La musique parlant avant tout à l’inconscient, les meilleures trames sonores ajoutent une profondeur à l’image sans l’écraser. Pourtant, certaines pages musicales marquent l’imaginaire, continuent de l’envahir des années durant, bien après que les souvenirs précis du film se soient effilochés. Comme le disait le cinéaste Robert Bresson, « la musique évoque toujours des images, les images n’évoquent jamais de la musique ». Plus que tous les autres arts, la musique plonge l’auditeur dans un imaginaire que même la magie du cinéma ne pourra jamais égaler.
NINO ROTA (1911-1979)
1. A Time for Us
tiré du film Roméo et Juliette
Réalisé par Franco Zefirelli
Arr. Marc Ouellette
Le nom de Nino Rota restera toujours lié à celui de Federico Fellini, réalisateur avec lequel il devait travailler à de multiples reprises, mais le compositeur a également créé opéras, ballets et de nombreuses pages orchestrales. Il signe avec A Time for Us, valse suspendue aux accents d’autrefois, tirée de la trame sonore de Romeo & Juliet, l’une de ses mélodies les plus envoûtantes.
JOHN WILLIAMS (1932 – )
2. The Chairman's Waltz
tiré du film Mémoires d’une geisha
Réalisé par (2005)
Arr. Marc Ouellette
8. Suite Far and Away
tirée du film Horizons lointains
Réalisé par Ron Howard (1992)
Arr. Antoine Bareil
Véritable légende vivante de la musique de film américaine, John Williams compte à son actif 5 Oscars pour pas moins de 45 nominations, ce qui en fait (avec le compositeur Alfred Newman) l’artiste le plus nommé après Walt Disney. Il a également reçu de 17 Grammys, 4 Golden Globes, un prix honorifique du Kennedy Center et il a été intronisé au Hollywood Bowl Hall of Fame en 2000.
Même si on lui doit nombre de partitions explosives, « The Chairman’s Waltz », tirée de Memoirs of a Geisha, joue la carte de la retenue et de la tendresse, offrant au violon solo une toile magnifique sur laquelle greffer ses arabesques. La suite tirée de Far and Away propose quant à elle un florilège d’airs irlandais traditionnels, auxquels s’intègrent de façon parfaitement organique des motifs complémentaires.
JOHN BARRY (1932-2011)
3. Two Socks – The Wolf Theme & The John Dunbar Theme
tiré du film Dances with Wolves
Réalisé par Kevin Costner (1990)
Adapt. Antoine Bareil
Adaptation du livre éponyme de Michael Blake, Dances with Wolves devait marquer l’imaginaire d’une génération de cinéastes et s’est vu intégré au fonds de préservation de l’United States National Film Registry de la Library of Congress, pour « son importance culturelle, historique et esthétique ». La trame sonore de John Barry, qui devait lui valoir un Oscar en 1991, y joue certes un rôle essentiel.
ENNIO MORRICONE (1928 – )
4. Thème d’amour / Love Theme
tiré du film Cinéma Paradiso
Réalisé par Giuseppe Tornatore (1989)
Orch. Marc Ouellette
9. Thème principal
tiré du film Outrages
Réalisé par Brian De Palma (1989)
Arr. Gilles Ouellet
Quelques notes à peine de Cinema Paradiso d’Ennio Morricone et les émotions surgissent, puissantes et intactes. La musique devient protagoniste du film et en fait ressortir la dimension profondément humaine. Par ailleurs, le thème de Casualties of War, un film de guerre de 1989 signé Brian de Palma, possède un remarquable souffle dramatique, qui fait vibrer la corde sensible de l’auditeur et se veut un mémorial aux innocents tués lors de la guerre du Vietnam.
HOWARD SHORE (1946 – )
5. Concerning Hobbits 2:45
tiré du film Le Seigneur des anneaux: La Communauté de l’anneau
Réalisé par Peter Jackson (2001)
Arr. Antoine Bareil
Le compositeur canadien Howard Shore, qui a déjà collaboré à plus de 80 films, écrira 12 heures de musique pour la trilogie du Seigneur des Anneaux, ce qui lui permettra de décrocher trois Oscars, deux Golden Globes et quatre Grammys. Shore a superposé aux images de Peter Jackson des sonorités d’inspiration modale, qui plongent en quelques secondes l’auditeur dans un univers féerique.
JAMES HORNER/WILL JENNINGS (1953 – )
6. My Heart Will Go On
tiré du film Titanic
Réalisé par James Cameron (1997)
Orch. Claude Lemay
Peu de chansons auront causé un impact aussi grand que My Heart Will Go On, telle qu’interprétée par Céline Dion dans Titanic. Cette collaboration de James Horner et Will Jennings, lauréate de l’Oscar de la meilleure chanson originale et de 4 récompenses aux Grammys en 1999 dont chanson de l’année, devait se vendre à plus de 31 millions d’exemplaires et se retrouver ensuite sur plus de 108 millions de copies d’albums.
GABRIEL YARED (1949 – )
7. Convento Di Sant’Anna
tiré du film The English Patient
Réalisé par Anthony Minghella (1996)
Adapt. Antoine Bareil
Dans The English Patient, lauréat de neuf Oscars, dont celui de la meilleure musique, Gabriel Yared a su admirablement intégrer le piano, qui joue un rôle de catalyseur dans le film (alors que le personnage incarné par Juliette Binoche interprète l’aria des Variations Goldberg de Bach) à toute la trame sonore. La page entendue ici demeure l’une des plus sublimes du répertoire.
ALBERTO IGLESIAS (1955 – )
10. Soy Marco
tiré du film Parle avec elle (Hable con Ella)
Réalisé par Pedro Almodóvar (2002)
Trans. Antoine Bareil
Alberto Iglesias a collaboré avec Pedro Almodóvar à plusieurs reprises depuis une quinzaine d’années. Dans Hable con Ella, qui lui a valu un prix Goya et un prix de la critique cinématographique espagnole, on retrouve l’essence de son style, caractérisé par une écriture proche de celle de la musique de chambre, dans laquelle dominent les cordes. L’extrait choisi ici est un solo de violon accompagné par des cordes, ce qui permet de développer une intimité presque immédiate avec l’auditeur.
