Johann Sebastian Bach
Né le 21 mars 1685 à Thuringe
Mort le 28 juillet 1750 à Leipzig
Suite no 3 en ré majeur, BWV 1068
Ouverture
Air
Gavotte I/II
Bourrée
Gigue
Les suites pour orchestre de Johann Sebastian Bach – aussi surnommées « Ouvertures » en raison de l’importance du premier mouvement – ont vraisemblablement été composées à Leipzig dans les années 1720, même s’il reste plausible qu’elles aient été assemblées à partir de matériel préexistent, « recyclage » souvent pratiqué par les compositeurs de l’époque baroque. La première de l’œuvre aurait été donnée en 1731 par le Collegium Musicum, un groupe d’une quarantaine de musiciens amateurs, fondé par Telemann en 1702.
La Troisième Suite de Bach est constituée d’une succession de danses d’origine française, dans une même tonalité, geste qui unifie l’œuvre, même si aucun thème ne se transmet d’un mouvement à l’autre. Chacune possède son caractère propre et illustre une volonté d’exprimer un affect unique – ou, plus précisément, comme les traités de l’époque l’indiquaient, une « passion » ou une « passion de l’âme » – nous permettant d’en apprécier les subtilités.
Deux thèmes alternent dans l’Ouverture, le premier ample et solennel, le second bondissant, entraînant, qui deviendra sujet d’un passage fugué, à quatre voix, principalement aux cordes, les hautbois y doublant le violon, les trompettes renforçant les éléments harmoniques et les timbales appuyant les climax de la section.
L’Air, certes l’un des mouvements les plus célèbres de Bach, particulièrement lyrique, est dédié au seul quatuor à cordes, qui transmet la troublante beauté de la ligne mélodique. Le contrechant inspiré des seconds violons et l’équilibre majestueux assuré par les basses expressives soutiennent le propos.
L’éclat des trompettes habite de nouveau les deux gavottes dont le premier thème révèle d’abord une gamme descendante de ré majeur alors que le second ébauche l’accord parfait majeur de la tonalité.
Une bourrée enjouée à laquelle se joint des appels de cuivres, pave la voie à l’exubérance de la gigue finale, traitée en groupes de quatre mesures se télescopant les uns dans les autres grâce aux changements d’orchestration.
Concerto pour violon no 1 en la mineur, BWV 1041
Allegro moderato
Andante
Allegro Assai
En tant que maître de chapelle du Prince Leopold à Anhalt-Coethen (ville calviniste), Bach a pu se concentrer sur le répertoire instrumental, dont les six Concertos brandebourgeois, le premier cahier du Clavier bien tempéré, les suites anglaises et françaises, les six suites pour violoncelle seul et des sonates et partitas pour violon. Le Premier Concerto pour violon, qui date des environs de 1720, vraisemblablement écrit pour le premier violon de l’orchestre Joseph Spiess, s’inscrit donc dans cette optique de composition.
Bach a déjà parfaitement assimilé le style du concerto vénitien, en transcrivant certaines pages de Vivaldi notamment, et il n’est pas surprenant qu’il privilégie ici la forme en trois mouvements et la structure de ritornello du maître vénitien. Le premier mouvement en demeure un exemple frappant, alors que le « refrain » de l’orchestre alterne avec des épisodes où le violon solo éblouit par sa virtuosité, tout en introduisant du nouveau matériau.
L’Andante central, particulièrement élaboré, reprend un thème en ostinato, transmis par les instruments graves (et joué, à un moment, par les altos), sur lequel ondoie de façon expressive le soliste.
Le dernier mouvement combine écriture fuguée et ritornello, en une saisissante complémentarité, démontrant que chez Bach, comme l’avait évoqué Lothar Hoffman-Erbrecht, « le concept du concerto a pris une nouvelle dimension qui insiste sur l’accord plutôt que l’opposition, accomplissant ainsi une unité de composition absolue. »
Joseph Haydn
Né le 31 mars 1732 à Rohrau an der Leitha
Mort le 31 mai 1809 à Vienne
Symphonie no 98, en si bémol majeur, Hob 1/98
Adagio – Allegro
Adagio
Menuetto. Presto
Finale. Presto
La vie de Haydn prend un nouveau tournant en 1790 alors que l’imprésario Johann Peter Salomon débarque sans avertissement chez le compositeur. « Je m’appelle Salomon. Je viens de Londres et suis venu vous quérir. Demain, nous conclurons un accord », annonce-t-il sans ambages. Haydn n’hésite pas longtemps. Son employeur le prince Nicholas Esterhazy vient de mourir et il peut donc céder à ses rêves de découvrir l’Angleterre, dont l’effervescence musicale surpasse même celle de Vienne. Quand Mozart apprend la nouvelle de ce départ, il ne peut résister à l’envie de lui demander comment il saura se débrouiller, ne parlant pas la langue du pays. La réponse de Haydn reste célèbre : « La langue que je parle est comprise dans le monde entier. » Les deux amis ne le réalisent pas alors, mais ils se voient pour la dernière fois.
La Symphonie no 98, dernière de la série de six écrites lors du premier séjour de Haydn à Londres, est datée de 1792 et a été créée le 2 mars de la même année au troisième concert Haydn-Salomon. Écrite pour une flûte, deux hautbois, deux bassons, deux cors, deux trompettes, timbales et cordes, elle n’a pu que surprendre les auditeurs de la capitale britannique par son orchestration.
Chez Haydn – comme chez Beethoven, qui admirait tout particulièrement cette symphonie et qui en acheta le manuscrit autographe après la mort de son aîné –, le développement d’un simple motif peut prendre des proportions remarquables. Dans ce cas-ci, l’introduction lente, en mineur, en présente deux dans les quatre premières mesures : le premier, ascendant, qui esquisse l’accord de si bémol mineur, et le second, un zigzag descendant. Quand l’allegro principal s’amorce, ces deux mêmes idées sont reprises, cette fois en majeur, et semblent posséder un tout autre caractère, vif et enjoué.
Cette symphonie sera la première œuvre d’envergure commise par Haydn après l’annonce du décès subit de Mozart. Sous cet éclairage, on ne peut que trouver à l’adagio des accents de requiem à la mémoire d’un ami cher. Il comprend une subtile citation, délicatement ornementée, tirée de la « Jupiter ». « Je regrette seulement d’être privé du grand Mozart. Il faudra plus d’un siècle pour que se retrouve un talent de cette envergure », écrivait Haydn quelques semaines auparavant à Marianne de Genziger.
Le menuet balaie toute lourdeur du propos, pour céder la place au finale, l’un des plus longs et des plus brillants de Haydn. Ce dernier réserve encore une fois quelques surprises à ses auditeurs, notamment en incluant un passage solo du premier violon dans le développement, alors que les autres instrumentistes à cordes explorent des harmonies inusitées. Lors de la section finale du mouvement, le clavecin (tenu par Haydn le soir de la première) fera lui aussi une incursion dans la texture, avant que la symphonie ne se termine avec brio.
Notes OSM programme du 9 décembre 2009
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