Concerto pour violoncelle no 2, opus 126
La musique est la bonté et non le mal. La poésie est la bonté et non le mal. Primaire, mais, ô, combien vrai ! (Dmitri Chostakovitch)
Le Deuxième Concerto pour violoncelle a été complété au printemps 1966 par Chostakovitch alors qu’il reprenait des forces dans un sanatorium de Crimée. Tout comme le Premier concerto pour violoncelle, il a été écrit pour Mstislav Rostropovitch qui créa l’œuvre à Moscou le 25 septembre 1966, au concert soulignant le 60e anniversaire du compositeur.
Le violoncelliste Brian Manker, notre soliste ce matin, se dit fasciné par l’œuvre depuis qu’il l’a entendue pour la première fois, il y a maintenant près de 30 ans. Il explique :
J’ai été happé par le monde de la musique de Chostakovitch une œuvre à la fois. Après avoir d’abord entendu un enregistrement du Huitième Quatuor adolescent, j’ai ensuite découvert
Depuis la publication de Testimony, The Memoirs of Dmitri Shostakovich de Solomon Volkov en 1979, on a eu beaucoup tendance à percevoir les œuvres du compositeur comme étant anti-soviétiques, en dépit des sérieux doutes que suscite l’authenticité de ce livre. Sans prendre part aux ardentes « Guerres Chostakovitch » qui secouent le monde des musicologues, je dirai tout de même que cette volonté d’extraire des messages dissidents secrets des moindres partitions de Chostakovitch me semble simpliste. Les batailles au sujet des « messages » dans la musique de Chostakovitch peuvent être perçues comme des batailles au sujet de son héritage, de son « âme ».
Le Concerto contient plusieurs clins d’œil musicaux. On y retrouve quatre citations, ou paraphrases, qui retiennent particulièrement l’attention. La première est celle qui ouvre la porte à de nombreuses spéculations. Le début du premier mouvement, par plusieurs côtés, ressemble à la dernière scène de l’opéra Boris Godounov de Moussorgski alors que le Yurodivy (un simple d’esprit illuminé) évoque les jours sombres à venir de
« Des larmes coulent, des larmes de sang coulent ;
Pleure, ô pleure, toi l’âme de la pauvre Russie,
Bientôt l’ennemi viendra et la noirceur est proche.
Les ombres cachent la lumière, aussi noire que la nuit la plus noire.
Désespoir, désespoir sur terre ;
Pleure, pleure peuple russe, pauvre peuple affamé. »
Le premier thème du deuxième mouvement est tiré d’une innocente chansonnette, Bubliki, Kupitye Bubliki (Achetez mes petits pains). Alors que Chostakovitch célébrait la nouvelle année 1966 avec des proches dont Rostropovitch, le compositeur a joué cette chanson pendant une partie de « Ma chanson préférée », expliquant que cette mélodie était sa favorite. La troisième citation importante se trouve au milieu du dernier mouvement et reprend les premières notes du prologue de Boris Godounov. La dernière citation peut être entendue à la toute fin de l’œuvre, alors que les percussions reprennent un passage de sa propre Quatrième Symphonie.
Que devons-nous comprendre de toutes ces allusions ? Un auditeur assistant à la création de l’œuvre à Moscou en 1966 aurait bien sûr perçu l’œuvre avec des références culturelles complètement différentes de celles du mélomane montréalais de 2006. Certaines réactions sont-elles plus « valides » que d’autres ? Doit-on absolument connaître Napoléon pour apprécier la beauté de la musique de l’« Héroïque » de Beethoven ? Le point de vue dissident anti-soviétique sous-entendu par Testimony permettrait de percevoir les citations de Boris Godounov comme une allusion à un tyran injuste (lire Staline), de même que celle de
Nikolaï Rimski-Korsakov
Né à Tikhvin (près de Novgorard) le 18 mars 1844
Mort à Lyubensk (près de Saint-Pétersbourg) le 21 juin 1908
Shéhérazade, suite symphonique opus 35
Écrite et créée à Saint-Pétersbourg en 1888, Shéhérazade est l’une des œuvres les plus populaires de Rimski-Korsakov. Inspirée des contes des Mille et Une Nuits, cette suite symphonique en quatre mouvements se veut une évocation de l’univers merveilleux de Shéhérazade plutôt qu’une narration précise de ses aventures. Le compositeur avait même souhaité intituler les mouvements de la suite« Prélude », « Ballade », « Adagio » et « Final » pour éviter que l’auditeur ne devienne esclave d’un programme. Dans la notice de la partition publiée, Rimski-Korsakov indique néanmoins :
Le sultan Shahryar, persuadé de la perfidie et de l'infidélité des femmes, jura de faire mettre à mort chacune de ses épouses après la première nuit. Mais la sultane Shéhérazade réussit à sauver sa vie en le captivant par des histoires qu'elle lui raconta pendant mille et une nuits. Pris par la curiosité, le sultan remettait de jour en jour l'exécution de son épouse et finit par y renoncer définitivement. Shéhérazade lui conta bien des merveilles, en citant les vers des poètes et les textes des chansons, et en imbriquant les histoires les unes dans les autres.
Deux thèmes, l’un suggérant le sultan Shahryar (fortissimo des cuivres à l’unisson, qu’on entend dès le début du premier mouvement), l’autre Shéhérazade (une mélodie envoûtante jouée au violon solo) et plusieurs éléments thématiques issus d’un même motif traduisent avec brio cet enchaînement d’histoires. Dans Journal de ma vie musicale, le compositeur s’explique sur la structure thématique de l’œuvre :
C'est en vain que l'on cherche dans ma suite des leitmotive toujours liés à telle idée poétique ou à telles images. Au contraire, dans la plupart des cas, tous ces semblants de leitmotive ne sont que des matériaux purement musicaux, des motifs du développement symphonique. Ces motifs passent et se répandent à travers toutes les parties de l'œuvre, se faisant suite et s'entrelaçant. Apparaissant chaque fois sous une lumière différente, dessinant chaque fois des traits différents et exprimant des situations différentes, ils correspondent chaque fois à des images et des tableaux différents.
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