mercredi 26 septembre 2012

Bondye konn bay men li pa konn separe



Maxime McKinley
« Maxime McKinley est un des plus intéressants compositeurs de sa génération. Peinture, littérature, philosophie, poésie et musique tissent une toile éclectique dans la tête de ce créateur », écrivait Guy Marceau, dans Paroles & Musique en 2006. Étudiant de Michel Gonneville au Conservatoire de Montréal et d’Isabelle Panneton à l’Université de Montréal, il s’est également perfectionné à Paris auprès de Martin Matalon, en plus de suivre des cours de maître ou particuliers avec Hugues Dufourt, Peter Eötvös, Kenneth Hesketh, Philippe Leroux, Armando Luna et Bruno Mantovani.

Prix d'Europe de composition 2009 (Prix Père-Fernand-Lindsay), onze fois primé au concours national Jeunes compositeurs de la Fondation SOCAN (dont le Grand Prix John-Weinzweig  ex æquo en 2011), Maxime McKinley écrit pour des ensembles et organismes d'horizons très variés. Cette fois, à l’invitation de Kent Nagano, il joint son langage de compositeur contemporain à celui de DJ Champion dans une œuvre hybride unique, pour platines et orchestre, qui s’articule autour d’une série de marches classiques, de William Byrd (The Bells) à Stravinski (L’histoire du soldat) et Prokofiev (L’Amour des trois oranges et « Montaigus et Capulets »), sans oublier les incontournables marches nuptiale de Mendelssohn et slave de Tchaïkovski.

«  On parle ici de la rencontre de deux univers, dont il faut mettre en place la complémentarité, explique McKinley en entrevue. Les “muscles” musicaux  de DJ Champion sont développés de façon entièrement différente des miens. Il faut mettre à profit le meilleur de nos deux univers et canaliser le tout dans une même direction. » S’il connaissait son nouveau collaborateur en tant que guitariste (un élève lui ayant apporté un jour une de ses partitions), McKinley s’est tout de suite plongé dans l’univers de DJ Champion : « Je voyais la différence entre nous, mais aussi les points de rencontre. » Les langages complexes des deux créateurs ne peuvent se résumer en une simple opposition. Tous deux désarticulent le rythme, multiplient les ruptures, se servent de la pulsation, mais de façon détournée. 

mardi 25 septembre 2012

Ave Maria



« Je vous salue Marie, pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus le fruit de vos entrailles est béni… » Chaque jour, un peu partout sur le globe, dans un lieu de culte ou dans l’intimité de leur maison, dans langues et dialectes divers, des millions de gens reprennent cette salutation. Certains égrèneront entre leurs doigts un chapelet lors de chaque répétition; d’autres se laisseront bercer par le son de leur voix, la rythmique des versets, le souffle du propos. Apaisement, force, juxtaposition de textes bibliques et de prières initiées par les chrétiens, il n’est pas surprenant que, dès le Ve siècle, l’Ave Maria s’intègre aux offices liturgiques. Deux siècles plus tard, cette salutation de l’ange à la Vierge lors de l’Annonciation (Luc 1, 28), à laquelle s’appose celle d’Élisabeth lors de la Visitation deviendra formule privilégiée de prière personnelle. Si, au départ, les prélats avaient souhaité que les fidèles se concentrent sur leurs Credo et  Pater, l’Ave Maria fera partie de l’instruction religieuse des enfants à partir du Concile de Béziers en 1246. Sa forme définitive sera promulguée par le pape Pie V en 1568.  

L’Ave Maria figurait dans l’antiphonaire grégorien primitif et sa mélodie a souvent servi de teneur de motet dans l’Ars antiqua et de thème de messe au XVIe siècle. Pourtant, les compositeurs le traiteront le plus souvent comme élément constitutif de la liturgie, en antienne ou en offertoire. L’Ave Maria de Josquin des Prés est fondé sur une séquence (pièce chantée après l’alléluia lors de certaines fêtes), et en développe un trope en particulier. (Cette amplification non officielle de textes liturgiques visait à leur offrir un caractère plus solennel ; un des plus connus reste l’Ave verum, issu du Sanctus, relu sur cet enregistrement par William Byrd.) Celui de Jacques Arcadelt est en fait un faux du XIXe siècle,  écrit par Pierre-Louis Dietsch, maître de chapelle de la Madeleine à Paris, librement adapté d’un madrigal à trois voix du compositeur du XVIe siècle, Nous voyons que les hommes. Anton Bruckner reviendra à trois reprises à l’Ave Maria au cours de sa carrière. La deuxième version, à sept voix a capella, la plus chantée aujourd’hui, a été créée en 1861, après ses cinq ans d’études formelles à Vienne, pour souligner la fondation d’un chœur, le Liedertagel Frohsinn, dont il était alors directeur musical.

