jeudi 28 août 2008

Hommage à Luigi Nono

Antonio Vivaldi
Les Quatre Saisons, « L’Automne » et « L’Hiver », opus 8 nos 3 et 4

Des quelque 500 concertos créés de son vivant, Les Quatre Saisons (publiée en 1725) demeure incontestablement l’œuvre la plus connue de Vivaldi. Si les compositions dédiées aux visages changeants des saisons étaient particulièrement populaires à l’époque baroque, Vivaldi reste un maître quand vient le temps de les peindre avec vivacité, s’inspirant de sonnets, vraisemblablement de sa main.

« L’Automne » suggère l’atmosphère joyeuse des fêtes entourant la moisson et la saison de la chasse. « L’Hiver » évoque plutôt les claquements de dents (à travers certaines dissonances), le piétinement des pieds chaussés de bottes, le réconfort d’un feu de foyer et une violente tempête de neige (soulignée par les traits de gamme rapides).

Luigi Nono (1924-1990)

« Définir une culture comme moment de prise de conscience, de lutte, de provocation, de discussion, de participation » (Luigi Nono)

Considéré de plus en plus en Allemagne comme le « père de la musique moderne », Luigi Nono, «… un homme qui portait en lui le silence de mille voix proches ou lointaines mais toutes attendues » (Raymond Jabès), est l’un des membres les plus influents de l’école de Darmstadt (dont sont notamment issus Boulez, Berio, Stockhausen, Ligeti et Pousseur).

De nombreuses œuvres marquantes ont ponctué son parcours, souvent inspirées par certains des sujets les plus douloureux du XXe siècle (Auschwitz, le Vietnam, l’intolérance raciale, l’impérialisme, la pauvreté du Tiers-Monde), néanmoins teintées d’espoir. Parmi celles-ci, mentionnons Il Canto Sospeso, Epitaph per Frederico Garcia Lorca, La Lontananza, Al Gran Sole et son opéra Prometeo (sous-titré une « tragédie de l’écoute »), peut-être son œuvre la plus achevée, méditation sur l’histoire de l’humanité et sa destinée.

« Les deux œuvres présentées par l’OSM, écrites sur une période de 30 ans, démontrent l’évolution et le développement des méthodes de composition de Luigi Nono pendant cette période mais, comme c’est le cas pour toutes ses œuvres, elles sont basées sur les émotions et le désir de communiquer ses sentiments avec les outils musicaux de son temps », explique Mme Nuria Schoenberg Nono (veuve du compositeur et fille d’Arnold Schoenberg).

Ce concert est présenté dans le cadre du festival Luigi Nono, Maître du son et du silence, une série de concerts, de conférences et de cours de maîtres mis sur pied par le Conservatoire de musique de Montréal et qui met en lumière les œuvres et la pensée d’un compositeur parmi les plus inspirés du XXe siècle.

Due espressioni per orchestra (1953)

Œuvre chargée d’intensité, Due espressioni per orchestra a été écrite pour le renommé festival de musique contemporaine de Donaueschingen (fondé en 1921). La première des Due espressioni (Deux expressions) s’attarde spécifiquement à traiter les timbres. Les couleurs tonales de la mélodie sont dédiées ici aux seules cordes, les différentes gradations de timbre des instruments se pliant aux multiples exigences de cette ligne mélodique. Celle-ci est tantôt produite de façon traditionnelle (par l'archet ou par le doigt, en pizzicato) et tantôt presque percussive (archet ou bois frappés) avant d’être confiée aux cymbales et au triangle (en canon rythmique avec les cordes), puis à la flûte et à la clarinette.

Le deuxième mouvement est basé sur le rythme de la forlane, une danse populaire italienne à deux temps, vive et gaie, originaire du Frioul, qui sert de trame au développement des timbres et des nuances et sublime l'esprit de la danse.

