Des prouesses d’orchestration ont été accomplies par les
trois compositeurs au programme ce matin. Dans son ouverture du Carnaval romain, Berlioz transforme en
foisonnement instrumental certaines des pages vocales de son opéra Benvenuto Cellini avec brio, alors que, dans
son Concerto pour trompette, John Williams retrouve certains des éléments ayant
assuré sa gloire, dont l’usage de leitmotive, technique reprise également par Prokofiev
dans son ballet Roméo et Juliette de Prokofiev afin d’assurer
l’unité de l’œuvre.
Hector Berlioz
Né à La Côte-Saint-André, près de Grenoble, le 11
décembre 1803
Mort à Paris le 8 mars 1869
Carnaval romain, ouverture
Le 10 septembre 1838, Berlioz assiste à la création de
son premier opéra, Benvenuto Cellini,
à Paris. Déjà, les préparatifs ont été exténuants moralement. « Jamais je n’oublierai les tortures
qu’on m’a fait endurer pendant les trois mois qu’on y a consacrés. La
nonchalance, le dégoût évident que la plupart des acteurs, déjà persuadés d’une
chute, apportaient aux répétitions; la mauvaise humeur d’Habeneck, les sourdes
rumeurs qui circulaient dans le théâtre; les observations stupides de tout ce
monde illettré, à propos de certaines expressions d’un livret si différent, par
le style, de la plate et lâche prose rimée de l’école de Scribe; tout me
décelait une hostilité générale contre laquelle je ne pouvais rien, et que je
dus feindre de ne pas apercevoir », explique Berlioz dans ses Mémoires. Four cuisant, l’opéra sera
retiré de l’affiche après trois représentations peu courues et ne sera repris
en France qu’en 1913 et depuis, de façon, fort épisodique.
Pourtant, deux extraits de cet opéra,
son ouverture et la musique d’introduction au deuxième acte, connue aujourd’hui sous le nom de l’ouverture du Carnaval romain, comptent parmi les
pages les plus populaires du compositeur. La première de celle-ci, en février
1844, devait faire oublier l’échec cuisant vécu six ans auparavant. « Il n’y eut pas une seule faute. Je
lançai l’allegro dans le mouvement
tourbillonnant des danseurs transtévérins; le public cria bis; nous
recommençâmes l’ouverture; elle fut encore mieux rendue la seconde fois.
[…] Je n’ai jamais senti plus vivement que dans cette occasion le
bonheur de diriger moi-même l’exécution de ma musique; mon plaisir redoublait
en songeant à ce qu’Habeneck m’avait fait endurer. »
John
Williams
Né le 8 février 1932 à New York
Vit actuellement à
Concerto
pour trompette (première à l’OSM)
Compositeur
de musique de films le plus connu au monde, à qui l’on doit notamment les
trames de La Guerre des étoiles, Les
Aventuriers de l’arche perdue, E.T.
l’extra-terrestre, Parc jurassique, La Liste de Schindler et des premiers
Harry Potter, John Williams a remporté 5 oscars, 17 Grammys et 4 Golden Globes.
On oublie trop souvent que, déjà, à l’adolescence, il multipliait les
arrangements pour l’harmonie de son école secondaire et que, à 19 ans, il avait
déjà composé sa première sonate, alors qu’il étudiait à l’UCLA et prenait des
leçons privées avec le compositeur italien Mario Castenuovo-Tedesco. Quelques
années plus tard, après son service dans la US Air Force, il étudierait à
Juilliard avec Rosina Lhévinne, tout en travaillant comme pianiste de jazz pour
payer son loyer.
Williams a
écrit plusieurs concertos pour divers solistes, dont son Concerto pour
trompette, entendu aujourd’hui, créé par le Cleveland Orchestra sous la
direction de Christoph von Dohnányi, et Michael Sachs, trompette solo de la
phalange, à l’automne 1996. Le musicien a rejoué le concerto trois ans plus
tard sous la direction du compositeur, toujours avec le Cleveland Orchestra,
avec le Louisiana Philharmonic et lors de nombreux récitals, en version réduite
avec piano, tant aux États-Unis qu’en Asie.
Sergueï Prokofiev
Né à Sontsovka (Ukraine) le 27 avril 1891
Mort à Nikolina Gora (près de
Moscou) le 5 mars 1953
Roméo et Juliette, extraits
La route qui a mené à la première de Roméo et Juliette
devait se révéler des plus chaotiques. Après avoir essuyé un refus du Kirov,
Prokofiev envoie sa partition au Bolchoï en 1935 qui la rejette également.
Prokofiev ne se décourage pas et contacte d’autres théâtres européens et
américains, la Première et la Deuxième Suites tirées de l’œuvre
lui servant de carte de visite. Le 30 décembre 1938, le ballet est enfin monté
à Brno, en Tchécoslovaquie et, un peu plus d’un an après, au Kirov.
Considérée comme l’une de ses œuvres les plus réussies,
Roméo et Juliette reste un exemple éclatant de l’aptitude magistrale de
Prokofiev à combiner instinct scénique et puissance rythmique. De nombreux
leitmotive assurent l’unité de l’œuvre. Ces thèmes conducteurs accompagnent les
personnages et narrent avec minutie l’histoire. Le thème de Juliette, en se
transformant au fil des scènes, nous rappelle que la petite fille se
métamorphose devant nous en jeune femme amoureuse pour la première fois. Les
grands écarts et les rythmes implacables décrivent avec maestria la haine
féroce qui anime Montaigus et Capulets. Les scènes intimes (comme celle du
balcon) sont traitées par le compositeur avec une formation d’orchestre de
chambre tandis que les grandes scènes de bal chatoient grâce aux ressources
illimitées d’une riche palette orchestrale.
Prokofiev devait tirer une suite pour piano et trois pour
orchestre. Le chef d’orchestre Julian Kuerti a puisé dans celles-ci pour en
extraire huit moments forts de l’œuvre, qui s’ouvrent sur « Montaigus et
Capulets », la page la plus connue du ballet.
Dans « Juliette enfant », Prokofiev traite le thème de Juliette avec
tendresse et douceur dans l’épisode central. « Roméo et Juliette » reprend la
célèbre scène du balcon. « Ma
libéralité est aussi illimitée que la mer, et mon amour aussi profond: plus je
te donne, plus il me reste, car l’un et l’autre sont infinis », explique
Juliette. Dans « La mort de Tybalt », on assiste au combat
opposant Tybalt et Mercutio, puis à celui entre Roméo et Tybalt. Les quinze
coups signifiant la mort de Tybalt annoncent la tragique marche
funèbre. La douleur est également présente dans « Roméo au tombeau de
Juliette », scène teintée de souvenirs heureux mais déchirants. La pièce
s’éteint dans l’extrême aigu des violons, nous plongeant dans un sentiment de
quasi irréalité.
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