mardi 16 décembre 2008

Les grandes salles du monde: l'OSM en tournée

L’ère des grandes tournées internationales de l’Orchestre symphonique de Montréal s’est amorcée en avril 1962, quand l’OSM se rend pour la première fois en Europe sous la direction des chefs Zubin Mehta et Jacques Beaudry, avec des escales à Moscou, Leningrad, Kiev, Vienne et Paris. L’engouement du public est particulièrement renversant en Russie, alors que l’Orchestre y remplit toutes les salles, y compris celle du palais du Kremlin contenant 6 000 sièges. À Saint-Pétersbourg – alors Leningrad –, dans la salle de la Philharmonie, c’est le délire. Les applaudissements se prolongent, des fleurs sont offertes aux musiciens, des autographes sont demandés.

La première des Variations sur un thème rococo de Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1983) fut donnée à Moscou en novembre 1877 par le violoncelliste Wilhelm Fitzenhagen, dédicataire de l’œuvre, sous la direction de Nikolaï Rubinstein. Les variations, basées sur un thème de Tchaïkovski lui-même, se veulent un hommage rempli de charme et de grâce à son idole Mozart. L’orchestre, réduit, joue essentiellement un rôle d’accompagnement, seuls les bois dialoguant réellement avec le soliste.

Après Leningrad, l’OSM se dirige ensuite vers Vienne, considérée alors capitale européenne de la musique, et son mythique Musikverein. Le public s’entasse jusque sur les gradins aux côtés des musiciens qui savent combien le défi reste grand à relever. Un tumulte d’applaudissements salue la fin du concert, moment inoubliable dans l’histoire de l’Orchestre. « Rarement, à l’exception des orchestres les plus réputés au monde, un orchestre en tournée a reçu de tels commentaires au superlatif dans cette cité de la musique où il est si difficile de plaire. » (Eric McLean, The Montreal Star, 2 mai 1962)

Le succès des Nozze di Figaro de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) fut tel que lors de la première, le 1er mai 1786, plusieurs des airs furent bissés. « À la fin de l’opéra, je crus que les auditeurs ne cesseraient jamais d’applaudir et de réclamer Mozart, raconte le chanteur Michael Kelly dans ses Mémoires. » Le magnifique « Deh vieni » (tiré de l’Acte IV) est confié à Susanna qui y déclare son amour pour Figaro, tout en feignant d’attendre le Comte.

Le Récit et aria de concert K. 70/61c de Mozart se veulent une licenza (license), un air supplémentaire ajouté à la fin ou au milieu d’une représentation d’opéra sur un texte sans lien avec l’intrigue, composé à la louange d’une personne de rang de l’auditoire, dans ce cas-ci, Siegmund von Schrattenbach , archevêque de Salzbourg, que le jeune compositeur cherche peut-être à convaincre de ses dons.

L’Orchestre complètera au fil des ans sept autres tournées européennes, toutes saluées par la critique. En 1987, on le retrouve, sous la direction de Charles Dutoit, au Gewandhaus de Leipzig, salle érigée à l’époque de Bach et reconstruite deux fois depuis. Félix Mendelssohn, Arthur Nikisch, Wilhelm Furtwängler, Kurt Masur, Herbert Blomstedt et Riccardo Chailly ont tous, à un moment ou l’autre, occupé le poste de directeur musical de cet orchestre prestigieux.

Johann Sebastian Bach (1685-1750) connut deux périodes particulièrement propices à la création de cantates : la première à Wiemar entre 1708 et 1717 et la seconde à Leipzig, de 1723 à 1750. C'est au cours de la première qu'il composa la Cantate BWV 21 « Ich hatte viel Bekümmernis » (Mon cœur était plongé dans l'affliction). Dans l’aria « Seufzer, Tränen, Kummer, Not » (Soupir, larmes, chagrin, détresse), Bach glisse un somptueux dialogue entre la soprano et un hautbois.

À Leipzig, il composera sa Cantate du café BWV 211, inspirée d’une satire de Picander, dans laquelle un père désespéré tente de convaincre sa fille d’arrêter de consommer le précieux élixir. Dans l’aria « Heute noch » (Aujourd’hui même), Lieschen négocie pour obtenir un mari en échange.

Lors de la même tournée (1987), l’Orchestre se produit également au Royal Festival Hall de Londres.

Il y interprète le poème symphonique Don Juan de Richard Strauss (1864-1949). Plusieurs artistes ont traité la légende de Don Juan, dont Byron, Molière et bien sûr Mozart. Dans la version de Strauss, basée sur des fragments d’un poème épique écrit par Nikolaus Lenau en 1843, véritable opéra en miniature et premier chef-d’œuvre signé par un compositeur de 24 ans, le légendaire coureur de jupons est condamné à une quête perpétuelle de l’éternel féminin. Quand le désir de posséder la beauté n’enchante plus, le héros est prêt à accepter la mort.

L’OSM retrouvera le public français à de nombreuses reprises, notamment dans la salle du Théâtre du Châtelet à Paris.

C’est au printemps 1992 qu’il y interprète Ma Mère l’Oye de Maurice Ravel (1875-1937). Inspirée des histoires de Charles Perrault, de Marie-Catherine, comtesse d’Aulnoye et de Marie Leprince de Beaumont, cette œuvre voit d’abord le jour dans sa version pour piano quatre mains, le 20 avril 1910, salle Gaveau, à Paris. L’année suivante, Ravel en réalise une orchestration et étoffe son canevas original de deux numéros supplémentaires, le « Prélude » et la « Danse du rouet ». En 1912, l’ensemble légèrement augmenté devient un ballet dans lequel la belle au bois dormant, pendant son long sommeil, rêve aux autres contes.

À la fin de la saison 1969-70, l’OSM et son directeur musical Franz-Paul Decker se rendent pour la première fois au Japon pour participer au festival de l’Expo d’Osaka. L’OSM se produira au Japon à huit autres reprises.

En 1999, il interprétait notamment le Prélude à l’après-midi d’un faune de Claude Debussy (1862-1918) au Suntory Hall de Tokyo. Créé le 23 décembre 1894 devant une foule enthousiaste (qui fera bisser l’œuvre), le Prélude fera irrévocablement basculer le romantisme dans le modernisme. Une partie de son charme réside certainement dans l’ambiguïté tonale que Debussy y a intégrée, de la même façon que celui du poème de Mallarmé est en grande partie basé sur la manipulation musicale des dualités syntaxiques et verbales. Même si la mélodie de flûte qui ouvre l’œuvre fait une allusion plus ou moins directe au Faune (une créature champêtre mythologique) lui-même, Debussy ne cherche en aucun cas à traduire exactement les vers en musique, mais plutôt à en sous-entendre l’atmosphère. Mallarmé devait en dire : « Cette musique prolonge l’émotion de mon poème et en situe le décor plus passionnément que la couleur...»

Programme OSM 20 et 21 janvier 2009

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