CARLOS GARDEL (1890 – 1935) - GERARDO MATOS RODRIGUEZ (1897 – 1948)
11. Por Una Cabeza - La Cumparsita
Por Una Cabeza tiré du film Parfum de femme
Réalisé par Martin Brest (1992)
incluant La Cumparsita tiré du film Some Like it Hot
Réalisé par Billy Wilder (1959)
Arr. Antoine Bareil
C’est dans les années 1920 que Carlos Gardel, le « roi » du tango, popularise la forme chantée du genre. La haute société parisienne se l’approprie bientôt, ce qui contribue à propager sa popularité partout dans le monde. On lui doit notamment le célébrissime Por Una Cabeza, réutilisé lors de la scène probablement la plus mémorable du film Scent of a Woman. La Cumparsita, qu’on entend dans Some Like it Hot, considéré la comédie américaine la plus réussie de tous les temps, a été écrit par Gerardo Matos Rodriguez en 1916. Chanson à la pulsation contagieuse, elle a été sacrée hymne populaire et culturel de l’Uruguay en 1998.
JOE HISAISHI (1950 – )
12. Hana-Bi
tiré du film Hana-Bi (Feu d’artifice)
Réalisé par Takeshi Kitano (1997)
Le compositeur japonais Joe Hisaishi est devenu au fil des ans une figure incontournable du monde musical japonais. Dès 1984, il collabore avec Hayao Miyazaki et on lui doit notamment les trames sonores de Laputa, le château dans le ciel, Mon voisin Totoro et Princesse Mononoké. Il entretient également une relation privilégiée avec le réalisateur Takeshi Kitano et son travail pour le film Hana-Bi lui a valu le prix de la meilleure musique aux Prix de l’Académie japonaise de cinéma en 1999.
ERICH WOLFGANG KORNGOLD (1897 – 1957)
13. Marian and Robin
tiré du film The Adventures of Robin Hood
Réalisé par Michael Curtiz & William Keighley (1938)
Arr. Gilles Ouellet
Considéré par John Williams et Jerry Goldsmith comme véritable maître à penser, Erich Wolfgang Korngold est débarqué à Hollywood au milieu des années 1930, suite aux sollicitations répétées de Leo Forbstein, responsable du département musique de la Warner. Il hésite à accepter mais, alors que l’Autriche tombe aux mains de l’Allemagne nazie, la famille du compositeur vient le rejoindre et il se met alors à la trame sonore de The Adventures of Robin Hood, l’une de ses pages les plus célèbres, qui lui vaudra un Oscar. Il dira ensuite: « J’ai eu la vie sauve grâce à Robin des bois. »
HAROLD ARLEN (1905 – 1986)
14. Over the Rainbow
tiré du film The Wizard of Oz
Réalisé par / Directed by Victor Fleming (1939)
Arr. Gilles Ouellet
Over the Rainbow d’Harold Arlen, entendue pour la première fois dans The Wizard of Oz, devait devenir la chanson-signature de Judy Garland et se retrouver au premier rang du classement de l’American Film Institute des 100 meilleures chansons du cinéma. Tout comme White Christmas d’Irving Berlin, la chanson devait inspirer les troupes américaines exilées en Europe, qui l’adoptèrent comme hymne à la liberté.
CHARLIE CHAPLIN (1889 – 1977)
15. Smile 3:35
tiré du film Modern Times
Réalisé par Charlie Chaplin (1936)
Adapt. Clauss Ogermann
La tendrement douloureuse Smile, est entendue à la toute fin de Modern Times, dernier film muet de l’acteur-réalisateur également violoniste et compositeur, Charlie Chaplin. En une sorte de lettre d’adieu au personnage de Charlot, elle aurait été composée par Charlie Chaplin lui-même et orchestrée par David Raksin, bien que d’autres la revendiquent. Reprise par de nombreux artistes, de Nat King Cole à Michael Jackson, elle a traversé époques et modes sans prendre une ride.
Album Angèle Dubeau & La Pietà, sortie début 2012, étiquette Analekta
jeudi 22 décembre 2011
jeudi 15 décembre 2011
Édito de décembre La Recrue du mois
Mi-décembre, période de frénésie avant les fêtes. Qu’offrir à
tante Gertrude, cousin Robert, votre meilleur ami? Un livre bien sûr!
Plusieurs experts nous incitent à consommer local, alors, pourquoi pas
offrir un premier roman québécois? Vous éviterez ainsi que l’être aimé
reçoive de multiples exemplaires du dernier bestseller à la mode, mais
surtout, vous soutiendrez un auteur en devenir car, qu’on se le dise, un
premier roman est le plus souvent suivi de plusieurs autres. Vous en
doutez? Christine Eddie et Martin Michaud, deux anciennes recrues, ont
ainsi publié un deuxième roman cette année, tandis que Dominique Fortier
et Nicolas Gilbert ont signé des exemplaires de leur troisième titre au
dernier salon du livre de Montréal! Quelle satisfaction de pouvoir dire
qu’on suit un auteur depuis ses débuts.
Quatre collaborateurs ont lu ce mois-ci L’amour des maîtres de Mélissa Grégoire, roman initiatique qui refuse toute facilité et se veut un hommage à la littérature et à la transmission du savoir. Je ne saurais trop vous recommander de vous pencher sur le questionnaire de notre auteure. Elle y dit notamment : « La vague du romanesque (dépaysement culturel, spatial, temporel, etc.) qui souffle actuellement sur le Québec et qui fait qu’une jeune écrivaine d’ici décide d’enraciner son personnage dans l’horreur des goulags trahit, selon moi, une difficulté d’assumer ce « je ». C’est symptomatique non seulement d’un malaise identitaire, mais aussi du malentendu qui subsiste en littérature (l’écrivain n’a de mérite que s’il réussit à s’abstraire de sa propre histoire). »
Vous aimerez également découvrir un de nos cinq auteurs repêchés ou le premier recueil de poésie du comédien et cinéaste Robin Aubert, Entre la ville et l’écorce.
Nous avons décidé de gâter nos fidèles lecteurs, en leur offrant deux cadeaux. Vous pourrez ainsi lire dans ce numéro une entrevue avec la romancière Claire Dé, qui revient sur la publication de son premier titre, il y a 30 ans déjà, en 1981. « Une première publication, c’est aussi une espèce d’accomplissement qui n’est pas une fin, mais un début; le début d’un échange », confie l’auteure, qui a lancé à l’automne le recueil de nouvelles Hôtel Septième-ciel et autres histoires. Enfin, nous vous invitons à découvrir sur notre page Facebook, dès le 8 du mois, notre prochaine recrue. Quelques curieux – avec raison – nous en font la demande et nous les avons volontiers écoutés. Notre webzine est également votre webzine.