Les trois plus célèbres Ave Marias restent sans doute ceux signés Schubert, Gounod et Caccini. Celui de Franz Schubert, écrit d’abord sur une poésie allemande, réadaptée en latin, reprenait l’un des trois chants d’Ellen tiré de La Dame du lac de Walter Scott. Charles Gounod a ajouté, de façon plus ou moins arbitraire, une mélodie complémentaire au premier prélude du Clavier bien tempéré de Bach, improvisation que transcrira son beau-père Pierre Zimmermann. Là aussi, les paroles latines chéries supplanteraient le texte original, un poème de Lamartine, Le Livre de la vie. Celui attribué à Giulio Caccini a en fait été composé par Vladimir Vavilov il y a une quarantaine d’années. (Un premier enregistrement l’intégrant a été réalisé par le chanteur sous étiquette Melodiya en 1970.) Après sa mort, l’organiste Mark Shakhin a transmis la « nouvellement découverte » partition à d’autres musiciens, assurant sa renommée.


« Je crois qu’il n’y a personne parmi nous qui n’abandonnerait sa mère pour être fils de Marie », avançait Martin Luther dans son sermon de Noël 1523. Quand celle-ci apprend de l’Ange qu’elle enfantera le Sauveur, les premiers mots qu’elle prononce selon l’Évangile selon saint Luc, seront en louange à Dieu : Magnificat anima mea Dominum (Mon âme magnifie le Seigneur). Ce cantique, transposé dans la liturgie des Vêpres, qui en deviendrait élément constitutif, susciterait lui aussi plusieurs relectures musicales. 

Claudio Monteverdi en tirera deux versions, publiées en 1610 dans le recueil des Vêpres de la Vierge, dédié au pape Paul V. La première, à sept voix, soutenue par six instruments et une basse continue, se déclinait comme une page d’apparat. La seconde, entendue ici, à six voix, avec accompagnement de basse chiffrée, joue la carte de l’intériorité, mais reste l’une des pièces les plus inspirées du répertoire choral de tous les temps. Peu d’œuvres ont su d’une façon aussi magistrale unir l’austérité du chant grégorien et la virtuosité du style choral festif.

En 1989, Arvo Pärt se servira du même texte pour en tirer une partition pour soprano solo et chœur a capella, subdivisée en sections versets (l’ancrage de la voix soliste se juxtaposant à une ligne mélodique inférieure) et tutti (mettant en lumière trois, quatre ou six voix différentes). Le Magnificat demeure un remarquable exemple du « tintinnabulum », style initié par le compositeur estonien, dans lequel les trois notes de l’accord parfait sont traitées comme autant de cloches, la répétition des gestes musicaux établit une sensation d’intemporalité ou de présent continu.

Album Analekta, sortie en novembre 2012

La Bolduc



Les contes de fées se transposent parfois dans  la réalité, comme en témoigne le destin exceptionnel de Mary Travers (1894-1941), ménagère gaspésienne comme des milliers d’autres, musicienne autodidacte, qui deviendra La Bolduc, phénomène de l’industrie du disque des années 1930, première chansonnière du Québec, sacrée « reine des chanteurs folkloriques canadiens ». Véritable porte-parole de ses contemporains, elle raconterait, en pleine crise économique, le quotidien laborieux et le transmettre avec tout l’humour nécessaire. Tantôt optimistes (Ça va venir, découragez-vous pas, Nos braves habitants), tantôt ironiques (Toujours l'R-100, Les médecins), les textes de La Bolduc faisaient mouche, portés par ses turlutes et ses interludes musicaux à l’harmonica. Pas moins de 46 disques (91 titres, en plus de L’Enfant volé, interprété par sa fille Lucienne) ponctueront le parcours météorique de celle qui écrirait plus de 300 chansons. Une page d’histoire à se réapproprier grâce à la réédition de ce coffret.

