La littérature a de tout temps influencé la musique classique. Peut-on tenter l’association inverse? C’est ce que ce numéro de la revue littéraire Moebius cherche à établir ici. D’entrée de jeu, on nous propose de jouer à l’avocat du diable, Philippe Gervais et Bertrand Laverdure traçant le portrait de ce que représente aujourd’hui la musique dite de concert. Le sujet est ensuite abordé tour à tour de façon presque tendre (les souvenirs de Claude Vaillancourt ou de Gilles Marcotte), plus pointue (le compositeur Antoine Ouellette qui tente de cerner le genre) ou assez virulente. Michel Gonneville nous livre ici un pamphlet des plus inspirés, écrit peu après l’annonce du départ de Georges Nicholson d’Espace musique. Côté fiction, la musique classique sert de matériau à quelques nouvelles assez bien menées. Une mention spéciale sera faite ici à la plume habile de Stanley Péan dans Neume me quitte pas, le ton légèrement décalé de Simon Paquet dans Un cas classique ou l’intensité saisissante de Susanne Jacob dans Adagio / Lapidation. Karina Cahill propose quant à elle Suite de mouvements en concert, une nouvelle toute en finesse dont le parcours narratif est astucieusement inspiré par des pages de Rameau. Hans-Jurgen Greif retrouve un univers qu’il connaît bien, celui de l’opéra, dans la douce-amère La reine Cendrillon. Un recueil intéressant, multiforme, comme la musique qui l’a inspiré.
La Scena Musicale, octobre 2008
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