Olivier Messiaen
Né le 10 décembre 1908 à Avignon
Mort le 27 avril 1992 à Paris
Poèmes pour Mi
Trois grands thèmes traversent l’œuvre de Messiaen : la foi catholique, l’amour humain et la nature. Il expliquait dans un entretien que les vérités théologiques de la foi catholique sont « le premier aspect de [s]on œuvre, le plus noble, sans doute le plus utile, le plus valable, le seul, peut-être, qu’il ne regrettera pas à l’heure de [s]a mort ». Le chant grégorien, seule musique véritablement religieuse pour Messiaen, sert d’ailleurs d’inspiration à la psalmodie et aux vocalises soulignant les mots les plus importants d’« Action de grâces » et de « Prière exaucée », première et dernière mélodies du cycle Poèmes pour Mi.
Il faut cependant considérer les Poèmes pour Mi comme un chant d’amour à sa première épouse, Claire Delbos, violoniste et elle-même compositrice, surnommée affectueusement « Mi ». Il composera pour elle trois cycles de mélodies : Poèmes pour Mi (1936 pour la version voix et piano, 1937 pour la version orchestrale), Chant de terre et de ciel (1938) et Harawi (1945), tous créés par Marcelle Bunlet, « grande soprano dramatique, qui a mis sa merveilleuse voix wagnérienne au service de ma musique » selon le compositeur.
Le rythme possède une vie propre dans l’œuvre de Messiaen : « Je considère que le rythme est la partie primordiale et peut-être essentielle de la musique; je pense qu’il a vraisemblablement existé avant la mélodie et l’harmonie, et j’ai enfin une préférence secrète pour cet élément. » Il a su remettre en question les fonctions de pulsation, de métrique et de tempo, les transformant en un langage totalement original. Dès les premières mesures d’« Action de grâces », les mélodies des bois et des cordes sont ainsi décalées d’un temps de noire.
Plus que tout, Messiaen reste un musicien de la couleur. Dans sa présentation des Poèmes pour Mi rédigée en 1978, il souligne : « La couleur est peut-être ici l’élément primordial. Couleur harmonique d’abord. Elle est obtenue soit par la juxtaposition de “modes à transpositions limitées”, qui donnent des accords bleu-violet, rouge-mauve, orangé, blanc et or comme dans Paysage, soit par la superposition de ces mêmes modes en complexes colorés mouvants (comme dans Ta voix et dans Le collier, dans le canon rythmique d’Action de grâces et la grande vocalise sur le mot “joie” à la fin de Prière exaucée). »
Tous les textes de l’œuvre sont signés par le compositeur et évoquent les diverses facettes de l’amour humain, pâle reflet de l’amour divin. « Paysage » et « Le collier » (qui fait référence aux bras de la femme entourant le cou de son mari) se veulent de simples chansons d’amour, d’une grande tendresse. Dépouillement et simplicité animent « La maison » et « Ta voix », offrant un saisissant contraste avec « Épouvante » et « Les deux guerriers », portraits d’angoisse et de déchirement. Au cœur même du cycle, on retrouve « L’épouse », à la texture orchestrale diaphane, à l’image d’« un orchestre de chambre, dans un tempo lent presque extatique », à la fois référence à Mi et à l’Église, épouse du Christ.
Gustav Mahler
Né à Kalischt (Bohème) le 7 juillet 1860
Mort à Vienne le 18 mai 1911
Symphonie no 2 en do mineur, « Résurrection »
Même si la réponse du public lors de la première de
La gestation de
Dévasté, Mahler attendra cinq ans avant d’oser poursuivre cette symphonie. Il termine alors les deuxième et troisième mouvements et y ajoute un lied, « Urlicht » (lumière originelle), introduction au finale qui continue de lui échapper. Clin d’œil du destin. En février 1894, en assistant aux funérailles de von Bülow, Mahler reçoit un choc : « L’état d’esprit dans lequel j’étais là, songeant au défunt, correspondait exactement à celui de l’œuvre qui me préoccupait sans relâche. Le chœur à ce moment précis entonna le choral de Klopstock Résurrection ! J’en fus frappé comme d’un éclair, tout était devenu limpide, évident. Le créateur vit dans l’attente de cet éclair : c’est son Annonciation. Il me restait à transposer en musique cette expérience. Et pourtant, si je n’avais déjà porté cette œuvre en moi, comment aurais-je pu la vivre ?». Il saisit enfin son finale, qui sera complété l’été suivant.
Le premier mouvement, une intense marche funèbre, rappelle celle de l’« Héroïque » de Beethoven mais reste beaucoup plus tourmentée, entre la rudesse des cordes basses, la résistance héroïque des hautbois et du cor anglais, l’espoir transmis par les violons et l’optimisme du chœur de cuivres. Un tutti déchaîné clôt le mouvement, une gamme descendante colossale nous charriant vers les abysses de la mort.
Une longue pause suit. « Après le premier mouvement, le deuxième n’est pas contraste, mais excroissance, [et] interrompt en quelque sorte le cours implacable des événements », explique le compositeur. Délicieux intermezzo, l’Andante moderato rappelle les ländler mais sa section centrale laisse sous-entendre le drame à venir.
Deux coups de timbale nous font basculer dans le Scherzo, inspiré du lied Des Antonius von Padua Fischpredigt (Le sermon de Saint-Antoine de Padoue aux poissons). De façon typiquement mahlérienne, humour, tragédie, grotesque et désespoir s’y côtoient. La tension finit par atteindre un paroxysme alors que la musique transmet la frayeur d’un « cri de désespoir ». Après un répit, le mouvement se termine (comme le premier) sur une gramme chromatique qui nous entraîne sans interruption dans le quatrième mouvement.
« Urlicht » reste l’une des plus belles pages vocales jamais écrites par Mahler et « éclaire soudain les trois premiers mouvements ». Pianissimo, dans le grave, la voix surgit, « comme un enfant qui s’imagine arrivé au paradis ». Les cuivres entonnent ensuite un choral solennel, renforcement de la foi innocente de l’enfant, qui servira de base au thème de la « Résurrection » du finale.
Dans le finale, « La terre tremble, les tombeaux s’ouvrent, les morts se lèvent et s’approchent en cortèges sans fin. Les trompettes de l’Apocalypse hurlent [...] Tout n’est plus que calme et bonheur. Et voici qu’il n’existe plus ni justice, ni grands ni petits, ni châtiment ni récompense ! Un sentiment tout puissant d’amour nous emplit de certitude et nous révèle l’existence bienheureuse. » Dans la coda triomphale, l’orgue et les cloches, se joignent à l’orchestre et nous emportent, « avec la plus grande force possible », vers l’autre monde.
(OSM, mai 2007)
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