Que la lecture continue de faire partie de votre quotidien en 2012! Merci de continuer à croire en notre littérature!
Quatre collaborateurs ont lu ce mois-ci L’amour des maîtres de Mélissa Grégoire, roman initiatique qui refuse toute facilité et se veut un hommage à la littérature et à la transmission du savoir. Je ne saurais trop vous recommander de vous pencher sur le questionnaire de notre auteure. Elle y dit notamment : « La vague du romanesque (dépaysement culturel, spatial, temporel, etc.) qui souffle actuellement sur le Québec et qui fait qu’une jeune écrivaine d’ici décide d’enraciner son personnage dans l’horreur des goulags trahit, selon moi, une difficulté d’assumer ce « je ». C’est symptomatique non seulement d’un malaise identitaire, mais aussi du malentendu qui subsiste en littérature (l’écrivain n’a de mérite que s’il réussit à s’abstraire de sa propre histoire). »
Vous aimerez également découvrir un de nos cinq auteurs repêchés ou le premier recueil de poésie du comédien et cinéaste Robin Aubert, Entre la ville et l’écorce.
Nous avons décidé de gâter nos fidèles lecteurs, en leur offrant deux cadeaux. Vous pourrez ainsi lire dans ce numéro une entrevue avec la romancière Claire Dé, qui revient sur la publication de son premier titre, il y a 30 ans déjà, en 1981. « Une première publication, c’est aussi une espèce d’accomplissement qui n’est pas une fin, mais un début; le début d’un échange », confie l’auteure, qui a lancé à l’automne le recueil de nouvelles Hôtel Septième-ciel et autres histoires. Enfin, nous vous invitons à découvrir sur notre page Facebook, dès le 8 du mois, notre prochaine recrue. Quelques curieux – avec raison – nous en font la demande et nous les avons volontiers écoutés. Notre webzine est également votre webzine.
Que la lecture continue de faire partie de votre quotidien en 2012! Merci de continuer à croire en notre littérature!
lundi 21 novembre 2011
Le Noël de Fred Pellerin
À première vue, les univers de Fred Pellerin et de l’Orchestre symphonique de Montréal peuvent sembler à des lieues de distance. Et pourtant, quand on y regarde de plus près, on réalise que, au fond, le conteur et l’Orchestre mènent un même combat : celui d’inscrire la tradition dans une certaine modernité. Alors que Pellerin dépoussière des histoires séculaires, transmises au coin du feu, puis les partagent avec des publics québécois et européens comblés, le directeur musical de l’OSM Kent Nagano propose, concert après concert, une nouvelle façon d’ancrer le répertoire symphonique dans le monde d’aujourd’hui. Après tout, réfléchir à la tradition ne veut pas dire regarder vers l’arrière.
Une chimie étonnante s’est d’ailleurs développée presque instantanément entre les principaux intéressés et, dès la saison dernière, des ponts avaient été lancés. L’horaire de Fred Pellerin étant déjà surchargé, il avait dû décliner à regret la proposition. Une fois encore, Kent Nagano a renouvelé son invitation et, cette fois, le jongleur de mots a foncé, après avoir reçu l’assurance que spontanéité et improvisation ne seraient pas évacuées du processus créatif. « Ce conte symphonique me donne le vertige, je ne connaissais pas la musique classique, expliquait Fred Pellerin à l’hebdomadaire Voir. On a des meetings de 3 ou 4 heures, Kent Nagano et moi. Je lui ai présenté Tex Lecor, il m’a présenté Bach… J’aime apprendre. »
L’idée d’une boîte à musique qui jouerait du Schubert a servi de point de départ au conte La tuque en mousse de nombril. Se sont alors greffés naturellement aux mots des œuvres associées au temps des fêtes dont le Casse-noisette de Tchaïkovski et l’ouverture d’Hansel et Gretel d’Humperdinck, mais aussi des pages de Ravel, Adams et une commande de matériel original au compositeur québécois Julien Bilodeau, dont on a pu entendre Qu'un cri élève nos chants lors du concert d’inauguration de la Maison symphonique de Montréal en septembre dernier. « C’est magique de vivre ça pour un conteux d'histoires de village, résumait Pellerin au journaliste de La Presse. Nagano a l'ampleur qui permet de rêver. Il veut réinventer une tradition et souhaite que ça dure plusieurs années. »
Entendu pour la première fois le 23 décembre 1893 à Weimar sous la direction de Richard Strauss, l’opéra Hansel et Gretel d’Engelbert Humperdinck (1854-1921) est basé sur un livret signé par la sœur du compositeur, pensé comme cadeau de Noël pour ses enfants, qui reprend les grandes lignes du populaire conte recueilli par les frères Grimm. Cette œuvre lyrique demeure remarquable pour la maestria avec laquelle Humperdinck tisse ensemble des thèmes inspirés du folklore et une orchestration digne de son maître, Wagner.
En 1823, Franz Schubert (1897-1828) reçoit une commande pour écrire la musique de scène qui accompagnerait une nouvelle pièce en quatre actes d’Helmina von Chézy, qui serait donnée au prestigieux Theater an der Wien. Rosamunde, princesse de Chypre se révélerait un véritable four et quitterait l’affiche après seulement deux représentations, mais les dix numéros de Schubert (dont quatre chantés) devait connaître un sort bien plus enviable. Le troisième entracte reste certainement la page la plus populaire de la partition et son thème sera repris dans deux compositions ultérieures de Schubert.
En 1829, au sommet de sa gloire, Gioachino Rossini (1792-1868) décide de se retirer du monde musical presque entièrement, après avoir présenté à Paris Guillaume Tell, son ultime et plus imposant opéra. Compte-rendu historique des hauts faits du patriote suisse du XIVe siècle, l’œuvre se révèle unique dans la production du compositeur et cela se reflète également dans l’ouverture, de proportions épiques. Elle exprime en musique les rumeurs de la forêt, les murmures du lac, des bruits de tempête, mais surtout une magistrale cavalcade, chevauchée reprise depuis l’avènement du cinéma à de nombreuses reprises.
Première pièce emblématique de John Adams (né en 1947), écrite en 1978 pour septuor à cordes, Shaker Loops se veut un écho au travail sur les boucles (loops) de Steve Reich, l’un des papes du minimalisme américain. Ce matériau mélodique de longueurs différentes permet, une fois superposé, une écoute en perpétuelle mutation. L’œuvre joue essentiellement avec l’idée du shake, déplacement rapide et rythmé de l’archet sur les cordes, mais évoque également une colonie défunte de Shakers, près de Canterbury au New Hampshire, située à quelques kilomètres de la résidence familiale d’Adams enfant. Le dernier mouvement, entendu en partie ici, représente, selon les termes du compositeur, « la danse finale des archets sur les cordes qui se termine par les quatre voix aigües qui se bercent tranquillement sur les harmoniques naturelles de leurs cordes pendant que les violoncelles et les contrebasses produisent un point d'orgue apaisé ».
