globalement un premier roman qui va droit à l’essentiel, souligne Rémy-Paulin. Il ne tombe pas dans le moralisme larmoyant que ce sujet peut parfois provoquer. Ceci s’explique surtout par l’antipathie et l’égo surdimensionné de son personnage. » Christine confirme cette impression : « Cela dit, le premier roman d’Hugo Léger se dévore d’une traite. Même si on n’arrive pas à s’attacher à l’antipathique Jean-Jacques, ce que ne cherche pas nécessairement l’auteur. » Pourtant, tous deux n’ont ressenti aucune réticence à s’approprier un univers où ne brille que bien peu de lumière.

Les cavaleurs de Fernand J. Hould, grands séducteurs devant l’éternel, auraient pu, eux aussi, devenir antipathiques. C’était sans compter la plume alerte de cet octogénaire, qui a plutôt choisi de rendre un hommage aux formes et à l’esprit des femmes. Deux livres atypiques et un recueil de poésie complètent nos choix de lecture pour ce mois de farniente : Rue Saint-Olivier d’André Carrier, un roman déstructuré qui exige un lâcher-prise du lecteur, Quelque chose comme une odeur de printemps d’Annie-Claude Thériault, qui opte pour le ton de la chronique, mais ose aborder le thème de la schizophrénie, et Les dieux divisibles d’Odile-Marie Tremblay, volontiers impressionniste. Et si, comme si cette dernière l’affirme, toute vie n’était qu’une hypothèse, que les questions suppléaient aux réponses?

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