mercredi 12 septembre 2012

Mendelssohn et Bizet




Félix Mendelssohn
Né à Hambourg le 3 février 1809
Mort à Leipzig le 4 novembre 1847

Si Schumann n’a pas hésité à qualifier Mendelssohn de « Mozart du XIXe siècle », Goethe lui-même, qui avait été témoin des interprétations des deux jeunes musiciens, confirmait que celui-ci jouait de façon encore plus lumineuse que son prédécesseur. Petit-fils du philosophe Moses Mendelssohn et fils d’un banquier berlinois prospère, Félix grandit dans une maison fréquentée par l’élite intellectuelle de l’époque, tant littéraire, philosophique que musicale. S’y croisent, de façon hebdomadaire, Hegel, Heine, plusieurs musiciens du Philharmonique de Berlin, de jeunes chanteurs prometteurs, Carl Friedrich Zelter, premier maître du prodige, et Carl Maria von Weber, influence marquante.

Le jeune Félix compose avec une fébrilité constante, nourri par ses lectures, les voyages effectués avec la famille et les discussions avec sa sœur Fanny. Le 5 décembre 1822, il paraît pour la première fois en public, alors qu’il accompagne la cantatrice Anna Milder-Hauptmann et joue en soliste son Concerto en la mineur pour piano et orchestre, tout juste complété. La production de l’année suivante s’avèrera remarquable : six symphonies, un deuxième quatuor avec piano, un concerto pour violon et cordes en ré mineur, dédié à Eduard Rietz, ami, mentor et membre de son quatuor, un concerto en mi majeur pour deux pianos, le Concerto en ré mineur pour piano, violon et orchestre à cordes et un opéra, Les Deux Neveux, créé le jour même du 15e anniversaire de Félix. Enthousiasmé par ce qu’il venait d’entendre, Zelter aurait serré le jeune homme dans ses bras en affirmant : « Mon cher enfant, à dater de ce jour, tu cesses d’être un apprenti musicien et tu deviens un confrère, je le proclame aux noms de Mozart, de Haydn et de Bach. »

Malgré tous les succès déjà remportés par son fils, Abraham Mendelssohn hésite. Son beau-frère, Jacob Bartholdy, le prévient dans une lettre : « Je ne puis me faire à l’idée que l’on fasse de Félix un musicien de profession. Ce n’est pas une carrière, ni une vie, ni un but; on n’est pas plus avancé au commencement qu’à la fin et on en est pleinement conscient. […] Laisse ce garçon acquérir une culture générale, et prépare-le à faire une carrière d’état en étudiant le droit à l’Université. Son art demeurera son ami et son compagnon. » Il soutiendra finalement jusqu’au bout les rêves de son fils.

Artiste particulièrement polyvalent, Mendelssohn deviendra à la fois compositeur, pianiste virtuose réputé, chef d’orchestre, chef de chœur, pédagogue et fondateur du célèbre conservatoire de Leipzig. Véritable charnière entre les siècles, il mettra en lumière les géants du passé : Bach bien sûr, mais aussi Mozart, dont il joue régulièrement les concertos et Beethoven, dont il dirige les symphonies. Non content de donner la première de ses propres œuvres, il adoptera également celles de ses contemporains, notamment Wagner. 

Mendelssohn insistait souvent sur le fait que la musique devait toujours avoir préséance sur les mots et qu’il demeure futile de vouloir la circonscrire. En octobre 1841, il précise dans une lettre à un ami : « On parle beaucoup de musique et pourtant, on en dit si peu. Je crois que les mots sont insuffisants pour l’évoquer et, si je les trouvais suffisants, je n’aurais plus rien à faire avec la musique. Les gens se plaignent souvent que la musique est trop ambigüe, qu’ils ne saisissent pas à quoi elle fait allusion, alors que tous comprennent les mots. Pour moi, c’est exactement l’opposé et ceci est vrai non seulement d’un discours entier mais d’œuvres individuelles. Elles me semblent ambigües, vagues, et si facilement incomprises par rapport à la vraie musique, qui emplit l’âme d’un millier d’images, exprimées bien plus éloquemment qu’en paroles. »

Georges Bizet

Né à Paris le 25 octobre 1838
Mort à Bougival le 3 juin 1875

Quand Bizet entre au Conservatoire de Paris en 1847 dans la classe de piano d’Antoine-François Marmontel, celui-ci note déjà qu’il « joue toutes les sonates de Mozart avec goût et sans affectation ». Après avoir obtenu son premier prix à 14 ans, il se joint à la classe de composition de Fromental Halévy, en plus de travailler de façon parallèle avec Charles Gounod, qui demeurera une grande influence. 

En 1957, il se démarque des autres candidats lors d’un concours organisé par Offenbach au Théâtre des Bouffes parisiens, avec son opérette Le Docteur miracle et se voit décerner le prix de Rome pour sa cantate Clovis et Clotilde. De retour d’Italie, après avoir soutenu Gounod dans l’orchestration de La Reine de Saba, il compose Ivan IV, un grand opéra historique, et reçoit l’année suivante une commande de Carvalho, le directeur du Théâtre Lyrique, pour Les Pêcheurs de perles. 

Si Carmen est peut-être devenu l’opéra le plus populaire de tous les temps, sa création le 3 mars 1875 à l’Opéra-comique de Paris devait se révéler un véritable four. « Le cœur de M. Bizet, blasé par l’école de la dissonance et de la recherche, a besoin de se refaire une virginité. Cet opéra n’est ni scénique, ni dramatique. Ce n’est pas avec des détails d’orchestre qu’on peut exprimer musicalement les fureurs et les caprices de Mlle Carmen », note ainsi Oscar Comettant dans Le Siècle. Quelques mois plus tard pourtant, en octobre, la production présentée à Vienne renversera complètement la vapeur et propulsera l’opéra vers la stratosphère. Le compositeur avait malheureusement succombé à des complications cardiaques en juin, à l’âge de 37 ans.

Orchestre symphonique Royal (Rabat, Maroc), programme d'octobre 2012

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