mercredi 27 août 2008

La musique comme expression de l'horreur

La musique peut avoir un pouvoir des plus évocateurs : elle peut charmer, faire voyager… ou simplement apeurer. Au générique des films d’horreur par exemple, la musique mériterait d’être inscrite en tête, bien avant les noms d’acteurs souvent inconnus et d’ailleurs méconnaissables sous leur maquillage macabre. Pour s’en convaincre en quelques instants, visualisons une poupée aux grands yeux bleus, assise sur un oreiller dans une chambre d’enfant. Imaginons maintenant une musique légère, très gaie, peut-être une petite valse. Quelle image se dégagera-t-il alors de la scène? Probablement penserons-nous que l’enfant reviendra bientôt et qu’il passera de longues heures paisibles à imaginer des jeux avec son confident articulé. Maintenant, changeons instantanément l’atmosphère avec une musique lancinante, peut-être une chorale d’enfants dont le son serait étouffé (comme s’ils se trouvaient prisonniers dans le sous-sol) sur fond de violons grinçants et très discordants. Automatiquement, nous allons croire que la poupée est en réalité un jouet malfaisant qui n’attend que la nuit pour terroriser les habitants de la maison. Pourtant, l’image n’a pas changé, simplement la musique qui l’accompagne.

Secrets de compositeurs

Comment les compositeurs s’y prennent-ils pour écrire de la musique qui évoque mystère et peur? Certaines mélodies nous rendent nerveux avant même qu’on remarque le danger à l’écran. Une des musiques de films les plus réussies dans le genre reste celle de Jaws, les dents de la mer du célèbre John Williams (il a notamment signé les trames sonores des Star Wars et des Harry Potter). On devine tout de suite en l’entendant qu’un grave danger attend le héros.

Une autre façon de créer un sentiment de mystère est l’utilisation de rythmes ou de notes répétées, comme dans le début du thème musical de la série télévisée Twilight Zone (La quatrième dimension), populaire dans les années 1960, à laquelle des cinéastes, dont Steven Spielberg, ont rendu hommage en 1983. Soudain, un accord sur lequel l’orchestre fait un crescendo suivi d’un diminuendo et voilà, la peur s’installe. Les accents aux cuivres nous déstabilisent et nous restons perplexes face à la suite des événements.

La musique la plus sonore n’est pas nécessairement la plus effrayante. Parfois, il s’agit que la musique s’arrête ou devienne soudain très douce pour que le suspense se coupe au couteau. On peut alors entendre le moindre bruit, la moindre respiration, le souffle du diable. Les staccatos (des notes très courtes) peuvent être utilisés à ce moment-là pour souligner ces faibles bruits. Des pianissimos de violons dans l’aigu pourront aussi suggérer cette même intensité.

Les compositeurs utilisent également certains intervalles plus dissonants pour transmettre un sentiment d’instabilité, par exemple la seconde mineure (mi-fa), la septième majeure (do-si) ou la neuvième (do-ré octave supérieure). Les compositeurs classiques peuvent aussi choisir d’utiliser le triton (trois tons, fa-si) qu’on a qualifié pendant des siècles d’« intervalle du diable ».

Plusieurs compositeurs ont écrit des œuvres inspirées par l’horreur. On peut mentionner : La Nuit sur le mont Chauve de Moussorgski (1867), Hallowe’en de Charles Ives (1906), Nuits de Iannis Xenakis (1967), City Life de Steve Reich ou Hallucinations de John Corigliano (1981). Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima de Krzysztov Penderecki (1959) reste une œuvre particulièrement prenante. « Puisse le Thrène exprimer ma ferme conviction que les sacrifices d’Hiroshima ne soient jamais oubliés et perdus », notait le compositeur. Dark Angels de George Crumb (1970), écrite pendant la guerre du Vietnam, se veut une représentation musicale de l’opposition entre Dieu et le diable. Musica Ricercata (II) de György Ligeti, utilisée récemment dans le film Eyes Wide Shut, nous plonge dans l’angoisse avec sa seconde mineure lancinante.

Pour voir et écouter

La Nuit sur le mont Chauve de Moussorgski, tiré du Fantasia de Walt Disney : http://www.youtube.com/watch?v=V8Ca_edg6RE

« L’escalier du diable », Étude no 13 de Ligeti : http://www.youtube.com/watch?v=1ZTaiDHqs5s

Musica Ricercata (II) de Ligeti : http://www.youtube.com/watch?v=HcVm8Qeg9hs

Black Angels de Crumb: http://www.youtube.com/watch?v=R_6u17Q3O_o

Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima de Penderecki (Attention : images d’Hiroshima particulièrement explicites!): http://www.youtube.com/watch?v=6dx0TN0I_Io

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