Inspirée des contes de Charles Perrault, de Marie-Catherine, comtesse d’Aulnoye et de Marie Leprince de Beaumont, Ma Mère l’Oye de Maurice Ravel (1875-1937) a d’abord vu le jour dans sa version pour piano quatre mains, écrite pour Jean et Marie, les enfants de ses amis Godebski, en 1910. L’année suivante, l’auteur en réalise l’orchestration et étoffe son canevas original de numéros supplémentaires. « Le jardin féerique » clôt la suite. Le soleil se lève, les oiseaux font retentir leur chant. Le prince charmant entre dans le jardin, guidé par l’Amour, sur une valse lente. Il trouve la belle au bois dormant et la réveille d’un baiser au lever du jour. Tous les personnages des tableaux précédents viennent les rejoindre « et ils vécurent heureux jusqu’à la fin des temps ».
Mélodiste exceptionnel et orchestrateur brillant, Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) possédait un sens inné du détail, forces qui lui permirent de s’affirmer comme l’un des plus remarquables compositeurs de musique de ballet. Alors que celle-ci se voulait souvent un ramassis de chansons populaires assaisonnées à la sauce orchestrale, pour Tchaïkovski, elle devient source d’inspiration. Il ébauche une série de mélodies charmantes, exprimant états d’esprit et sentiments des protagonistes, et les habille de partitions riches, à la vie propre, qui transformeront à jamais le genre.
Tchaïkovski n’avait pas débordé d’enthousiasme à l’idée d’adapter Casse-noisette, conte d’E.T.A. Hoffmann, soutenant que le sujet, trop sombre, ne se prêtait pas à une représentation scénique. Créé le 18 décembre 1892 au théâtre Mariinski – résidence de la déjà célèbre troupe du Kirov –, le ballet a laissé la critique fort mitigée, mais sa popularité en Russie s’est révélée immédiate. Pourquoi l’œuvre séduit-elle d’emblée? Les mélodies charmantes hantent la mémoire des jours durant et il faut également considérer les textures et couleurs orchestrales parfaitement maîtrisées. Peut-être est-ce aussi parce que, chaque Noël, cette page remplit nos vies d’une magie essentielle qui, trop souvent, nous échappe...
Concert OSM 16 et 17 décembre
Une chimie étonnante s’est d’ailleurs développée presque instantanément entre les principaux intéressés et, dès la saison dernière, des ponts avaient été lancés. L’horaire de Fred Pellerin étant déjà surchargé, il avait dû décliner à regret la proposition. Une fois encore, Kent Nagano a renouvelé son invitation et, cette fois, le jongleur de mots a foncé, après avoir reçu l’assurance que spontanéité et improvisation ne seraient pas évacuées du processus créatif. « Ce conte symphonique me donne le vertige, je ne connaissais pas la musique classique, expliquait Fred Pellerin à l’hebdomadaire Voir. On a des meetings de 3 ou 4 heures, Kent Nagano et moi. Je lui ai présenté Tex Lecor, il m’a présenté Bach… J’aime apprendre. »
L’idée d’une boîte à musique qui jouerait du Schubert a servi de point de départ au conte La tuque en mousse de nombril. Se sont alors greffés naturellement aux mots des œuvres associées au temps des fêtes dont le Casse-noisette de Tchaïkovski et l’ouverture d’Hansel et Gretel d’Humperdinck, mais aussi des pages de Ravel, Adams et une commande de matériel original au compositeur québécois Julien Bilodeau, dont on a pu entendre Qu'un cri élève nos chants lors du concert d’inauguration de la Maison symphonique de Montréal en septembre dernier. « C’est magique de vivre ça pour un conteux d'histoires de village, résumait Pellerin au journaliste de La Presse. Nagano a l'ampleur qui permet de rêver. Il veut réinventer une tradition et souhaite que ça dure plusieurs années. »
Entendu pour la première fois le 23 décembre 1893 à Weimar sous la direction de Richard Strauss, l’opéra Hansel et Gretel d’Engelbert Humperdinck (1854-1921) est basé sur un livret signé par la sœur du compositeur, pensé comme cadeau de Noël pour ses enfants, qui reprend les grandes lignes du populaire conte recueilli par les frères Grimm. Cette œuvre lyrique demeure remarquable pour la maestria avec laquelle Humperdinck tisse ensemble des thèmes inspirés du folklore et une orchestration digne de son maître, Wagner.
En 1823, Franz Schubert (1897-1828) reçoit une commande pour écrire la musique de scène qui accompagnerait une nouvelle pièce en quatre actes d’Helmina von Chézy, qui serait donnée au prestigieux Theater an der Wien. Rosamunde, princesse de Chypre se révélerait un véritable four et quitterait l’affiche après seulement deux représentations, mais les dix numéros de Schubert (dont quatre chantés) devait connaître un sort bien plus enviable. Le troisième entracte reste certainement la page la plus populaire de la partition et son thème sera repris dans deux compositions ultérieures de Schubert.
En 1829, au sommet de sa gloire, Gioachino Rossini (1792-1868) décide de se retirer du monde musical presque entièrement, après avoir présenté à Paris Guillaume Tell, son ultime et plus imposant opéra. Compte-rendu historique des hauts faits du patriote suisse du XIVe siècle, l’œuvre se révèle unique dans la production du compositeur et cela se reflète également dans l’ouverture, de proportions épiques. Elle exprime en musique les rumeurs de la forêt, les murmures du lac, des bruits de tempête, mais surtout une magistrale cavalcade, chevauchée reprise depuis l’avènement du cinéma à de nombreuses reprises.
Première pièce emblématique de John Adams (né en 1947), écrite en 1978 pour septuor à cordes, Shaker Loops se veut un écho au travail sur les boucles (loops) de Steve Reich, l’un des papes du minimalisme américain. Ce matériau mélodique de longueurs différentes permet, une fois superposé, une écoute en perpétuelle mutation. L’œuvre joue essentiellement avec l’idée du shake, déplacement rapide et rythmé de l’archet sur les cordes, mais évoque également une colonie défunte de Shakers, près de Canterbury au New Hampshire, située à quelques kilomètres de la résidence familiale d’Adams enfant. Le dernier mouvement, entendu en partie ici, représente, selon les termes du compositeur, « la danse finale des archets sur les cordes qui se termine par les quatre voix aigües qui se bercent tranquillement sur les harmoniques naturelles de leurs cordes pendant que les violoncelles et les contrebasses produisent un point d'orgue apaisé ».
