Ludwig van Beethoven
Même si le compositeur a conservé la structure en quatre mouvements traditionnelle de la symphonie, ceux-ci semblent liés l’un à l’autre comme s’ils étaient partie intégrante d’une géniale rhapsodie. E.T.A. Hoffmann, renversé par l’œuvre lors de la création, le résume admirablement en ces mots : « L’esprit de tout auditeur sensible sera frappé profondément, intimement, par une seule impression durable – de désir, infinie, inapaisable – du premier au dernier accord. Même après la fin, il sera incapable d’échapper au merveilleux monde de l’esprit dans lequel les énergies musicales l’ont enveloppé par la douleur et le plaisir. »
Gilles Tremblay
Après des études notamment à Paris auprès d’Olivier Messiaen, Yvonne Loriod et Maurice Martenot, Gilles Tremblay revient au pays et se consacre à la composition et à l’enseignement. Notamment sonorisateur du Pavillon du Québec à Expo 67 – ce qui lui vaudra le prix Calixa-Lavallée –, il a composé nombre d’œuvres majeures dont Vers le Soleil (1978), AVEC - Wampum Symphonique, composée pour le 350e anniversaire de la fondation de Montréal, À quelle heure commence le temps ? (1999) et Les Pierres crieront, pour grand orchestre et violoncelle solo créée à l'Orchestre national de France en 1998.
L’œuvre est dédiée à la mémoire de François Houang, « pour l’évocation du Mont Tai et l’amitié », à sa fille Joëlle, « pour sa compréhension des pierres », à Mireille Helffer, « qui m’a fait découvrir le chant des moines coréens du monastère de Sae Chol, dont l’esprit a été le point de départ de cette œuvre » et à Pierre Boulez, « en reconnaissance amicale pour ses soixante-quinze ans, car il porte aussi le nom de pierre. » Le compositeur parle de l’œuvre en ces termes :
« Les pierres crieront » (Luc 19, 40). Une telle image frappe non seulement par sa force, mais par son actualité. Elle s’est imposée comme titre à l’œuvre, une longue montée, conduite par le violoncelle solo, avec méandres multiples et jonctions d’unissons enivrants, interrompue par deux plateaux jubilatoires. Sur certains unissons naissent des cristallisations harmoniques, faisceaux en trois étagements interchangeables donc disloqués: cri, chant, et danse des pierres.
Le rôle du violoncelle y est primordial. Il est tête chercheuse alors que la section des violoncelles devient queue de comète, en nécessaire décalage, comme une chevelure. Lorsqu’il se fixe sur un son tenu, cela donne le temps au chœur des violoncelles de le rejoindre en un unisson retrouvé, havre que tout l’orchestre vient corroborer, processus inspiré des chants de deuil des moines bouddhistes coréens. Ces unissons sont toujours choisis dans le réseau des harmoniques naturelles des contrebasses. C’est dire la grande attention d’écoute et la responsabilité du soliste dans la conduite de l’œuvre car c’est lui qui capte et transmet aux autres ces intonations fixes.
L’œuvre, d’un seul tenant, peut se diviser en six sections: introduction (bruit-métal), montée première étape, plateau 1, montée deuxième étape, plateau II et montée étape finale.
Denis Gougeon
Compositeur renommé, Denis Gougeon a écrit plus de 90 œuvres qui vont du solo à l’orchestre, de la musique concertante (piano, guitare, cor anglais, piccolo) à l’opéra de chambre, et du conte musical au ballet symphonique. Premier compositeur en résidence à l’OSM de 1989 à 1991, il a reçu le prix Opus du compositeur de l’année en 2000, le Prix Jan V. Matejcek de la SOCAN à quatre reprises et le Prix Juno « composition classique de l’année » en 2007 pour Clere Vénus. Denis Gougeon parle en ces termes de Écoutez mon histoire, une commande de l’OSM :
Construite sur des mélodies folkloriques québécoises et des reels d’ici, Écoutez mon histoire n’a aucune prétention musicologique ou historique; elle reflète simplement un choix personnel qui m’a permis d’établir un bref parcours dans notre mémoire folklorique collective.
