Deutsche Grammophon 00289 477 5718
(2 CD – 43’46 et 46’32)
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Dès la première écoute, les amateurs de Nocturnes neurasthéniques, joués avec ample rubato et une certaine mièvrerie seront déstabilisés et, au fond, ce sera tant mieux. Pollini propose plutôt une version épurée, d’une grande profondeur, longuement mûrie. (Le pianiste expliquait d’ailleurs en entrevue qu’il avait attendu de les avoir tous joués en concert avant d’enregistrer cette intégrale.) On sent qu’il pose maintenant sur Chopin un regard à la fois intérieur, de celui qui comprend parfaitement l’architecture des œuvres, et extérieur, de celui qui a suffisamment vécu pour reconnaître la valeur intrinsèque de ces œuvres qui sont loin d’être aussi « légères » qu’on pourrait le croire. « Le plus important pour moi, quand je joue Chopin, c’est de rendre la grandeur d’expression de cette musique, la profondeur et la pensée du compositeur », explique-t-il d’ailleurs fort à propos dans les notes du livret, qu’on aurait peut-être souhaité moins générales et axées sur les particularités des divers nocturnes.
Pollini opte pour des tempi d’une grande justesse et refuse tout déploiement gratuit de virtuosité, comme le démontre son « doppio movemento » du grand Nocturne en do mineur opus 48 no 2. Il adopte un touché d’un grand moelleux (zébré ici et là par des sforzandos parfois un peu excessifs) et une conduite des voix intérieures d’une grande maîtrise. Son Nocturne opus 55 no 2 devient une pièce d’anthologie, avec son dialogue fébrile entre les deux voix chantantes de la main droite, soutenue par une main gauche d’une belle discrétion. Même les Nocturnes qu’on ne pensait plus pouvoir écouter avec des oreilles vierges (dont l’opus 9 no 2) prennent sous ses doigts une nouvelle couleur. Une gravure de référence!
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