A Carlo Scarpa, architetto, suoi infiniti possibili (1984)

Élégie orchestrale monumentale, A Carlo Scarpa, architetto, suoi infiniti possibili (À Carlo Scarpa, architecte, ses infinitésimales possibilités) est conçu avec un matériau des plus minimaux : motifs répétés aux percussions et les notes do et mi bémol (C et S selon l’échelle de notes allemandes), transformés grâce à une série de fluctuations microtonales. Détruisant le langage musical pour mieux le reconstruire, Nono scrute ici le timbre de façon infinitésimale, comme s’il l’analysait à l’aide d’un puissant microscope, des poussières de micro-intervalles côtoyant la délicatesse chatoyante des cordes ou la profondeur des trombones, dialogue repoussant les repères sonores classiques.

« Carlo Scarpa (1906-1978) était un très bon ami de Luigi Nono et une figure extrêmement importante de la scène culturelle vénitienne post Deuxième guerre mondiale, explique Nuria Schoenberg Nono. Il entretenait des liens avec les architectes modernes tels Frank Lloyd Wright et sa maison était ouverte aux jeunes artistes et intellectuels qui pouvaient y feuilleter des livres, notamment sur l’art moderne et l’architecture, pratiquement impossibles à trouver en Italie, puisqu’ils avaient été interdits par le régime fasciste. Il était un professeur fascinant et un représentant exemplaire du côté non-académique, imaginatif de la culture vénitienne qui devait influencer tant de jeunes esprits créateurs. C’est pourquoi un hommage à Carlo Scarpa a tout naturellement germé dans l’esprit de Luigi Nono. En 1984, une exposition des plus complètes de ses œuvres a été présentée à Venise et Nono a été fasciné par les nombreux articles exceptionnels qui s’y trouvaient. Cela l’a peut-être conduit à écrire cette œuvre. »

Félix Mendelssohn

Symphonie no 4, « Italienne », opus 90, en la majeur

Référence culturelle des Romantiques, ayant aussi bien inspiré écrivains, peintres que musiciens, l’Italie suscite l’enthousiasme du jeune Félix Mendelssohn. Envoyé en voyage de découverte par son père à l’aube de sa vingt-et-unième année, il visite d’abord les Îles britanniques et y puise l’inspiration pour sa Symphonie « Écossaise » et son ouverture Les Hébrides. En mai 1830, à la suggestion de Goethe, il poursuit son périple vers l’Italie. Pendant l’année et demie qu’il y passe, il y compose le Premier Concerto pour piano et y amorce sa Symphonie « Italienne » (nom qu’il utilise dans ses lettres pour désigner l’œuvre). Insatisfait des mouvements extérieurs de l’œuvre (il refusera d’ailleurs de publier l’œuvre de son vivant), il la délaisse jusqu’à ce qu’il reçoive une invitation de la London Philharmonic Society. La création de l’œuvre, le 13 mai 1833, sous la direction du compositeur (qui interprète lors du même programme un concerto de Mozart), est saluée par un succès tant public que critique. « Une composition qui résistera au passage des ans, si l’on peut oser juger une telle œuvre après une seule écoute », affirme l’un de ceux-ci.[1]

Dans cette symphonie, Mendelssohn a voulu représenter l’Italie sous toutes ses formes : son peuple, ses paysages et ses réalisations artistiques (Mendelssohn était lui-même un peintre particulièrement doué). Dès les premiers instants, l’exubérant premier mouvement suscite des visions de paysages gorgés d’un soleil éblouissant. Le deuxième mouvement, surnommé peut-être à tort « Marche des pèlerins » (Mendelssohn n’ayant jamais offert de programme à la symphonie), un chant d’une merveilleuse simplicité, ferait vraisemblablement référence à l’une ou l’autre des processions solennelles religieuses dont Mendelssohn aurait pu être témoin à Rome ou à Naples. Le troisième mouvement, un menuet tout en légèreté, juxtaposé aux brillants jeux de trompette du trio, semble une incitation à l’amour. Le finale, une étourdissante saltarelle (vigoureuse danse romaine datant du XVIe siècle, dans laquelle la femme agite son tablier dans les airs), doublée d’un relent de tarentelle, déborde d’énergie brute et conclue l’œuvre de façon magistrale.

(OSM, janvier 2007)



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