Inspirée des contes de Charles Perrault, de Marie-Catherine, comtesse d’Aulnoye et de Marie Leprince de Beaumont, Ma Mère l’Oye de Maurice Ravel (1875-1937) a d’abord vu le jour dans sa version pour piano quatre mains, écrite pour Jean et Marie, les enfants de ses amis Godebski, en 1910. L’année suivante, l’auteur en réalise l’orchestration et étoffe son canevas original de numéros supplémentaires. « Le jardin féerique » clôt la suite. Le soleil se lève, les oiseaux font retentir leur chant. Le prince charmant entre dans le jardin, guidé par l’Amour, sur une valse lente. Il trouve la belle au bois dormant et la réveille d’un baiser au lever du jour. Tous les personnages des tableaux précédents viennent les rejoindre « et ils vécurent heureux jusqu’à la fin des temps ».
Mélodiste exceptionnel et orchestrateur brillant, Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) possédait un sens inné du détail, forces qui lui permirent de s’affirmer comme l’un des plus remarquables compositeurs de musique de ballet. Alors que celle-ci se voulait souvent un ramassis de chansons populaires assaisonnées à la sauce orchestrale, pour Tchaïkovski, elle devient source d’inspiration. Il ébauche une série de mélodies charmantes, exprimant états d’esprit et sentiments des protagonistes, et les habille de partitions riches, à la vie propre, qui transformeront à jamais le genre.
Tchaïkovski n’avait pas débordé d’enthousiasme à l’idée d’adapter Casse-noisette, conte d’E.T.A. Hoffmann, soutenant que le sujet, trop sombre, ne se prêtait pas à une représentation scénique. Créé le 18 décembre 1892 au théâtre Mariinski – résidence de la déjà célèbre troupe du Kirov –, le ballet a laissé la critique fort mitigée, mais sa popularité en Russie s’est révélée immédiate. Pourquoi l’œuvre séduit-elle d’emblée? Les mélodies charmantes hantent la mémoire des jours durant et il faut également considérer les textures et couleurs orchestrales parfaitement maîtrisées. Peut-être est-ce aussi parce que, chaque Noël, cette page remplit nos vies d’une magie essentielle qui, trop souvent, nous échappe...
Concert OSM 16 et 17 décembre
Les mille couleurs de Montréal
Il y a deux ans déjà, des yeux incrédules se tournaient vers Haïti, secouée par un puissant séisme. Nombre de personnes s’étaient alors mobilisées afin de venir en aide à cette communauté qui, au fil des ans, s’est liée tout naturellement au tissu de notre ville. Souhaitant rendre hommage au courage de ce peuple, l’Orchestre métropolitain propose un programme célébrant la diversité, la solidarité et la fraternité. Après tout, lorsque l’on cherche à gommer les différences, s’élever vers de nouvelles sphères, quelle meilleure façon d’y accéder qu’en privilégiant la musique, langage universel?
L’Orchestre métropolitain a choisi d’abolir les frontières et interprétera Baron Lacroix, de la pianiste et compositrice haïtienne Carmen Brouard, installée ici, inspirée de l’œuvre du dramaturge Franck Fouché. Montréal la cosmopolite sera également partie intégrante d’une création d’Aïrat Ichmouratov , qui dirigera l’Orchestre, en plus de se joindre à ses complices de Kletzory dans quelques airs klezmer. Heartland, pour erhu et orchestre, de Mark Armanini et Dremlen Feygl Oyf Di Tsvavygn de Jérôme Blais, inspirée du folklore yiddish, complètent cette soirée haute en couleurs. Et si la musique pouvait changer le monde?
Magazine Place des Arts, janvier-février 2012
L’Orchestre métropolitain a choisi d’abolir les frontières et interprétera Baron Lacroix, de la pianiste et compositrice haïtienne Carmen Brouard, installée ici, inspirée de l’œuvre du dramaturge Franck Fouché. Montréal la cosmopolite sera également partie intégrante d’une création d’Aïrat Ichmouratov , qui dirigera l’Orchestre, en plus de se joindre à ses complices de Kletzory dans quelques airs klezmer. Heartland, pour erhu et orchestre, de Mark Armanini et Dremlen Feygl Oyf Di Tsvavygn de Jérôme Blais, inspirée du folklore yiddish, complètent cette soirée haute en couleurs. Et si la musique pouvait changer le monde?
Magazine Place des Arts, janvier-février 2012
jeudi 17 novembre 2011
Noël BMO
Selon la légende, Saint-François-d'Assise (1181-1226) aurait été le premier à oser unir les chants de Noël aux offices religieux. En ayant l’idée de représenter de façon concrète, grâce à une crèche, la merveilleuse histoire de la Nativité, il réconcilie adroitement l’Église et les traditions populaires. Au fil des siècles, certains cantiques deviendront des incontournables, dont Adeste fideles, Ça bergers, assemblons-nous, Amazing Grace, Joy to the World et Sainte Nuit (Stille Nacht, heilige Nacht) de Franz Xaver Gruber, dont il existerait des centaines de traductions. Il aurait été écrit en 1816 par Joseph Mohr, un prêtre des Alpes autrichiennes, qui décida de partager son texte avec l’organiste Franz Xaver Gruber deux ans plus tard. Une hypothèse veut que l’orgue de l’église de Saint-Nicolas d’Oberndorf n’étant plus en état, Mohr ait alors demandé un chant destiné à être accompagné à la guitare.
Au fil des ans, de nouveaux classiques se sont joints aux chants séculaires dont Jesu Bambino, composé par Pietro Yon en 1917, dérivé en partie d’Adeste fideles. Au Québec tout particulièrement, Minuit, chrétiens reste peut-être l’air le plus associé à la traditionnelle messe de minuit. Le texte de Placide Cappeau aurait été mis en musique par Adolphe Adam en 1847 (à qui l’on doit également le ballet Gisèle et une quarantaine d’opéras-comiques). Créé par Emily Laurey, épouse du parolier, dans la petite église de Roquemaure, le cantique devait connaître un succès instantané, qui ne s’est jamais démenti.
