jeudi 1 novembre 2012

Berlioz, Williams et Prokofiev



Des prouesses d’orchestration ont été accomplies par les trois compositeurs au programme ce matin. Dans son ouverture du Carnaval romain, Berlioz transforme en foisonnement instrumental certaines des pages vocales de son opéra Benvenuto Cellini avec brio, alors que, dans son Concerto pour trompette, John Williams retrouve certains des éléments ayant assuré sa gloire, dont l’usage de leitmotive, technique reprise également par Prokofiev dans son ballet Roméo et Juliette de Prokofiev afin d’assurer l’unité de l’œuvre.

 

Hector Berlioz
Né à La Côte-Saint-André, près de Grenoble, le 11 décembre 1803
Mort à Paris le 8 mars 1869

Carnaval romain, ouverture 

Le 10 septembre 1838, Berlioz assiste à la création de son premier opéra, Benvenuto Cellini, à Paris. Déjà, les préparatifs ont été exténuants moralement. « Jamais je n’oublierai les tortures qu’on m’a fait endurer pendant les trois mois qu’on y a consacrés. La nonchalance, le dégoût évident que la plupart des acteurs, déjà persuadés d’une chute, apportaient aux répétitions; la mauvaise humeur d’Habeneck, les sourdes rumeurs qui circulaient dans le théâtre; les observations stupides de tout ce monde illettré, à propos de certaines expressions d’un livret si différent, par le style, de la plate et lâche prose rimée de l’école de Scribe; tout me décelait une hostilité générale contre laquelle je ne pouvais rien, et que je dus feindre de ne pas apercevoir », explique Berlioz dans ses Mémoires. Four cuisant, l’opéra sera retiré de l’affiche après trois représentations peu courues et ne sera repris en France qu’en 1913 et depuis, de façon, fort épisodique. 
Pourtant, deux extraits de cet opéra, son ouverture et la musique d’introduction au deuxième acte, connue aujourd’hui sous le nom de l’ouverture du Carnaval romain, comptent parmi les pages les plus populaires du compositeur. La première de celle-ci, en février 1844, devait faire oublier l’échec cuisant vécu six ans auparavant.  «  Il n’y eut pas une seule faute. Je lançai l’allegro dans le mouvement tourbillonnant des danseurs transtévérins; le public cria bis; nous recommençâmes l’ouverture; elle fut encore mieux rendue la seconde fois. […]  Je n’ai jamais senti plus vivement que dans cette occasion le bonheur de diriger moi-même l’exécution de ma musique; mon plaisir redoublait en songeant à ce qu’Habeneck m’avait fait endurer. »

John Williams
Né le 8 février 1932 à New York
Vit actuellement à

Concerto pour trompette (première à l’OSM)

Compositeur de musique de films le plus connu au monde, à qui l’on doit notamment les trames de La Guerre des étoiles, Les Aventuriers de l’arche perdue, E.T. l’extra-terrestre, Parc jurassique, La Liste de Schindler et des premiers Harry Potter, John Williams a remporté 5 oscars, 17 Grammys et 4 Golden Globes. On oublie trop souvent que, déjà, à l’adolescence, il multipliait les arrangements pour l’harmonie de son école secondaire et que, à 19 ans, il avait déjà composé sa première sonate, alors qu’il étudiait à l’UCLA et prenait des leçons privées avec le compositeur italien Mario Castenuovo-Tedesco. Quelques années plus tard, après son service dans la US Air Force, il étudierait à Juilliard avec Rosina Lhévinne, tout en travaillant comme pianiste de jazz pour payer son loyer.

Williams a écrit plusieurs concertos pour divers solistes, dont son Concerto pour trompette, entendu aujourd’hui, créé par le Cleveland Orchestra sous la direction de Christoph von Dohnányi, et Michael Sachs, trompette solo de la phalange, à l’automne 1996. Le musicien a rejoué le concerto trois ans plus tard sous la direction du compositeur, toujours avec le Cleveland Orchestra, avec le Louisiana Philharmonic et lors de nombreux récitals, en version réduite avec piano, tant aux États-Unis qu’en Asie.

Sergueï Prokofiev

Né à Sontsovka (Ukraine) le 27 avril 1891

Mort à Nikolina Gora (près de Moscou) le 5 mars 1953

Roméo et Juliette, extraits

La route qui a mené à la première de Roméo et Juliette devait se révéler des plus chaotiques. Après avoir essuyé un refus du Kirov, Prokofiev envoie sa partition au Bolchoï en 1935 qui la rejette également. Prokofiev ne se décourage pas et contacte d’autres théâtres européens et américains, la Première et la Deuxième Suites tirées de l’œuvre lui servant de carte de visite. Le 30 décembre 1938, le ballet est enfin monté à Brno, en Tchécoslovaquie et, un peu plus d’un an après, au Kirov.

Considérée comme l’une de ses œuvres les plus réussies, Roméo et Juliette reste un exemple éclatant de l’aptitude magistrale de Prokofiev à combiner instinct scénique et puissance rythmique. De nombreux leitmotive assurent l’unité de l’œuvre. Ces thèmes conducteurs accompagnent les personnages et narrent avec minutie l’histoire. Le thème de Juliette, en se transformant au fil des scènes, nous rappelle que la petite fille se métamorphose devant nous en jeune femme amoureuse pour la première fois. Les grands écarts et les rythmes implacables décrivent avec maestria la haine féroce qui anime Montaigus et Capulets. Les scènes intimes (comme celle du balcon) sont traitées par le compositeur avec une formation d’orchestre de chambre tandis que les grandes scènes de bal chatoient grâce aux ressources illimitées d’une riche palette orchestrale.

Prokofiev devait tirer une suite pour piano et trois pour orchestre. Le chef d’orchestre Julian Kuerti a puisé dans celles-ci pour en extraire huit moments forts de l’œuvre, qui s’ouvrent sur « Montaigus et Capulets », la page la plus connue du ballet.  Dans « Juliette enfant », Prokofiev traite le thème de Juliette avec tendresse et douceur dans l’épisode central. « Roméo et Juliette » reprend la célèbre scène du balcon. « Ma libéralité est aussi illimitée que la mer, et mon amour aussi profond: plus je te donne, plus il me reste, car l’un et l’autre sont infinis », explique Juliette. Dans « La mort de Tybalt », on assiste au combat opposant Tybalt et Mercutio, puis à celui entre Roméo et Tybalt. Les quinze coups signifiant la mort de Tybalt annoncent la tragique marche funèbre. La douleur est également présente dans « Roméo au tombeau de Juliette », scène teintée de souvenirs heureux mais déchirants. La pièce s’éteint dans l’extrême aigu des violons, nous plongeant dans un sentiment de quasi irréalité.


Concert OSM octobre 2012

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