samedi 6 décembre 2008

Alkan : Symphonie pour piano seul opus 39 ; Trois Morceaux dans le genre pathétique opus 15, œuvres pour piano.

Marc-André Hamelin s’était fait plaisir et nous avait fait découvrir, lors de son récital impromptu en mai dernier, la Symphonie pour piano seul de Charles-Henri-Valentin Morhange, dit Alkan, compositeur virtuose né à Paris en 1813 d’une famille juive. Cette œuvre de près d’une demi-heure m’avait immédiatement interpellée grâce à son architecture parfaitement proportionnée, à la richesse de ses harmonies, à ses atmosphères romantiques et à la passion sous-jacente qui la traverse. Le deuxième mouvement, une marche funèbre sous-titrée « à la mémoire d’un homme de bien », possiblement le père du compositeur décédé peu de temps avant, fait penser par sa structure ternaire A-B-A à la célèbre marche funèbre de la euxième Sonate de Chopin mais son thème original lui transmet un caractère unique. Le quatrième mouvement, haletant, rappelle certains prestos beethoveniens. Hamelin le pousse évidemment au maximum, sans pourtant que cela paraisse forcé ou même « dangereux ».

D’autres morceaux d’Alkan complètent cet enregistrement qui comble toutes les attentes. Les Trois Morceaux dans le genre pathétique, l’autre pièce de résistance, regroupe les pièces les plus longues, les plus excessives par leur romantisme et leur virtuosité brute. Si, dans la Symphonie, on peut s’illusionner à croire que l’on saurait jouer l’œuvre, ici on a affaire à des pièces de pyrotechnie extrême que Marc-André Hamelin défend à merveille. « Le vent », qui n’est pas sans rappeler la dernière étude transcendantale de Liszt, Chasse-neige ou l’Étude opus 25 no 11 de Chopin, est merveilleusement dépeint par des montées et descentes chromatiques en doubles-croches, qui semblent glisser sous les doigts du pianiste, laissant surgir le chant de la main gauche, totalement sans effort. Une autre grande réussite du pianiste canadien.

La Scena Musicale, octobre 2001

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