L’œuvre abondante d’Émile Waldteufel (1837-1915), surnommé le « Strauss français », pianiste-compositeur attitré de l’impératrice Eugénie et directeur de la musique de danse de la cour impériale de Napoléon III, comprend des mélodies et de nombreuses musiques de danse, dont la célèbre Valse des patineurs.
Gilles Bellemare (né à Shawinigan en 1952) a amorcé ses études musicales en percussion, en écriture musicale et en composition à Trois-Rivières, avant de se perfectionner à la Hochschule für Musik und Darstellende Kunst de Vienne et à l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia, à Rome. Directeur artistique et chef attitré de l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières pendant plus de 27 ans, il a reçu en 2004 le Prix Opus de directeur artistique de l’année. La composition occupe une part aussi importante de son quotidien. (Il est d’ailleurs responsable des classes d’écriture musicale et de direction d’orchestre au Conservatoire de musique de Trois-Rivières depuis 1984). Si on lui doit récemment nombre d’orchestrations des œuvres d’André Mathieu, il a également signé Non piu di trenta pour orchestre (1979) et Zones pour huit instruments (1980) créées par I Solisti di Roma, Trois chansons pour Radegonde (1981) sur des textes d'Antonine Maillet, Argutie pour six instruments (1982) commandée par l'ensemble de musique nouvelle d'Autriche et Au pays des densités perdues (1988). Réjouissances, une commande de l’OSM, créée l’année dernière, est basée sur des airs traditionnels québécois, certains provenant de la Nouvelle-France et d'autres plus contemporains. On y retrouve notamment le Reel de Sherbrooke et des chansons de La Bolduc.
Au fil des ans, de nouveaux classiques se sont joints aux chants séculaires dont Jesu Bambino, composé par Pietro Yon en 1917, dérivé en partie d’Adeste fideles. Au Québec tout particulièrement, Minuit, chrétiens reste peut-être l’air le plus associé à la traditionnelle messe de minuit. Le texte de Placide Cappeau aurait été mis en musique par Adolphe Adam en 1847 (à qui l’on doit également le ballet Gisèle et une quarantaine d’opéras-comiques). Créé par Emily Laurey, épouse du parolier, dans la petite église de Roquemaure, le cantique devait connaître un succès instantané, qui ne s’est jamais démenti.
Entendu pour la première fois le 23 décembre 1893 à
Weimar sous la direction de Richard Strauss, l’opéra Hansel et Gretel
d’Engelbert Humperdinck (1854-1921) est basé sur un livret signé par la
sœur du compositeur, pensécomme cadeau de Noël pour ses enfants, qui reprend
les grandes lignes du populaire conte recueilli par les frères Grimm. Cette
œuvre lyrique reste particulièrement remarquable pour la maestria avec laquelle
Humperdinck tisse ensemble des thèmes inspirés de la musique folklorique et une
orchestration digne de son maître, Wagner.
Les
compositions évoquant les visages changeants des saisons demeuraient
particulièrement populaires à l’époque baroque, mais nul peut-être mieux qu’Antonio Vivaldi (1678-1741) et ses Quatre Saisons n’a su les peindre
avec autant de vivacité. Dans « L’Hiver »,
il représente les claquements de dents (à travers certaines dissonances), le
piétinement des pieds chaussés de bottes, le réconfort d’un feu de foyer et une
violente tempête de neige (soulignée par les traits de gamme rapides). Un
tendre zéphyr fait un bref retour, bientôt balayé par les vents d’hivers, plus
rudes et féroces que jamais.
Gilles Bellemare (né à Shawinigan en 1952) a amorcé ses études musicales en percussion, en écriture musicale et en composition à Trois-Rivières, avant de se perfectionner à la Hochschule für Musik und Darstellende Kunst de Vienne et à l’Accademia Nazionale di Santa Cecilia, à Rome. Directeur artistique et chef attitré de l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières pendant plus de 27 ans, il a reçu en 2004 le Prix Opus de directeur artistique de l’année. La composition occupe une part aussi importante de son quotidien. (Il est d’ailleurs responsable des classes d’écriture musicale et de direction d’orchestre au Conservatoire de musique de Trois-Rivières depuis 1984). Si on lui doit récemment nombre d’orchestrations des œuvres d’André Mathieu, il a également signé Non piu di trenta pour orchestre (1979) et Zones pour huit instruments (1980) créées par I Solisti di Roma, Trois chansons pour Radegonde (1981) sur des textes d'Antonine Maillet, Argutie pour six instruments (1982) commandée par l'ensemble de musique nouvelle d'Autriche et Au pays des densités perdues (1988). Réjouissances, une commande de l’OSM, créée l’année dernière, est basée sur des airs traditionnels québécois, certains provenant de la Nouvelle-France et d'autres plus contemporains. On y retrouve notamment le Reel de Sherbrooke et des chansons de La Bolduc.
Concert privé BMO de l'OSM
mardi 15 novembre 2011
Édito novembre La Recrue du mois
Novembre, mois morose? Pas pour La Recrue du mois! La
nuit tombe à 17 h? Tant mieux! Cela permet de passer la soirée avec un
livre sans culpabilité et nous avons nombre de titres intéressants pour
vous ce mois-ci!
Baldam l’improbable, notre Recrue, nous propose une incursion dans un univers décalé, pourtant simple projection de celui dans lequel nous vivons aujourd’hui. Baldam, « répondant universel », « trop médiocre pour se découvrir exceptionnel », espère accéder au Club des 5000, une vision magnifiée des fameuses 15 minutes de gloire proclamées par Andy Warhol. Grâce à une langue décapante et une maîtrise certaine de la formule, Carle Coppens signe ici un premier roman foncièrement original, qui n’a laissé aucun de nos chroniqueurs indifférent.
Le vent souffle certes, mais il se veut vent de renouveau, alors que deux autres plumes se joignent à l’équipe. Rachel Bergeron-Carrière a lu pour nous Thure de Thierry Leuzy, « histoire multigénérationnelle d’une famille à l’héritage où le sang coule; dans les cœurs qui pompent fort et dans les plaies qui coupent le souffle ». Christine Champagne, qui a animé pendant plusieurs années des émissions littéraires centrées sur les auteurs d’ici, a dévoré trois titres diamétralement opposés. Le carnet maudit d’Elie Hanson, conçu pour les fervents de littérature fantastique, n’a en effet que bien peu à voir avec La juche de Geneviève Jannelle, « qui plaira à toutes celles qui aiment se jucher sur des talons hauts » ou Dans la lenteur des nuits de Katia Lemieux, récit sensuel et poétique d’une passion qui balaiera tout sur son passage.
