Cet enregistrement d'Alain Lefèvre, le premier sur étiquette Analekta, scelle une association que les deux parties envisagent longue et fructueuse. Le pianiste montréalais signe ici une version des Moments musicaux. On sent une profonde affinité du pianiste pour ce répertoire expressif. On ne se surprendra pas de retrouver certaines de ces mêmes atmosphères nostalgiques mais toujours profondément lyriques dans ses propres compositions regroupées sur le récent Lylatov. Les tempi rapides ne semblent jamais poussés même si on peut noter, en passant, quelques duretés dans les climax mais qui gâchent rarement l'ensemble. Le dialogue entre les voix reste toujours parfaitement clair, dénotant une grande assimilation de l'oeuvre par l'interprète. L'andante cantabile, un bijou du répertoire mal aimé, est joué avec une intériorité et un lyrisme dépouillés d'artifice qui nous permettent de goûter chaque seconde de cette étonnante composition. toute en rondeurs et en subtilités de coloris, très proche de l'improvisation
Les Tableaux d'une exposition - sérieusement « surexposés » si je peux me permettre de citer un ami pianiste - reç oivent ici un traitement surprenant. Lefèvre a préféré s'inspirer de la version orchestrale de Ravel, transformant ensuite le piano en instrument orchestral. Les timbres dévolus aux différents instruments se trouvent parfaitement assimilés en une registration étonnamment variée, extrêmement bien rendue par le pianiste et son instrument, un Yamaha CFIIIS qu'on pourra difficilement ici accuser d'être le parent pauvre du somptueux Steinway. Il vecchio castello devient ainsi délicieusement envoûtant et nous fait oublier la verticalité inhérente à l'instrument. Le pianiste confiait récemment que l'enregistrement avait été réalisé avec grande modestie: « Plus on avance, moins on a confiance en soi. » Commentaire qui, comme cet enregistrement, témoigne d'une belle maturité.
La Scena Musicale, mars 2002
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