Pour composer cette trame symphonique, j’ai utilisé les folklores suivants : Le petit mousse, Envoyons d’l’avant nos gens, À la claire fontaine, V’la l’bon vent, Ah ! toi, belle hirondelle et Écoutez mon histoire, ce dernier que m’a fait découvrir Yves Lambert et qui prête son titre à l’œuvre. J’ai voulu par-dessus tout leur créer une atmosphère personnalisée, soit par l’harmonisation, l’instrumentation ou le rythme.
D’autre part, vous entendrez trois reels dont le premier, de Philippe Bruneau (Montréal, 1934), s’intitule Hommage à André Gagnon. Les deux suivants sont enchaînés sous le titre Pachelbel-Paquette. Inspiré du fameux Canon de Johann Pachelbel, il est juxtaposé à Paquette, popularisé par le violoneux Jules Verret.
Il est intéressant de noter que le folklore se nourrit quelquefois de la musique « écrite » (Pachelbel) . À mon tour, je m’amuse avec la musique de transmission « orale ». Ainsi, Envoyons d’l’avant nos gens sert de thème central dans la première partie de l’œuvre. Je lui ai donné une signature personnelle en m’inspirant de l’énergie qui se dégage de cette musique. Je le fais suivre d’une version chantée et légèrement modifiée, celle d’Antonio Bazinet, chanteur et violoneux.
Écoutez mon histoire m’a permis de tisser des liens entre les différents mondes évoqués par ces mélodies et la résonance affective qu’elles suscitent. Une large place est laissée à Yves Lambert que je salue ici pour son engagement dans la défense de notre patrimoine musical, territoire de la mémoire d’un peuple.
Merci à Kent Nagano qui a favorisé cette rencontre.
Maintenant, écoutez votre histoire...
Antonin Dvořák
Attiré à New York par l’invitation de Jeannette Thurber à diriger le Conservatoire national de musique de New York pour un salaire vingt fois plus élevé que celui qu’il recevait au Conservatoire de Prague, Dvořák s’embarque le 16 septembre 1892 sur le S.S. Saale, en compagnie de sa femme, de sa fille Otylie, de son fils Antonín et de Jan Kovarik, un élève.
Il s’installe à quelques pas du Conservatoire et se promène quotidiennement dans Central Park. Il se lie d’amitié avec Henry Thacker Burleigh, un arrangeur et chanteur de negro spirituals. Dvořák écrit : « Ce sont les chansons populaires de l’Amérique et vos compositeurs doivent s’en inspirer. Dans ces mélodies nègres, je découvre tout ce qui est nécessaire pour une grande et noble école musicale. » Plusieurs analystes ont d’ailleurs trouvé dans le premier mouvement de la symphonie une allusion à la chanson Swing Low, Sweet Chariot mais Burleigh précise : « Dvořák se saturait l’esprit de ces vieux airs, puis inventait ses propres mélodies. »
Dvořák donnera lui-même le nom de « Symphonie du Nouveau Monde » à sa Neuvième Symphonie pour souligner que les impressions évoquées étaient directement inspirées par son séjour en sol américain. Dvořák assiste à la première le 16 décembre 1893 à Carnegie Hall. Le public lui rend un hommage vibrant dès la première audition, allant même jusqu’à applaudir entre chaque mouvement.
L’introduction mystérieuse est interrompue par des forte des cors puis des cordes, appuyées des timbales. L’Allegro molto, mouvementé, en rythme pointé, nous plonge aussitôt dans une toute autre atmosphère qui mêle peut-être l’émerveillement devant le nouveau continent et tourbillon de la vie américaine.
Le solo de cor anglais au début du deuxième mouvement reste l’un des airs les plus aimés de tout le répertoire classique. Le mouvement est basé sur le Chant de Hiawatha, un poème épique en plusieurs centaines de strophes de Henry Wadsworth Longfellow, découvert quelques années plus tôt dans une traduction tchèque. Les mélodies s’accrochent l’une à l’autre, avec grande liberté, et permettent l’éclosion d’un mouvement très touchant.
Le scherzo, particulièrement rythmique, se veut une « scène dans la forêt où les Indiens dansent » tandis que le trio, lyrique et pastoral, évoque plutôt une sousedská, danse tchèque.
Le dernier mouvement, véritable synthèse de l’œuvre, reprend les thèmes des trois premiers en y incorporant des variations, les jumelant dans une série de progressions de caractère contrastant aux changements d’atmosphère multiples.
(OSM, février 2008)
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