Notre section « repêchage » des plus étoffées (sept titres!) vous permettra également de découvrir Les jours qui penchent de Mylène Benoit, conte contemporain atmosphérique, et Mon amoureux est une maison d’automne, premier roman de la chanteuse Mara Tremblay, qui aborde de front plusieurs sujets tabous.
En terminant, l’automne se veut synonyme de remise de prix et Philippe a donc lu La main d’Iman de Ryad Assani-Razaki, Prix Robert-Cliche 2011, portrait réussi d’une Afrique en quête d’identité, qui parvient à nous faire oublier certains cafouillages récents.
À vos marques, prêts… lisez!
Baldam l’improbable, notre Recrue, nous propose une incursion dans un univers décalé, pourtant simple projection de celui dans lequel nous vivons aujourd’hui. Baldam, « répondant universel », « trop médiocre pour se découvrir exceptionnel », espère accéder au Club des 5000, une vision magnifiée des fameuses 15 minutes de gloire proclamées par Andy Warhol. Grâce à une langue décapante et une maîtrise certaine de la formule, Carle Coppens signe ici un premier roman foncièrement original, qui n’a laissé aucun de nos chroniqueurs indifférent.
Le vent souffle certes, mais il se veut vent de renouveau, alors que deux autres plumes se joignent à l’équipe. Rachel Bergeron-Carrière a lu pour nous Thure de Thierry Leuzy, « histoire multigénérationnelle d’une famille à l’héritage où le sang coule; dans les cœurs qui pompent fort et dans les plaies qui coupent le souffle ». Christine Champagne, qui a animé pendant plusieurs années des émissions littéraires centrées sur les auteurs d’ici, a dévoré trois titres diamétralement opposés. Le carnet maudit d’Elie Hanson, conçu pour les fervents de littérature fantastique, n’a en effet que bien peu à voir avec La juche de Geneviève Jannelle, « qui plaira à toutes celles qui aiment se jucher sur des talons hauts » ou Dans la lenteur des nuits de Katia Lemieux, récit sensuel et poétique d’une passion qui balaiera tout sur son passage.
Notre section « repêchage » des plus étoffées (sept titres!) vous permettra également de découvrir Les jours qui penchent de Mylène Benoit, conte contemporain atmosphérique, et Mon amoureux est une maison d’automne, premier roman de la chanteuse Mara Tremblay, qui aborde de front plusieurs sujets tabous.
En terminant, l’automne se veut synonyme de remise de prix et Philippe a donc lu La main d’Iman de Ryad Assani-Razaki, Prix Robert-Cliche 2011, portrait réussi d’une Afrique en quête d’identité, qui parvient à nous faire oublier certains cafouillages récents.
À vos marques, prêts… lisez!
jeudi 10 novembre 2011
Steve Reich : la répétition sans redite
La Monte Young l’aurait initié, Terry Riley (avec son In C) en a assuré les bases, Philip Glass se l’est réapproprié, mais plusieurs considèrent Steve Reich comme le plus important représentant du minimalisme américain.
« Ma génération n’en est pas une de révolution, mais de restauration de la normalité, pendant laquelle des sources populaires ont été réintégrées aux sources classiques et la musique classique – celle que j’écrivais, que Glass écrivait, que Terry Riley écrivait – devenait intéressante pour les musiciens populaires », explique d’emblée Steve Reich, sa légendaire casquette sur la tête, dans le cadre d’une entrevue accordée lors du Domaine privé qui lui a été consacré à la Cité de la musique de Paris du 11 au 18 octobre dernier, afin de souligner son 75e anniversaire.
Né le 3 octobre 1936 à New York, Steve Reich étudie le piano avant de se tourner vers la percussion après avoir entendu le batteur Kenny Clarke accompagner Miles Davis. Il fait des études universitaires en philosophie à Cornell, approfondit ses connaissances de l’histoire de la musique, puis se consacre à la composition avec le jazzman Hall Overton, William Bergsma et Vincent Persichetti à la Juilliard School, institution que fréquente également à l’époque Philip Glass. Il retrouve ensuite la Californie et travaille avec Darius Milhaud et Luciano Berio. Il rejette le sérialisme, mais reste proche du jazz modal de John Coltrane, et découvre les percussions et les rythmes africains qui deviendront l’essence même de son écriture rythmique par cellules. Il se laisse renverser par la vague psychédélique, le rock, et adopte une approche non dépourvue de références tonales.
Quand il évoque ses années d’études, Reich rappelle qu’un jeune compositeur devait alors impérativement maîtriser l’écriture sérielle s’il souhaitait être considéré par ses pairs. « Je porte un respect plus grand à Webern qu’à Schoenberg, souligne Reich, parce que ce dernier ne comprenait pas que Webern écrivait de la musique contrapuntique. Il pensait qu’il écrivait de la musique romantique avec des séries. Mais le pouvoir politique d’alors qui exigeait que vous écriviez de cette façon était très puissant dans le milieu académique et un peu partout dans le monde de la musique. Ma génération a tiré un trait sur tout cela. »
Cette tabula rasa, Steve Reich l’a atteinte notamment en privilégiant l’utilisation de la répétition, geste qui lui permet de réaliser la « musique comme processus graduel ». Dans un texte paru en 1968, il précise déjà son approche. « Ce qui distingue les processus musicaux est la façon dont ils déterminent de façon simultanée les détails du note à note (son à son) et de la grande forme. Je m’intéresse aux processus perceptibles. Je veux pouvoir entendre le processus tout au long de l’écoute. Pour favoriser une écoute attentive et détaillée, le processus musical devrait se produire de façon extrêmement graduelle. »
Contrairement à Cage qui utilise des processus aléatoires pour influer sur le cours du récit, Reich opte le plus souvent pour une recherche collective, rituel libérateur qui permet de multiples combinaisons de phrases musicales, dont il extraira la matière finale.
« Ce qui m’intéresse est que le processus compositionnel et l’écoute de la musique ne fassent qu’un. L’utilisation de procédés structurels musicaux cachés ne m’a jamais attiré. Même quand toutes les cartes sont sur la table et que tous peuvent entendre ce qui se produit dans le processus musical, il reste suffisamment de mystères pour satisfaire tout le monde. Ces mystères sont les dérivés psychoacoustiques impersonnels et involontaires du processus projeté. On peut y retrouver des sous-mélodies entendues à l’intérieur des dessins mélodiques, des effets stéréophoniques liés à la position de l’auditeur, de légères irrégularités dans l’interprétation, les harmoniques, les différents timbres, etc. »
Au fil des ans, son langage musical a évolué, mais il privilégie les petits ensembles. Si aujourd’hui il compose peu, ses œuvres sont jouées partout dans le monde et ont même servi de matériau à des DJ de la scène électro.
