Eine kleine Nachtmusik (Une petite musique de nuit), K. 525
Le 28 mai 1787, après une brève maladie, Leopold Mozart meurt à Salzbourg. Retenu à Vienne par son travail et sa jeune famille, son fils n’assiste pas aux funérailles. Même si, au fil des ans, un fossé d’incompréhension s’est creusé entre père et fils, le lendemain de sa mort, il écrit à son ami le baron von Jacquin : « Je vous annonce qu’en rentrant chez moi, aujourd’hui, j’ai reçu la triste nouvelle de la mort de mon très cher père. Vous vous représentez mon chagrin. » Plutôt que de se complaire dans la douleur, Mozart se remet à la composition de Don Giovanni. En août, Mozart s’arrête une journée pour noter sa Sérénade pour cordes en sol majeur, qu’il baptise lui-même « Eine kleine Nachtmusik ». On ignore les circonstances qui ont mené à la composition de l’œuvre. A-t-il cherché à se détendre au milieu d’un travail contraignant? A-t-il reçu une commande pour une pièce qui serait jouée dans une réunion mondaine? Peut-être a-t-il été simplement saisi par la perfection des thèmes esquissés et a voulu les noter rapidement. Quoi qu’il en soit, Mozart signe ici l’une de ses œuvres les plus lumineuses.
Frédéric Chopin
À l’époque romantique, les pianistes-compositeurs enrichissent la littérature pianistique de façon exceptionnelle: Schubert, Schumann, Brahms, Mendelssohn, Liszt et surtout Chopin. Pour lui, la musique demeure un langage, capable de tout exprimer : pensées, sentiments, sensations. Plutôt que de traiter le piano comme un instrument de percussion, il le transforme en chanteur. « Sous ses doigts, chaque phrase musicale sonnait comme du chant, et avec une clarté telle que chaque note prenait la signification d’une syllabe, chaque mesure celle d’un mot, chaque phrase celle d’une pensée », expliquent Mikuli et Koczalski dans Chopin vu par ses élèves de Jean-Jacques Eigeldinger.
Chopin consacre uniquement deux concertos à son instrument de prédilection, tous deux œuvres de jeunesse composés avant son départ de Varsovie. Le 22 septembre 1830, son Concerto en mi mineur (en fait, le second écrit, mais premier publié) est prêt : « J'ai terminé mon deuxième concerto et devant lui je me trouve aussi ignorant qu'à l'époque où je ne connaissais rien encore du clavier, écrit-il à son ami Titus Woyciechowski. Il est tellement original que je crains de ne pas arriver à l'apprendre…» L’œuvre est créée le 11 octobre 1830, au Théâtre National de Varsovie. Le lendemain du concert, il se confie : « Mon concert a bien réussi hier. Je n'ai pas eu du tout le trac; j'ai joué comme si j'avais été tout seul. Tout fut bien. La salle était pleine. Bravos assourdissants… » Le 2 novembre, il quitte Varsovie et n’y reviendra jamais, l’insurrection éclatant fin novembre.
Alain Lefèvre, notre soliste ce soir, considère ce concerto comme « l’un des plus beaux écrits pour piano, un sommet. Des 47 ou 48 concertos que je joue, seuls quelques-uns sont parfaits. Pour moi, il y en a deux : le Quatrième Concerto de Beethoven et le Premier Concerto de Chopin. Il est sans aucun doute le plus bouleversant. C’est une écriture parfaite, une musique complète. On y retrouve le chant, l’amour, la passion mais en même temps, une grande rigueur. » Lui qui joue l’œuvre depuis plus de quinze ans avoue l’aborder cette fois avec une « plus grande précision technique, une plus grande assise, mais aussi une plus grande retenue. La musique est romantique, pas le pianiste. »
Aaron Copland
Pianiste, compositeur, chef d’orchestre, pédagogue, Aaron Copland a dominé la vie musicale américaine de la plus grande partie du XXe siècle et est considéré comme le doyen de la musique américaine. « Il a fait sortir la musique américaine de l’ombre », devait déclarer Leonard Bernstein. Sa plus grande force a été de réussir à unifier la grande tradition musicale européenne (il avait d’ailleurs complété ses études à Paris auprès de Nadia Boulanger) et l’authentique musique américaine, jazz ou folklorique. Ses œuvres reflètent plusieurs des mythes de la culture américaine, tant son ballet Appalachian Spring que Billy the Kid, Rodeo, Lincoln Portrait ou les trames sonores des films Des souris et des hommes et L’Héritière (qui lui valut un Oscar en 1948).
Même si elle n’utilise pas de matériel folklorique, d’hymnes ou d’airs patriotiques, la symphonie reste indubitablement américaine, tant par sa vitalité que la chaleur de ses thèmes. Créée le 18 octobre 1946 par le Boston Symphony Orchestra sous la direction de Serge Koussevitzky,
Le premier mouvement s’amorce sur un paisible thème aux bois, repris par l’orchestre avant d’atteindre un premier sommet lorsqu’il est joué par les cuivres. Le mouvement s’éteint dans une douce rêverie avant qu’un coup de timbale tumultueux nous fasse basculer dans le deuxième mouvement, un scherzo joyeux et direct, dans lequel Copland tisse un épisode pastoral rappelant l’univers d’Appalachian Spring. Les thèmes sont dérivés de matériau du premier mouvement, comme ce sera le cas des mouvements subséquents.
Remanié mais néanmoins reconnaissable, le dernier thème du premier mouvement devient la trame de l’introduction du mouvement lent avant que Copland ne développe avec brio le thème énoncé par la flûte. Un passage dansant, aux sonorités vaguement latino-américaines, est intégré, avant que se dessine le finale. Reprenant aux bois un thème entendu dans les trois premiers mouvements mais en l’épurant cette fois, Copland nous laisse entendre le thème de sa Fanfare for the Common Man, effort de guerre datant de 1942, l’une de ses œuvres les plus connues. Le thème de la fanfare, subtilement métamorphosé, présenté de façon tour à tour joyeuse, frondeuse ou pastorale dans les trois premiers mouvements, devient ici, assumé par les cuivres et les tambours, proclamation. Tout le finale sera basé sur ce thème, peut-être l’un des plus envoûtants et les plus exultants du répertoire.
(OSM, février 2008)
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