Des quelque
500 concertos créés du vivant de Vivaldi, Les Quatre Saisons demeure incontestablement
ses plus populaires. « Le printemps » et « L’été » prennent ici un nouveau
visage, quand s’y intercale … et j’ai
repris la route du, commande passée au compositeur canadien Michel Longtin
par Kent Nagano, lors de sa première saison à la tête de l’OSM en 2006. Cet
hommage à Terry Fox puise son inspiration dans les liens qui existent entre
humanité et nature. Le programme est complété par huit extraits du ballet Roméo et Juliette de Prokofiev, autant
de moments inoubliables de cette histoire d’amour séculaire.
Antonio Vivaldi
Né à Venise
le 4 mars 1678
Mort à
Vienne le 28 juillet 1741
Les
Quatre Saisons,
« Le Printemps » et « L’Été », opus 8 nos 1 et 2
Les compositions évoquant les visages
changeants des saisons demeuraient particulièrement populaires à l’époque
baroque, comme en témoignent certains cycles de concertos de Werner et Fischer.
C’est pourtant Vivaldi qui saura les peindre avec le plus de vivacité avec ses Quatre Saisons, s’inspirant de sonnets,
vraisemblablement de sa main, publiées en 1725 en tant que pages du recueil Il cimento dell’armonia e dell’
invenzione (Le
combat de l’harmonie et de l’invention).
Dans « Le Printemps », éveil de la nature, on
peut entendre une multitude d’oiseaux, le murmure du ruisseau ou le doux
souffle du vent faisant osciller les plantes.
Une berceuse accompagnant le sommeil du berger s’y glisse ensuite, avant
que l’éclat du printemps ne soit célébré en une danse légère.
« L’Été » évoque d’abord la jeunesse, le
soleil à son zénith et la chaleur torride qui assomme. Les roulements lointains
et le bruissement des insectes déchaînés laissent alors la voie libre au
déchaînement de la violence de l’orage. On y repère coups de tonnerre furieux,
éclairs, grêle et pluie battante.
Michel
Longtin
Né à
Montréal le 20 mai 1946
Vit
actuellement à Montréal
… et
j’ai repris la route
Après une
formation en sciences et des stages d’été au Banff School of Fine Arts en art
dramatique, Michel Longtin décide en 1968 de se consacrer à la composition,
tout en menant de front des études en informatique. Comme l’homme, sa musique
résiste à toute tentative de catégorisation, mariant techniques de création
contemporaine à un langage musical multipliant les références aux systèmes
modal et tonal, dans un style personnel unique.
Le
compositeur expliquait ainsi … et j’ai repris la route lors de la création le 20 novembre 2006 :
Encore
une fois, j’ai repris la route vers ma montagne. Du sommet, je contemple les
vastes espaces nordiques, l’abondance d’oxygène est si forte qu’elle me pénètre
comme du vitriol, et je revois des moments marquants.
Voyez-vous
comme moi ce jeune homme en bas de la côte qui court et monte vers nous en
boitant? Vous savez comme moi que la côte montée, cette transfiguration
accomplie, Terry Fox entrera dans la roulotte et se dirigera vers l’hôpital
pour mourir du cancer peu après. C’est ce tour de force humaniste qu’il a vécu
durant ses derniers jours! Et voyez Jean Vanier, il a réussi lui aussi à
transfigurer sa vie en fondant l’Arche, une multitude de petits villages où
sont accueillis des êtres lésés mentalement dont il prend soin comme le Christ
l’aurait fait. Et voyez encore, Jerry Goldsmith, mort du cancer voilà deux ans,
qui a apporté à la musique de film une noblesse qui n’existait quasiment pas
auparavant; lui aussi a transfiguré sa vie en nous donnant énormément à tous…
Et du haut de ma route sur la montagne, je vois ces
trois êtres réunis par leur dépassement. Je les admire et je les aime profondément.
Ces trois merveilleux princes épiphaniques se retrouvent dans la pièce que je
vous offre ce soir avec grande humilité, mais aussi avec une passion
débordante. C’est en composant cette pièce orchestrale que j’ai vu ces trois
géants s’infiltrer dans mes rythmes et mes accords. Une réunion très inattendue
de ces trois hommes à travers ma vision musicale qui est peu à côté de leur
grandeur.
Sergueï Prokofiev
Né à Sontsovka (Ukraine) le 27 avril 1891
Mort à Nikolina Gora (près de
Moscou) le 5 mars 1953
Roméo et Juliette, extraits
La route qui a mené à la première de Roméo et Juliette
devait se révéler des plus chaotiques. Après avoir essuyé un refus du Kirov,
Prokofiev envoie sa partition au Bolchoï en 1935 qui la rejette également.
Prokofiev ne se décourage pas et contacte d’autres théâtres européens et
américains, la Première et la Deuxième Suites tirées de l’œuvre
lui servant de carte de visite. Le 30 décembre 1938, le ballet est enfin monté
à Brno, en Tchécoslovaquie et, un peu plus d’un an après, au Kirov.
Considérée comme l’une de ses œuvres les plus réussies,
Roméo et Juliette reste un exemple éclatant de l’aptitude magistrale de
Prokofiev à combiner instinct scénique et puissance rythmique. De nombreux
leitmotive assurent l’unité de l’œuvre. Ces thèmes conducteurs accompagnent les
personnages et narrent avec minutie l’histoire. Le thème de Juliette, en se
transformant au fil des scènes, nous rappelle que la petite fille se
métamorphose devant nous en jeune femme amoureuse pour la première fois. Les
grands écarts et les rythmes implacables décrivent avec maestria la haine
féroce qui anime Montaigus et Capulets. Les scènes intimes (comme celle du
balcon) sont traitées par le compositeur avec une formation d’orchestre de
chambre tandis que les grandes scènes de bal chatoient grâce aux ressources
illimitées d’une riche palette orchestrale.
Prokofiev devait tirer une suite pour piano et trois pour
orchestre. Le chef d’orchestre Julian Kuerti a puisé dans celles-ci pour en
extraire huit moments forts de l’œuvre, qui s’ouvrent sur « Montaigus et
Capulets », la page la plus connue du ballet.
Dans « Juliette enfant », Prokofiev traite le thème de Juliette avec
tendresse et douceur dans l’épisode central. « Roméo et Juliette » reprend la
célèbre scène du balcon. « Ma
libéralité est aussi illimitée que la mer, et mon amour aussi profond: plus je
te donne, plus il me reste, car l’un et l’autre sont infinis », explique Juliette. Dans « La
mort de Tybalt », on assiste au combat opposant Tybalt et Mercutio, puis à
celui entre Roméo et Tybalt. Les quinze coups signifiant la mort de Tybalt
annoncent la tragique marche funèbre. La douleur est également présente
dans « Roméo au tombeau de Juliette », scène teintée de souvenirs heureux mais
déchirants. La pièce s’éteint dans l’extrême aigu des violons, nous plongeant
dans un sentiment de quasi irréalité.
Concert OSM 10 octobre 2012
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