It’s Gonna Rain (1965) a été conçue autour d’un motif répétitif et de boucles de bandes enregistrées et joue essentiellement sur l’opposition entre la voix humaine et les sons électroniques.
Music for 18 Musicians (1976) est basée sur onze accords fondamentaux servant de piliers à l’œuvre entière. Pendant la période de gestation de cette pièce, Reich étudiait le gamelan balinais.
Different Trains (1988) superpose les voix de conducteurs de trains Pullmann à celles des survivants de la Shoah, sur un accompagnement de quatuor à cordes, le rêve américain se mêlant à l’horreur de la guerre.
City Life (1995) a été élaborée autour des bruits de la ville de New York et reste l’une des œuvres les plus connues du compositeur.
Double Sextet (2007) a obtenu le prix Pulitzer. Écrite pour deux sextuors identiques qui entrelacent leurs motifs, elle est considérée par le compositeur comme l’une de ses œuvres les plus achevées.
9/11 (2011) a déjà fait couler beaucoup d’encre, notamment à cause de sa pochette qui a dû être modifiée. Écrite pour trois quatuors à cordes (un en direct et deux enregistrés) et voix enregistrées, elle se veut plus dissonante.
La Scena Musicale, décembre 2011
« Ma génération n’en est pas une de révolution, mais de restauration de la normalité, pendant laquelle des sources populaires ont été réintégrées aux sources classiques et la musique classique – celle que j’écrivais, que Glass écrivait, que Terry Riley écrivait – devenait intéressante pour les musiciens populaires », explique d’emblée Steve Reich, sa légendaire casquette sur la tête, dans le cadre d’une entrevue accordée lors du Domaine privé qui lui a été consacré à la Cité de la musique de Paris du 11 au 18 octobre dernier, afin de souligner son 75e anniversaire.
Né le 3 octobre 1936 à New York, Steve Reich étudie le piano avant de se tourner vers la percussion après avoir entendu le batteur Kenny Clarke accompagner Miles Davis. Il fait des études universitaires en philosophie à Cornell, approfondit ses connaissances de l’histoire de la musique, puis se consacre à la composition avec le jazzman Hall Overton, William Bergsma et Vincent Persichetti à la Juilliard School, institution que fréquente également à l’époque Philip Glass. Il retrouve ensuite la Californie et travaille avec Darius Milhaud et Luciano Berio. Il rejette le sérialisme, mais reste proche du jazz modal de John Coltrane, et découvre les percussions et les rythmes africains qui deviendront l’essence même de son écriture rythmique par cellules. Il se laisse renverser par la vague psychédélique, le rock, et adopte une approche non dépourvue de références tonales.
Quand il évoque ses années d’études, Reich rappelle qu’un jeune compositeur devait alors impérativement maîtriser l’écriture sérielle s’il souhaitait être considéré par ses pairs. « Je porte un respect plus grand à Webern qu’à Schoenberg, souligne Reich, parce que ce dernier ne comprenait pas que Webern écrivait de la musique contrapuntique. Il pensait qu’il écrivait de la musique romantique avec des séries. Mais le pouvoir politique d’alors qui exigeait que vous écriviez de cette façon était très puissant dans le milieu académique et un peu partout dans le monde de la musique. Ma génération a tiré un trait sur tout cela. »
Cette tabula rasa, Steve Reich l’a atteinte notamment en privilégiant l’utilisation de la répétition, geste qui lui permet de réaliser la « musique comme processus graduel ». Dans un texte paru en 1968, il précise déjà son approche. « Ce qui distingue les processus musicaux est la façon dont ils déterminent de façon simultanée les détails du note à note (son à son) et de la grande forme. Je m’intéresse aux processus perceptibles. Je veux pouvoir entendre le processus tout au long de l’écoute. Pour favoriser une écoute attentive et détaillée, le processus musical devrait se produire de façon extrêmement graduelle. »
Contrairement à Cage qui utilise des processus aléatoires pour influer sur le cours du récit, Reich opte le plus souvent pour une recherche collective, rituel libérateur qui permet de multiples combinaisons de phrases musicales, dont il extraira la matière finale.
« Ce qui m’intéresse est que le processus compositionnel et l’écoute de la musique ne fassent qu’un. L’utilisation de procédés structurels musicaux cachés ne m’a jamais attiré. Même quand toutes les cartes sont sur la table et que tous peuvent entendre ce qui se produit dans le processus musical, il reste suffisamment de mystères pour satisfaire tout le monde. Ces mystères sont les dérivés psychoacoustiques impersonnels et involontaires du processus projeté. On peut y retrouver des sous-mélodies entendues à l’intérieur des dessins mélodiques, des effets stéréophoniques liés à la position de l’auditeur, de légères irrégularités dans l’interprétation, les harmoniques, les différents timbres, etc. »
Au fil des ans, son langage musical a évolué, mais il privilégie les petits ensembles. Si aujourd’hui il compose peu, ses œuvres sont jouées partout dans le monde et ont même servi de matériau à des DJ de la scène électro.
Steve Reich en quelques œuvres-clés
It’s Gonna Rain (1965) a été conçue autour d’un motif répétitif et de boucles de bandes enregistrées et joue essentiellement sur l’opposition entre la voix humaine et les sons électroniques.
Music for 18 Musicians (1976) est basée sur onze accords fondamentaux servant de piliers à l’œuvre entière. Pendant la période de gestation de cette pièce, Reich étudiait le gamelan balinais.
Different Trains (1988) superpose les voix de conducteurs de trains Pullmann à celles des survivants de la Shoah, sur un accompagnement de quatuor à cordes, le rêve américain se mêlant à l’horreur de la guerre.
City Life (1995) a été élaborée autour des bruits de la ville de New York et reste l’une des œuvres les plus connues du compositeur.
Double Sextet (2007) a obtenu le prix Pulitzer. Écrite pour deux sextuors identiques qui entrelacent leurs motifs, elle est considérée par le compositeur comme l’une de ses œuvres les plus achevées.
La Scena Musicale, décembre 2011
Inscription à :
Articles (Atom)
