« Je suis née à
Montréal, mais comme mes deux parents sont immigrants, c’est réellement à
travers la littérature québécoise que j’ai pu partager une mémoire collective
avec le Québec. Si je me sens québécoise aujourd’hui, c’est entre autres parce
que j’ai lu Ringuet, Michel Tremblay, Marie-Claire Blais ou Victor-Lévy
Beaulieu. Encore aujourd’hui, c’est à travers la lecture des romans de Lise
Tremblay ou de Nelly Arcan que je sens que je comprends ma société. » Voilà
la réponse vibrante de notre Recrue du mois Karine Rosso à la toujours
pertinente question : « Quelle place la littérature québécoise
occupe-t-elle dans votre vie de lectrice? » Avec Histoires sans Dieu, un premier recueil de nouvelles atypique, qui
propose des relectures de certains passages de la Bible, elle a su faire une
rare unanimité auprès de nos collaborateurs. Que notre souvenir des textes
sacrés desquels elle s’est inspirée soit précis ou indistinct importe peu
ici ; le plaisir reste entier. Après tout, en se plongeant dans un livre,
ne recherche-t-on pas simplement à
oublier notre quotidien ou sinon à le percevoir autrement? « Ce qui m’intéresse, c’est de raconter des histoires et non de faire
un exercice de style, précise-t-elle ailleurs. Je crois qu’il existe un réel danger de glisser vers une gymnastique
langagière prétentieuse ou même d'ériger un mur entre soi et le lecteur quand
on est plus préoccupé par la forme que par le fond. Le style est évidemment
très important pour moi, mais il doit servir le propos. »
Nous vous proposons aussi six autres titres, autant de
regards différents sur le monde qui nous entoure. Impasse tente de redéfinir les frontières entre le visible et
l’invisible alors que Partir de rien
joue de façon concertée la carte du flou. Vers
le bleu évoque quant à lui aussi bien le « bleu du ciel, le bleu de
certains objets qui lui sont chers, le bleu du bonheur » comme l’explique notre collaboratrice
Christine Champagne, délicate juxtaposition aux poèmes de Rouges de Jean-François Leblanc. Comme nous le rappelle
l’auteur : « La poésie est un cœur
qui existe à l’épicentre du monde. » En dix temps, Intimités et autres objets fragiles « sonde les méandres de notre relation au
monde, à tout ce qui nous attache et nous laisse » pour reprendre les mots de
Claudio Pinto. Il ne faudrait pas oublier l’atypique Wigrum, tant visuellement que dans son propos, « terrain de jeu,
lieu de tous les possibles » comme le résume Caroline Paquette. La nouvelle
littérature québécoise n’aura peut-être jamais paru aussi multiple… et c’est tant mieux!
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