« La musique est un perpétuel dialogue entre l’espace et le temps, entre le son et la couleur, dialogue qui aboutit à une unification : le temps est un espace, le son est une couleur, l’espace est un complexe de temps superposés, les complexes de sons existent simultanément comme complexes de couleurs. Le musicien qui pense, voit, entend, parle au moyen de ces notions fondamentales, peut dans une certaine mesure s’approcher de l’au-delà. » (Olivier Messiaen)
Les fées de la musique se sont penchées très tôt sur Olivier Messiaen, cet enfant né d’un père professeur de lettres, traducteur de Shakespeare et d’une mère poétesse renommée, Cécile Sauvage. Pour ses dix ans, on lui offre, à sa demande, la partition de Pelléas et Mélisande de Debussy, véritable révélation. L’année suivante, il amorce ses études au Conservatoire de Paris, où il travaille notamment avec Paul Dukas la composition et avec Marcel Dupré l’orgue. Faisant preuve d’une curiosité exceptionnelle, il étudie d’un même souffle le plain-chant grégorien, la rythmique hindoue, les chants d’oiseaux, la musique grecque, l’Écriture sainte et la poésie surréaliste, autant de sources d’inspiration pour son oeuvre à venir.
La foi catholique constitue le moteur le plus puissant de la vie artistique de Messiaen. Cette conviction profonde reste apparente dans toutes ses œuvres, même celles qu'on pourrait croire éloignées d'un sujet religieux. Il expliquait lui-même que les vérités théologiques de la foi catholique sont « le premier aspect de son oeuvre, le plus noble, sans doute le plus utile, le plus valable, le seul, peut-être, qu'il ne regrettera pas à l'heure de sa mort ». Il reste néanmoins essentiel pour Messiaen de s’incarner dans tout acte de création. « Je ne puis rien écrire que je ne l’aie vécu », affirmait-il déjà en 1946.
Symbole de la perfection divine, la nature reste l’inspiratrice suprême qui le pousse à intégrer de façon toujours plus expressive les chants d'oiseaux à sa musique. L'idéal de Messiaen pourrait se résumer ainsi : composer de la musique comme la nature l'aurait fait, sans intervention humaine : « Trésor inépuisable des couleurs et des sons, des formes et des rythmes, modèle inégalé de développement total et de variation perpétuelle,
Il voue un amour indéfectible au piano et y a consacré certaines de ses plus belles pages. « Le piano, qui semble a priori un instrument dénué de timbres, est précisément par son manque de personnalité un instrument propice à la recherche des timbres, explique-t-il, car le timbre ne vient pas de l’instrument mais de l’exécutant. Il est donc aussi mouvant que le jeu. Et c’est parce que j’aimais le piano et que j’en ai beaucoup joué que j’ai été amené à créer non pas des mélodies de timbres mais de complexes de timbres. »
Le coloriste
Avant toute chose, on peut considérer Messiaen comme un musicien de la couleur. La correspondance couleur-son vient rejoindre un symbolisme personnel qui hante toute sa production. Pour le compositeur, un accord est violet, ou orangé, avant de pouvoir être analysé ou chiffré. Pour lui, par exemple, les notes la-do#-mi évoquent le bleu avant de constituer l'accord de
Dans Cantéyodjayâ, écrite à l’été 1948 entre deux sessions de cours prodiguées par Messiaen aux étudiants du Berkshire Center de Tanglewood, il utilise ainsi pour l’une des premières fois des accords « tournants » et d’autres aux transpositions renversées sur une même note de basse, techniques qu’il utilisera dans plusieurs de ses œuvres subséquentes, notamment dans
Le rythmicien
Le rythme possède une vie propre dans l'oeuvre de Messiaen : « Je considère que le rythme est la partie primordiale et peut-être essentielle de la musique; je pense qu’il a vraisemblablement existé avant la mélodie et l’harmonie, et j’ai enfin une préférence secrète pour cet élément. » Celui qui se qualifiait lui-même de « compositeur de musique et rythmicien » a su remettre en question les fonctions de pulsation, de métrique et de tempo, transformant les acquis rythmiques en un langage nouveau et totalement original. « Le temps – mesuré, relatif, physiologique, psychologique – se divise de mille manières, dont la plus immédiate pour nous est une perpétuelle conversion de l'avenir en passé. Dans l'éternité, ces choses n'existeront plus », explique-t-il d’ailleurs.
Ses connaissances approfondies de la musique indienne lui ont permis de dissocier presque entièrement la pulsation de la métrique, qui devient ainsi « amesurée », fondée sur « le sentiment d'une valeur brève et de ses multiplications ». Cantéyodjayâ se veut un véritable condensé des recherches rythmiques de Messiaen, tout comme ses quatre Études de rythme, parues peu de temps après. En 27 sections brèves qui s’emboîtent dans une structurelle formelle particulièrement novatrice, l’œuvre utilise de nombreux déci-tàlas que Messiaen transforme au gré des répétitions, les imbriquant les uns dans les autres.
L’ornithologue
Les oiseaux, qu'il appelle « ses premiers et ses plus grands maîtres » ou « nos petits serviteurs de l'immatérielle joie », ont toujours fasciné Messiaen. Après les avoir étudiés auprès d'éminents ornithologues qui sont devenus ses amis, il reconnaît à l'oreille la plupart des espèces qui vivent en France. On retrouve dans son oeuvre plus de 300 chants d'oiseaux, dont 77 dans le seul Catalogue d'oiseaux.
Les Petites esquisses d’oiseaux, écrites en 1985, se veulent six exquises miniatures, magnifiquement ciselées, quintessence même du style si particulier de leur auteur. « Il est probable que dans la hiérarchie artistique, les oiseaux sont les plus grands musiciens qui existent sur notre planète. »
Les citations de Messiaen sont tirées des ouvrages suivants :
Claude Samuel, Entretiens avec Olivier Messiaen, Éditions Belfond, Paris, 1967.
Pierrette Mari, Olivier Messiaen. Éditions Seghers, Paris, 1965.
Harry Halbreich, Olivier Messiaen. Fayard/Sacem, Paris, 1980.
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