samedi 6 décembre 2008

Jean Coulthard: Portraits de compositeurs canadiens

Le Centre de Musique Canadienne vient de lancer sur étiquette Centredisques une nouvelle collection, Portraits de compositeurs canadiens, qui célèbre la musique et la vie des compositeurs d'ici, trop souvent injustement oubliés. Le projet, qui devrait s'échelonner sur une période de 3 ans et réhabiliter 25 compositeurs, a été inaugué avec des portraits de John Weinzweig, Harry Freedman, Murray Adaskin, Jacques Hétu et Jean Coulthard. Chaque coffret est composé d'un documentaire du réalisateur Eitan Cornfield, et d'un ou deux disques des œuvres les plus importantes du compositeur.

Dans le cas de la compositrice Jean Coulthard, décédée en 2000, le réalisateur a choisi de dresser un portrait empreint de sensibilité qui met en lumière les difficultés auxquelles elle a dû faire face en tant que femme qui vit de son art, mais nous permet aussi de découvrir l'épouse, la mère et la professeure derrière la compositrice, le tout intercalé d'extraits musicaux significatifs. On pourra seulement regretter que le documentaire soit uniquement disponible en anglais et que le nom complet des personnes interrogées ne se retrouve pas sur la pochette du coffret, pourtant assez bien présentée.

Le choix des éditeurs s'est porté sur trois œuvres de maturité qui s'échelonnent de 1962 à 1972 : le Concerto pour piano et orchestre (avec ici Robert Silverman et le CBC Vancouver Orchestra), Sketches from the Western Woods (dédié à et interprété par le pianiste John Ogden) et les Twelve Essays on a Cantabile Theme (qui met en vedette le Purcell String Quartet et l'University of Alberta String Quartet). Le Concerto pour piano, un échec complet lors de sa première, malheureusement tombé en totale désuétude depuis sa création, révèle une Jane Coulthard qui n'hésite pas à tomber dans un néoromantisme digne de Schumann mais teinté d'une certaine angularité rythmique que n'aurait pas reniée Prokofiev. Le piano reste à l'avant-plan, comme dans les grands concertos classiques mais dialogue, parfois quasi improvisando, avec l'orchestre. À l'opposé, les Twelve Essays on a Cantabile Theme, composés l'année où elle allait se retirer de l'Université de la Colombie-Britannique, démontrent l'achèvement que Jean Coulthard a su atteindre dans la dernière période de sa vie. L'octuor marie audace harmonique et structurelle à la forme pré-établie de la variation, renversement des thèmes, déstructuration des motifs mélodiques et rythmiques, opposition des deux quatuors, élargissement des timbres des deux ensembles et fugue qui se développe en suivant le cycle de quintes. L'écoute reste captivante du début à la fin et on aurait souhaité qu'un second disque soit consacré à cette grande artiste. À défaut, on peut toujours consulter le site pour accéder à une discographie plus complète.

La Scena Musicale, juillet-août 2002

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