Réédition d'un coffret de 4 CD, chez Analekta

mercredi 12 septembre 2012

Mendelssohn et Bizet: les oeuvres



Félix Mendelssohn

Songe d’une nuit d’été, « Marche nuptiale »

« L’amour ne voit pas avec les yeux, mais avec l’âme. » (Shakespeare, Songe d’une nuit d’été)
Mendelssohn découvre Shakespeare à 17 ans, grâce à la traduction de son oncle August Wilhelm von Schlegel. Avec sa sœur Fanny et ses amis, il s’approprie immédiatement les mots de ces cœurs éperdus, qui se rencontrent sans jamais entièrement se dévoiler, lors d’une nuit d’ivresse et d’extase, alors que tout semble possible. Profondément habité par les personnages, le jeune compositeur se met au travail et écrit une ouverture, œuvre visionnaire qui évoque en musique intrigues amoureuses et destins croisés,  domination des rois et toute-puissance des fées, rêve et réalité.  

En 1843, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV souhaite présenter de nouveau la pièce et confie à Mendelssohn la tâche d’en écrire la musique de scène. Ce dernier est alors chef de l’Orchestre du Gewandhauz de Leipzig, directeur du Conservatoire de la ville et directeur général de la musique de Prusse. Malgré ses charges écrasantes, il accepte la commande et l’œuvre est créée sous cette forme le 14 octobre 1843. À l’ouverture, il intègre 13 épisodes, dont cette marche nuptiale, qui devait connaître une reconnaissance exceptionnelle, en particulier lorsque le morceau a accompagné le mariage de la fille de la Reine Victoria, la princesse Vicky, en 1858. Après la première, Schumann a salué la façon dont la musique de Mendelssohn servait admirablement les pages de Shakespeare et Liszt témoigné son enthousiasme. Même Wagner, souvent si critique, a emprunté des motifs de l’œuvre pour un opéra de jeunesse, depuis oublié, Les Fées.

Concerto pour violon en mi mineur, opus 64

 Alors que le prolifique compositeur complète sa musique de scène pour le Songe d’une nuit d’été, il est déjà habité par son Concerto pour violon en mi mineur. En effet, pendant plus de cinq ans, il échangera à de nombreuses reprises avec son ami, le virtuose Ferdinand David, sur des détails de structure et de technique, même si Mendelssohn, pianiste reconnu, avait aussi travaillé une partie du répertoire pour violon dans sa jeunesse. Aucune arrogance ici de la part–  « Ne te moque pas [de mes questions]… je ne fais que tâtonner » – d’un créateur qui n’hésite pas à discuter de la moindre intention : « Les arpèges [de la cadence] devraient commencer immédiatement a tempo et continuer ainsi sur une battue à quatre temps jusqu'au tutti: est-ce trop fatigant pour l'interprète ? » Le complice assurera bien sûr la création de l’œuvre, le 13 mars 1845, le Danois Niels Gade (également compositeur et violoniste) dirigeant l’orchestre. Le concerto sera aussi défendu par Josef Joachim, grand ami de Brahms. 

L’abondante correspondance de Mendelssohn nous révèle un homme à la personnalité complexe, tiraillé comme nombre de ses contemporains par les oppositions nichées au cœur même du Romantisme, qu’elles soient entre l'ancien et le moderne, l'individu et la masse.  Pourtant, dès les années 1830, il décide de redéfinir la donne, en misant sur une communion universelle des arts soutenue par la musique qui passe d’abord par la clarté, l’essentiel d'une œuvre se devant d’être saisie à la première écoute. Il ne faut donc pas s’étonner que les mélomanes apprécient toujours autant le lyrisme de cette œuvre concertante parmi les plus populaires du répertoire, ses amples lignes mélodiques, sa grâce en apparence sans effort et sa virtuosité jamais gratuite.
Formé dans la tradition classique, Mendelssohn se permet néanmoins des libertés poétiques et structurelles. Comme souvent chez Mozart, compositeur qu’il admirait, le drame se concentre dans le mouvement lent.  L’introduction orchestrale  attendue est remplacée par l’énoncé du premier thème par le soliste presque dès le début. L’unité temporelle, si chère aux dramaturges, est atteinte ici en liant les trois mouvements entre eux, en un même geste, un même souffle.
   

