Vous êtes (ou vous connaissez) un inconditionnel du pianiste iconoclaste Glenn Gould et communiez régulièrement à l’autel des deux enregistrements des Variations Goldberg? Vous êtes fascinés par le personnage (largement un produit de relations de presse particulièrement bien orchestrées) mais ses interprétations vous mettent à l’occasion hors de vous par leur apparente incongruité? Vous ne possédez pas encore votre exemplaire des Variations « Gouldberg »? Si vous avez répondu oui à l’une de ces questions, vous voudrez mettre sur votre liste de cadeaux cette nouvelle version de l’enregistrement de juin 1955 réalisé par le pianiste canadien. Avant même d’avoir mis le disque dans votre lecteur, vous pousserez des oh! et des ah! de surprise et de contentement. Sony a en effet fort habilement joué la carte de la nostalgie et a transformé le CD en LP vinyle original (le CD devient noir et on y devine des sillons) et l’a glissé dans une reproduction cartonnée de la pochette originale du disque. Un livre (difficile de parler de livret avec 164 pages!) l’accompagne et propose, en trois langues, un texte sur les Goldberg de Gould de Michael Stegemann, des commentaires sur les plages boni (des chutes rejetées et trois Inventions à deux voix), une entrevue avec le producteur Howard H. Scott, les notes de programme de Gould lui-même (d’une grande profondeur) et plusieurs photos et copies de documents d’archives. On pourra peut-être rechigner sur certaines coupures un peu aléatoires en français mais ce serait bouder inutilement son plaisir. Quand enfin on passe à l’écoute du disque, le choc reste total et on constate combien l’enregistrement n’a pas pris une ride. Le tempo de l’aria est peut-être un peu rapide (et on y décèle déjà certains tics, notamment au niveau des accents agogiques) mais la clarté du texte, l’intelligence de l’interprétation et la poésie qui la sous-tend sont d’une telle force qu’on ne peut se laisser séduire, pour la première, la dixième ou la millième fois. Les chutes non retenues qui complètent le disque sont intéressantes dans la mesure où elles nous permettent de saisir la façon si particulière de travailler de Gould et de mieux comprendre ce qui le faisait tiquer : clarté d’articulation, précision du trille, articulations, respiration, choix de tempi multiples. Gould aurait-il approuvé que ces pistes soient rendues publiques, 50 ans après leur enregistrement? Quelle meilleure façon de prolonger le mythe…
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