Félix Mendelssohn
Songe
d’une nuit d’été, «
Marche nuptiale »
«
L’amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l’âme. » (Shakespeare, Songe
d’une nuit d’été)
Mendelssohn découvre Shakespeare à 17 ans, grâce à la
traduction de son oncle August Wilhelm von Schlegel. Avec sa sœur Fanny et ses
amis, il s’approprie immédiatement les mots de ces cœurs éperdus, qui se
rencontrent sans jamais entièrement se dévoiler, lors d’une nuit d’ivresse et
d’extase, alors que tout semble possible. Profondément habité par les
personnages, le jeune compositeur se met au travail et écrit une ouverture,
œuvre visionnaire qui évoque en musique intrigues amoureuses et destins
croisés, domination des rois et
toute-puissance des fées, rêve et réalité.
En 1843, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV souhaite
présenter de nouveau la pièce et confie à Mendelssohn la tâche d’en écrire la
musique de scène. Ce dernier est alors chef de l’Orchestre du Gewandhauz de
Leipzig, directeur du Conservatoire de la ville et directeur général de la
musique de Prusse. Malgré ses charges écrasantes, il accepte la commande et
l’œuvre est créée sous cette forme le 14 octobre 1843. À l’ouverture, il
intègre 13 épisodes, dont cette marche nuptiale, qui devait connaître une
reconnaissance exceptionnelle, en particulier lorsque le morceau a accompagné
le mariage de la fille de la Reine Victoria, la princesse Vicky, en 1858. Après
la première, Schumann a salué la façon dont la musique de Mendelssohn servait
admirablement les pages de Shakespeare et Liszt témoigné son enthousiasme. Même
Wagner, souvent si critique, a emprunté des motifs de l’œuvre pour un opéra de
jeunesse, depuis oublié, Les Fées.
Concerto pour violon en mi mineur,
opus 64
Alors que le prolifique
compositeur complète sa musique de scène pour le Songe d’une nuit d’été, il est déjà habité par son Concerto pour
violon en mi mineur. En effet, pendant plus
de cinq ans, il échangera à de nombreuses reprises avec son ami, le virtuose
Ferdinand David, sur des détails de structure et de technique, même si
Mendelssohn, pianiste reconnu, avait aussi travaillé une partie du répertoire pour
violon dans sa jeunesse.
Aucune arrogance ici de la part– « Ne te
moque pas [de mes questions]… je ne fais que tâtonner » – d’un créateur qui
n’hésite pas à discuter de la moindre intention : « Les arpèges [de la
cadence] devraient commencer immédiatement a tempo et continuer ainsi sur une
battue à quatre temps jusqu'au tutti: est-ce trop fatigant pour l'interprète ?
» Le complice assurera bien sûr la création de l’œuvre, le 13 mars 1845, le Danois
Niels Gade (également compositeur et violoniste) dirigeant l’orchestre. Le
concerto sera aussi défendu par Josef Joachim, grand ami de Brahms.
L’abondante
correspondance de Mendelssohn nous révèle un homme à la personnalité complexe,
tiraillé comme nombre de ses contemporains par les oppositions nichées au cœur
même du Romantisme, qu’elles soient entre l'ancien et le moderne, l'individu et
la masse. Pourtant, dès les années 1830,
il décide de redéfinir la donne, en misant sur une communion universelle des
arts soutenue par la musique qui passe d’abord par la clarté, l’essentiel d'une
œuvre se devant d’être saisie à la première écoute. Il ne faut donc pas
s’étonner que les mélomanes apprécient toujours autant le lyrisme de cette
œuvre concertante parmi les plus populaires du répertoire, ses amples lignes
mélodiques, sa grâce en apparence sans effort et sa virtuosité jamais gratuite.
Formé
dans la tradition classique, Mendelssohn se permet néanmoins des libertés
poétiques et structurelles. Comme souvent chez Mozart, compositeur qu’il
admirait, le drame se concentre dans le mouvement lent. L’introduction orchestrale attendue est remplacée par l’énoncé du
premier thème par le soliste presque dès le début. L’unité temporelle, si chère
aux dramaturges, est atteinte ici en liant les trois mouvements entre eux, en
un même geste, un même souffle.
Georges
Bizet
Symphonie en do
majeur
Même si
la Symphonie en do majeur est
maintenant régulièrement donnée par les orchestres, Bizet la considérait comme
un exercice d’école ne méritant pas de figurer à son catalogue. En effet, l’œuvre
ne sera interprétée pour la première
fois que le 26 février 1935, par le chef Felix Weingatner, à Bâle, deux ans
après que le compositeur Reynaldo Hahn eut remis une série de documents au
Conservatoire de Paris, dont manuscrit. L’œuvre se révèle fortement influencée
par les deux symphonies de Gounod, professeur de Bizet au Conservatoire. (Il
avait d’ailleurs arrangé pour deux pianos la Symphonie en ré majeur de son
maître.) « Vous avez été à l’origine de ma vie d’artiste. Je nais de vous. Vous
êtes la cause, je suis la conséquence. » Elle témoigne néanmoins d’une
remarquable originalité pour un jeune homme de 17 ans, tout comme l’avait été
moins de 20 ans auparavant l’ouverture du Songe
d’une nuit d’été de Mendelssohn.
La
symphonie suit de très près le schéma classique, en quatre mouvements, les
mouvements extérieurs adoptant la forme sonate. L’étudiant cite à plusieurs
reprises le maître, les deux centraux se révélant ainsi remarquablement
similaires côté forme, rythmique et dessin mélodique. (Ceci explique peut-être
pourquoi le jeune compositeur n’a fait aucune mention de ces pages dans sa
correspondance.)
Le premier mouvement propose un premier thème
rapide, très accentué et un second, en valeurs longues, plus chantant. L’Adagio s’amorce par une introduction qui
se fond dans une cantilène orientale au hautbois, tributaire du bel canto. Le
premier thème du troisième mouvement, proche de la gigue écossaise, devient
contresujet du deuxième, confié aux violons, avant de réapparaître soutenu par
un drone rustique. Le finale nous laisse à bout de souffle, renversés par la
virtuosité des cordes et la palette orchestrale de Bizet.
(Orchestre symphonique royal)