Georges Bizet

Symphonie en do majeur

Même si la Symphonie en do majeur est maintenant régulièrement donnée par les orchestres, Bizet la considérait comme un exercice d’école ne méritant pas de figurer à son catalogue. En effet, l’œuvre ne sera interprétée  pour la première fois que le 26 février 1935, par le chef Felix Weingatner, à Bâle, deux ans après que le compositeur Reynaldo Hahn eut remis une série de documents au Conservatoire de Paris, dont manuscrit. L’œuvre se révèle fortement influencée par les deux symphonies de Gounod, professeur de Bizet au Conservatoire. (Il avait d’ailleurs arrangé pour deux pianos la Symphonie en ré majeur de son maître.) « Vous avez été à l’origine de ma vie d’artiste. Je nais de vous. Vous êtes la cause, je suis la conséquence. » Elle témoigne néanmoins d’une remarquable originalité pour un jeune homme de 17 ans, tout comme l’avait été moins de 20 ans auparavant l’ouverture du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn.

La symphonie suit de très près le schéma classique, en quatre mouvements, les mouvements extérieurs adoptant la forme sonate. L’étudiant cite à plusieurs reprises le maître, les deux centraux se révélant ainsi remarquablement similaires côté forme, rythmique et dessin mélodique. (Ceci explique peut-être pourquoi le jeune compositeur n’a fait aucune mention de ces pages dans sa correspondance.)

 Le premier mouvement propose un premier thème rapide, très accentué et un second, en valeurs longues, plus chantant. L’Adagio s’amorce par une introduction qui se fond dans une cantilène orientale au hautbois, tributaire du bel canto. Le premier thème du troisième mouvement, proche de la gigue écossaise, devient contresujet du deuxième, confié aux violons, avant de réapparaître soutenu par un drone rustique. Le finale nous laisse à bout de souffle, renversés par la virtuosité des cordes et la palette orchestrale de Bizet.

(Orchestre symphonique royal)

Mendelssohn et Bizet




Félix Mendelssohn
Né à Hambourg le 3 février 1809
Mort à Leipzig le 4 novembre 1847

Si Schumann n’a pas hésité à qualifier Mendelssohn de « Mozart du XIXe siècle », Goethe lui-même, qui avait été témoin des interprétations des deux jeunes musiciens, confirmait que celui-ci jouait de façon encore plus lumineuse que son prédécesseur. Petit-fils du philosophe Moses Mendelssohn et fils d’un banquier berlinois prospère, Félix grandit dans une maison fréquentée par l’élite intellectuelle de l’époque, tant littéraire, philosophique que musicale. S’y croisent, de façon hebdomadaire, Hegel, Heine, plusieurs musiciens du Philharmonique de Berlin, de jeunes chanteurs prometteurs, Carl Friedrich Zelter, premier maître du prodige, et Carl Maria von Weber, influence marquante.

Le jeune Félix compose avec une fébrilité constante, nourri par ses lectures, les voyages effectués avec la famille et les discussions avec sa sœur Fanny. Le 5 décembre 1822, il paraît pour la première fois en public, alors qu’il accompagne la cantatrice Anna Milder-Hauptmann et joue en soliste son Concerto en la mineur pour piano et orchestre, tout juste complété. La production de l’année suivante s’avèrera remarquable : six symphonies, un deuxième quatuor avec piano, un concerto pour violon et cordes en ré mineur, dédié à Eduard Rietz, ami, mentor et membre de son quatuor, un concerto en mi majeur pour deux pianos, le Concerto en ré mineur pour piano, violon et orchestre à cordes et un opéra, Les Deux Neveux, créé le jour même du 15e anniversaire de Félix. Enthousiasmé par ce qu’il venait d’entendre, Zelter aurait serré le jeune homme dans ses bras en affirmant : « Mon cher enfant, à dater de ce jour, tu cesses d’être un apprenti musicien et tu deviens un confrère, je le proclame aux noms de Mozart, de Haydn et de Bach. »

