Le
programme d’aujourd’hui comprend trois œuvres parmi les plus aimées du
répertoire. L’Apprenti sorcier de
Dukas fait partie de notre imaginaire collectif, tant par sa force descriptive que
par l’adaptation qu’en a tirée en 1940 Walt Disney, Mickey devant se battre
contre des balais qu’il a lui-même ensorcelés. Le Deuxième Concerto pour piano de Rachmaninov s’est rapidement
imposé dans les salles de concert avant de s’immiscer dans la culture
populaire, que ce soit dans le roman La
Chute d’Hypérion de Dan Simmons, dans les chansons All by Myself d’Eric Carmen (succès repris par Céline Dion) et Life on Mars? de David Bowie, inspirées
de son deuxième mouvement, ou encore Full
Moon and Empty Arms de Frank Sinatra, tirée de l’Allegro scherzando. On entend également la pièce dans plusieurs
films, dont The Seven-Year Itch (Sept
ans de réflexion) de Billy Wilder et Partir, revenir de Claude Lelouch, dans
lequel il sert de trame. Même si elle devait connaître une première
désastreuse, résultat surtout du contexte sociopolitique entourant sa création,
Franck y utilisant un son considéré typiquement « germanique » et évitant toute
inspiration thématique nationaliste, sa Symphonie devait devenir l’une des
œuvres les plus jouées du répertoire dès les années suivant sa composition.
Paul
Dukas
Né à
Paris le 1er octobre 1865
Mort à
Paris le 17 mai 1935
L’Apprenti sorcier
Composé
en1897 d’après la ballade éponyme Der
Zaubelehrling de Goethe, L’Apprenti
sorcier a connu dès sa création sous la direction du compositeur, le 18 mai
de la même année, un succès jamais démenti depuis. Si sa trame narrative reste
assez simple, la palette orchestrale très riche et la logique de sa construction
rendent l’œuvre captivante.
Dans la
lente introduction, la clarinette propose un motif hésitant que la flûte et le
hautbois reprennent. Le rapide scherzo se dessine, bientôt freiné par la formule du début, cette fois à
la flûte et au cor (avec sourdine). Une nouvelle reprise de mouvement est
amorcée, aussitôt abandonnée. Les esprits sont convoqués; les sons se
succèdent, à des intervalles toujours plus rapprochés, jusqu’à ce que les
bassons attaquent le thème principal. La musique devient alors plus fluide,
telle l’eau que le balai rapporte de la rivière. Au premier sommet, les cuivres
expriment la rage impuissante de l’apprenti. Quelques accords brefs et secs de
tout l’orchestre, des tierces répétées aux trompettes, suivis d’un court
silence, laissent croire au répit de l’élève. Le contrebasson et la clarinette
basse gémissent, quelques notes du thème refont surface. L’orchestre entame un
nouveau crescendo en canon, qui traduit la marche décalée des deux balais. Le
désordre semble à son comble quand résonne la formule du maître sorcier aux
cuivres. Le basson insiste, la clarinette donne l’impression de regretter
l’excitation des derniers instants. Deux mesures jouées à un rythme accéléré –
brève réprimande du sorcier – y mettent le point final.
Sergueï Rachmaninov
Né à Oneg, près de
Novgorod le 1er avril 1873
Mort à Beverly
Hills le 28 mars 1943
Concerto
pour piano no 2 en do
mineur, opus 18
Moderato
Adagio sostenuto
Allegro scherzando
Il serait plus approprié d’approcher l’œuvre en redécouvrant l’orchestration touffue de Rachmaninov (faisant la part belle aux cordes), l’écriture pianistique presque luxuriante, refusant pourtant toute virtuosité gratuite, l’enlacement constant entre les parties du soliste et de l’orchestre, ce dernier se révélant bien plus qu’un simple faire-valoir, les contrechants poignants, ou encore son lyrisme, vague déferlante dans le Moderato qui devient mélancolie évanescente dans le deuxième mouvement puis frémissement qui ne demande qu’à exploser dans le finale, scellé par le motif Rach-maninov (noire, deux croches, noire).
César Franck
Né
à Liège le 10 décembre 1822
Mort à Paris le 8 novembre 1890
Symphonie
en ré mineur
Lento. Allegro non troppo
Allegretto
Finale. Allegro non troppo
Le
22 août 1888, après plus d’un an de labeur, Franck finalise sa Symphonie. Souhaitait-il
démontrer à ses élèves que lui aussi était capable de produire une grande œuvre
orchestrale? Saint-Saëns avait terminé sa Troisième Symphonie, « avec
orgue » trois années auparavant, Lalo sa Symphonie en sol mineur et
d’Indy sa Symphonie « Cévenole » en 1886. Ces œuvres témoignaient toutes d’une
volonté de renouveler un genre peu prisé jusque-là par les compositeurs
français, associé à la tradition allemande. Pour y parvenir, Franck choisit la
forme cyclique, associée à l’école française. Il s’explique en ces
termes :
«
C’est une symphonie classique. Au début du premier mouvement se trouve une
reprise, comme on en faisait autrefois pour affirmer mieux les thèmes; mais
elle est dans un autre ton. Ensuite viennent un andante et un scherzo,
liés l’un à l’autre. Je les avais voulus de telle sorte que chaque temps de l’andante
égalant une mesure du scherzo, celui-ci pût, après développement couplé
des deux morceaux, se superposer au premier. J’ai réussi mon problème. Le
finale, ainsi que dans la Neuvième [de Beethoven], rappelle tous les thèmes; mais ils
n’apparaissent pas comme des citations, j’en fais quelque chose, ils jouent le
rôle d’éléments nouveaux. »
Le
premier mouvement débute par un lento évoquant le « Muss es sein? »
(Doit-ce être?) du Seizième Quatuor de Beethoven. Les violons proposent
en réponse un chant mélancolique, menant à un bref et vigoureux Allegro non troppo, interrompu à son
tour par le retour du lento. Le côté sombre de l’introduction s’estompe
et l’allegro se profile, menant
à l’éclatante tonalité de ré majeur.
Dans
le deuxième, le plus connu des trois, Franck confie au cor anglais, soutenu par
de lourds pizzicati, une
mélancolique complainte. Le mouvement se mue éventuellement en un
semblant de scherzo, sans pour autant que le tempo ne soit modifié.
Une
mélodie enlevée amorce le finale. Le compositeur y récapitule les motifs des
deux mouvements précédents, notamment celui du cor anglais, qui se retrouve
dans ses trois sections, ainsi que le thème interrogatif initial, qu’on peut
reconnaître juste avant l’élaboration d’une coda grandiose.
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