Malgré tous les succès déjà remportés par son fils, Abraham Mendelssohn hésite. Son beau-frère, Jacob Bartholdy, le prévient dans une lettre : « Je ne puis me faire à l’idée que l’on fasse de Félix un musicien de profession. Ce n’est pas une carrière, ni une vie, ni un but; on n’est pas plus avancé au commencement qu’à la fin et on en est pleinement conscient. […] Laisse ce garçon acquérir une culture générale, et prépare-le à faire une carrière d’état en étudiant le droit à l’Université. Son art demeurera son ami et son compagnon. » Il soutiendra finalement jusqu’au bout les rêves de son fils.

Artiste particulièrement polyvalent, Mendelssohn deviendra à la fois compositeur, pianiste virtuose réputé, chef d’orchestre, chef de chœur, pédagogue et fondateur du célèbre conservatoire de Leipzig. Véritable charnière entre les siècles, il mettra en lumière les géants du passé : Bach bien sûr, mais aussi Mozart, dont il joue régulièrement les concertos et Beethoven, dont il dirige les symphonies. Non content de donner la première de ses propres œuvres, il adoptera également celles de ses contemporains, notamment Wagner. 

Mendelssohn insistait souvent sur le fait que la musique devait toujours avoir préséance sur les mots et qu’il demeure futile de vouloir la circonscrire. En octobre 1841, il précise dans une lettre à un ami : « On parle beaucoup de musique et pourtant, on en dit si peu. Je crois que les mots sont insuffisants pour l’évoquer et, si je les trouvais suffisants, je n’aurais plus rien à faire avec la musique. Les gens se plaignent souvent que la musique est trop ambigüe, qu’ils ne saisissent pas à quoi elle fait allusion, alors que tous comprennent les mots. Pour moi, c’est exactement l’opposé et ceci est vrai non seulement d’un discours entier mais d’œuvres individuelles. Elles me semblent ambigües, vagues, et si facilement incomprises par rapport à la vraie musique, qui emplit l’âme d’un millier d’images, exprimées bien plus éloquemment qu’en paroles. »

Georges Bizet

Né à Paris le 25 octobre 1838
Mort à Bougival le 3 juin 1875

Quand Bizet entre au Conservatoire de Paris en 1847 dans la classe de piano d’Antoine-François Marmontel, celui-ci note déjà qu’il « joue toutes les sonates de Mozart avec goût et sans affectation ». Après avoir obtenu son premier prix à 14 ans, il se joint à la classe de composition de Fromental Halévy, en plus de travailler de façon parallèle avec Charles Gounod, qui demeurera une grande influence. 

En 1957, il se démarque des autres candidats lors d’un concours organisé par Offenbach au Théâtre des Bouffes parisiens, avec son opérette Le Docteur miracle et se voit décerner le prix de Rome pour sa cantate Clovis et Clotilde. De retour d’Italie, après avoir soutenu Gounod dans l’orchestration de La Reine de Saba, il compose Ivan IV, un grand opéra historique, et reçoit l’année suivante une commande de Carvalho, le directeur du Théâtre Lyrique, pour Les Pêcheurs de perles. 

Si Carmen est peut-être devenu l’opéra le plus populaire de tous les temps, sa création le 3 mars 1875 à l’Opéra-comique de Paris devait se révéler un véritable four. « Le cœur de M. Bizet, blasé par l’école de la dissonance et de la recherche, a besoin de se refaire une virginité. Cet opéra n’est ni scénique, ni dramatique. Ce n’est pas avec des détails d’orchestre qu’on peut exprimer musicalement les fureurs et les caprices de Mlle Carmen », note ainsi Oscar Comettant dans Le Siècle. Quelques mois plus tard pourtant, en octobre, la production présentée à Vienne renversera complètement la vapeur et propulsera l’opéra vers la stratosphère. Le compositeur avait malheureusement succombé à des complications cardiaques en juin, à l’âge de 37 ans.

Orchestre symphonique Royal (Rabat, Maroc), programme d'octobre 2012